Le Molière, ancien site industriel emblématique d’Angers, a été transformé en un espace de vie contemporain et ouvert sur la ville, marquant une étape clé pour l’agence Säbh. Occupé dès 1857 par la fabrique Cointreau, l’édifice conserve un fort caractère patrimonial et constitue un témoignage unique de l’ère industrielle angevine.
Le projet, complexe, a nécessité d'exploiter les structures existantes, d'intégrer une surélévation et de sculpter l’agora pour clarifier les usages et améliorer la lisibilité de l’ensemble. Situé entre la place Molière, la rue Thiers et les quais de la Maine, le site gagne ainsi en visibilité, devenant un nouvel espace pluriel, vivant et en harmonie avec le tissu urbain.
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Centenaire Cointreau, photographie, 1949
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Usine Cointreau, salle des alambics, photographie, 1925-1935
À l’origine du site, la maison Cointreau incarne l’essor industriel angevin du XIXe siècle. Fondée en 1849, la société s’installe en 1857 sur les bords de la Maine, un emplacement stratégique pour la production comme l’exportation. Au fil des décennies, l’usine connaît plusieurs transformations architecturales majeures : en 1914 avec Gustave Gasnier, puis entre 1935 et 1959 avec Georges Meyer, qui modernisent et restructurent les bâtiments tout en conservant une cohérence esthétique remarquable.
En 1972, Cointreau quitte le site, cédé au Crédit Mutuel Anjou, qui transforme les intérieurs en bureaux tout en préservant l’enveloppe historique et les éléments industriels emblématiques. Aujourd’hui, l’ancienne usine demeure un des rares témoins du patrimoine industriel angevin, unique parmi les nombreuses usines qui jalonnaient la ville avant la Seconde Guerre mondiale.
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Photographie du Crédit Mutuel - 2003. © Stéphane Chalmeau
Le projet s’est construit autour d’un Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur, élaboré en étroite concertation avec la Ville et l’Architecte des Bâtiments de France (ABF). Cette approche a permis de concilier la préservation du patrimoine avec les exigences contemporaines de transformation urbaine, en ouvrant le bâtiment sur la ville et en l’intégrant pleinement au projet Cœur de Maine, nouvelle polarité urbaine d’Angers.
Au-delà de la conservation architecturale, le projet vise à :
– reconnecter la ville à la Maine ;
– Revitaliser un quartier central ;
– Et, enfin, créer un espace pluriel mêlant bureaux, logements et tiers-lieux.
Par le jeu des contrastes et la mixité des usages, le bâtiment retrouve une place active dans le paysage urbain, avec des aménagements ouverts – cafés, rooftop accessible, accès direct aux quais – favorisant l’ouverture sur la rue et la rivière et dynamisant la vie sociale du quartier.


La Ville et l’ABF ont adapté le PLU pour autoriser la surélévation, démontrant que la réglementation peut accompagner des interventions patrimoniales innovantes, respectueuses de l’histoire et du contexte urbain. © Stéphane Chalmeau
Le socle historique en briques, dont la qualité minérale et la trame régulière s’imposent dans le paysage urbain, a traversé le temps tout en conservant son caractère exceptionnel. La rotonde d’accueil, emblème de la culture patronale de Monsieur Cointreau, et la salle des Alambics, construite progressivement de l’intérieur, ont été redécouvertes avec une attention minutieuse. Restaurés avec soin, ces espaces ne sont pas figés : ils sont réinterprétés pour répondre aux usages contemporains, créant un dialogue subtil entre histoire et modernité, tout en réaffirmant leur présence dans la ville.

Les espaces ne se contentent pas de conserver le passé : ils sont repensés pour accueillir les usages contemporains, instaurant un dialogue harmonieux entre héritage historique et modernité. © Stéphane Chalmeau
Les façades existantes ont été retravaillées avec finesse pour s’ouvrir par transparence sur l’espace public et la Maine. Les menuiseries, repensées en aluminium brun, respectent la trame originelle tout en améliorant le confort.

Les percements sont ajustés, et les entrées valorisées par des doubles hauteurs et des encadrements en cuivre, affirmant la nouvelle hospitalité du bâtiment à l’échelle du piéton. © Stéphane Chalmeau
Cette démarche, menée en étroite collaboration avec l’Architecte des Bâtiments de France, a permis de poser un principe clair : préserver l’unité du patrimoine historique tout en autorisant une écriture contemporaine assumée et harmonieuse.
Le projet se déploie sur un site à fortes contraintes, en bord de Maine, où le bâtiment existant, fruit de multiples extensions aux XIXe et XXe siècles, présente des fondations et des systèmes constructifs hétérogènes. Cette accumulation de strates rendait le site particulièrement complexe à interpréter comme à transformer.
L’approche adoptée a été à la fois écologique et économique : la réutilisation massive de l’existant a constitué la première réponse. Les murs de façade aux ouvertures généreuses et les planchers ont été conservés, limitant drastiquement les démolitions.


La surélévation en bois a permis de réduire l’empreinte carbone globale, tandis qu’un plancher métallique de répartition en toiture, léger mais performant, a minimisé la charge sur les fondations et assuré la sécurité comme la pérennité de l’ouvrage. © Stéphane Chalmeau
Le projet intègre également des solutions fonctionnelles et flexibles : 40 places de stationnement ont été maintenues aux niveaux RDC et R+1, avec la possibilité future de transformer ces plateaux en espaces d’activités. Aucun sous-sol n’a été créé, permettant l’aménagement des logements en toute simplicité.


Les bureaux ont obtenu la certification BREEAM Very Good – rénovation, grâce à une attention particulière portée à la qualité de l’air, à la lumière naturelle et au confort acoustique. Toitures végétalisées et panneaux photovoltaïques viennent compléter cette approche durable. © Stéphane Chalmeau


Un programme de réemploi de matériaux – panneaux acoustiques, portes, luminaires, platelages bois – a été conduit en lien avec d’autres projets angevins, renforçant la dimension circulaire et responsable de l’opération. © Stéphane Chalmeau
Le projet s’articule autour d’une diversité programmatique assumée : bureaux, logements, espaces événementiels et lieux ouverts au public, comme le café ou le rooftop, coexistent au sein d’un même ensemble, générant des rythmes variés et une appropriation multiple des lieux.
Au cœur du bâtiment, l’Agora centrale incarne la transformation la plus saisissante. Conçue comme une éclosion intérieure traversant verticalement l’édifice, elle organise les flux, les usages et les rencontres. Bien plus qu’un simple espace de circulation, elle devient un lieu fédérateur, baigné de lumière naturelle et offrant une promenade ascendante qui relie visuellement et spatialement la Rotonde, la Salle des Alambics, les terrasses et le belvédère.
La combinaison d’open spaces, de bureaux plus confidentiels et d’espaces collectifs favorise la transversalité des échanges et une appropriation fluide des lieux de travail. La Rotonde historique, restaurée et ouverte par de nouveaux percements, magnifie la lumière et les perspectives, tandis que des alcôves en bois intégrées dans l’Agora offrent des espaces d’échanges informels, renforçant l’expérience humaine du site.
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La Salle des Alambics, autre pièce maîtresse patrimoniale, retrouve son volume originel et se transforme en auditorium ouvert sur l’Agora comme sur la rue. © Stéphane Chalmeau
La surélévation, conçue en structure bois posée sur un surplancher métallique de répartition, accueille trois niveaux de logements, intégrés avec subtilité à l’histoire du bâtiment et au paysage urbain, tout en minimisant l’impact volumétrique. Pensée comme une extension légère et réversible, rompant volontairement avec la trame du socle historique, elle abrite 35 logements à la composition libre et contemporaine. Le bardage bois teinté, les structures métalliques fines des balcons et les garde-corps vitrés signent une écriture sobre, discrète et raffinée.
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Pensés pour le confort et la qualité de vie, la majorité des logements bénéficient d’une double orientation et s’ouvrent sur des terrasses offrant un rapport privilégié au paysage, avec des perspectives sur la Maine et la cathédrale. © Stéphane Chalmeau