Le Label Produit Biosourcé prend son envol

Le Label Produit Biosourcé prend son envol

Deux ans après son lancement, le label porté par la SCOP Karibati reste prometteur avec la nécessité de remplacer des produits à base de pétrole par des produits biosourcés.



Photo : Les isolants biosourcés de Cavac sont détenteurs du label "Produit biosourcé" ©Y. Eustache

 

Les innovations présentées aux Awards Innovation du Mondial du Bâtiment 2019 seront publiées début juillet, mais il semble d’ores et déjà que les nouveaux produits biosourcés y figureront en bonne place dans à peu près tous les domaines de la construction. D'ailleurs, tous les industriels du secteur du BTP s'y intéressent, plus ou moins, aujourd'hui...

 

En effet, les produits uniquement à base de matériaux biosourcés ne sont pas les seuls concernés par les nouveaux labels : c'est le cas de certaines familles de produits où un composant initialement issu de la chimie du pétrole a été remplacé de façon opérante et économique, si possible, par une alternative biosourcée. Des initiatives promues et reconnues par karibati....

 

 

Elisabeth Bardet, Soprema, signale que les gammes biosourcées de Soprema surperforment ©JT

 

Karibati, une initiative privée

 

Rappelons que le Label privé « Produit Biosourcé » n’a pas été poussé par la DHUP (Direction de l’habitat, de l’urbanisme et des paysages) a contrario du label « Bâtiment biosourcé ». Ce dernier a été mis en place fin 2012 pour les bâtiments neufs intégrant un taux minimal de matériaux biosourcés.

 

Par conséquent, le label porté par la SCOP Karibati ne bénéficie pas de la logistique du CSTB ou de FCBA, quand bien même Karibati est lié au Ministère de l’Environnement et au CSTB (voir ci-dessous).

 

Compte-tenu des déboires du label « Bâtiment biosourcé », long à mettre en place et lent à démarrer, il y avait de quoi craindre le flop. La petite équipe de Karibati a cependant eu la précaution de s’associer des majors qui siègent dans le « comité de label ». C’est-à-dire qu’ils valident les résultats d’un audit externe réalisé par Alpes Contrôle, vérifiant la dimension biosourcée des produits à labelliser.

 

De même, l’équipe a la main sur les référentiels et la détermination du pourcentage de matière biosourcée exigé pour une catégorie de produit donnée. D’ailleurs, la « Scop SAS à capital variable » précise que le cercle du comité de label n’est pas fermé.

 

 

Frédéric Loup, Eiffage, estime que l’enrobé 100% recyclé et biosourcé est à portée de main.©JT

 

15 produits labellisés chez Karibati

 

D’emblée, les initiateurs avaient vu large avec toutes sortes de catégories de produits et des parts minimales de biosourcé très variables, pouvant descendre à 2% pour les enrobés bitumineux, ou 7% pour les voiles en béton.

 

La dernière version du référentiel liste une quarantaine de catégories, avec des niveaux minimaux de biosourcés qui ne semblent pas rédhibitoires. Las, jusqu’ici, le label a peu pris. 11 produits sont désormais labellisés dans la seule catégorie des isolants, à quoi s’ajoutent deux feuilles d’étanchéité soudables de Soprema, plus Recytal, une émulsion de poix de tall oil portée par Eiffage.

 

D’ailleurs, Soprema et Eiffage étaient précisément les ‘specials guests’ du point presse organisé le 25 juin dans les locaux attitrés de la filière bois, au 120 de l’avenue Ledru-Rollin.

 

 

A ce jour, la solution d'étanchéité Mammouth Neo concrétise l'approche alternative de Soprema mais son lancement remonte déjà à 2013. ©Soprema

 

Quand le biosourcé remplace des composants à base de pétrole

 

Intervenant au nom de Soprema, Elisabeth Bardet, directrice de la stratégie et du développement, souligne l’engagement décennal de l’entreprise familiale pour remplacer les composants à base de dérivés du pétrole par des composants alternatifs biosourcés.

 

La route est longue et sinueuse. Ainsi, telle mousse PU sans pétrole censée illustrer ce travail de mutation n’a finalement pas été commercialisée. Quant aux deux feuilles d’étanchéité soudables de la gamme Mammouth Neo, effectivement sur le marché depuis plusieurs années, les résultats restent en deçà des prévisions, à cause essentiellement du surcoût que les clients n’admettent pas pour des systèmes si peu visibles.

 

Il reste cependant tous les ouvrages visant des labellisations environnementales. Par contre, pour ce qui concerne les gammes d’isolants biosourcés (Pavatex pour la laine de bois, UniverCell pour la ouate de cellulose), Elisabeth Bardet souligne qu’elles surperforment ces derniers temps.

 

A noter que la production de ouate de cellulose, à base de papier recyclé considéré comme un matériau biosourcé, connaît des tensions d’approvisionnement suite au déclin de la presse imprimée, de sorte que Soprema a préféré ne pas se lier les mains par le choix d’une variante ‘Made in France’ du label Produit biosourcé. A la différence de deux produits de Cavac, Biofib’Ouate et Biofib’Chanvre.

 


La ouate de cellulose est bien placée sur le marché de l'isolation des combles à un euro. © Soprema

 

Eiffage, biosourcé et recyclage

 

La plus grosse surprise vient des travaux publics, où Eiffage vise désormais un recyclage des enrobés à 100%. Pour l’heure, son émulsion labellisée convient pour les travaux de réparation. Eiffage espère étendre rapidement cette approche aux liants entrant dans la composition d’enrobés neufs.

 

 « Le meilleur gisement pétrolier est celui qui se trouve sous nos pieds sur les routes », estime Frédéric Loup, qui insiste sur le binôme biosourcé-recyclage comme clef de l’innovation pour l’avenir. Quant au biosourcé proprement dit, il mise notamment sur le potentiel encore un peu méconnu des micro-algues.

 

Le poids des collectivités locales compte désormais

 

Les industriels ont besoin de se doter d’une image verte, pas encore tant face aux investisseurs de la finance verte que vis-à-vis de clients et de collaborateurs en quête de sens face au changement climatique.

 

L’impulsion privée vaut bien les gesticulations gouvernementales de la dernière décennie, toute de bonne volonté affichée et de résultats manqués. Resterait à évaluer l’efficacité d’une politique judicieusement concertée. Selon Frédéric Loup, on s’en rapproche enfin.

 

Ainsi, les collectivités locales soutiennent activement des projets de développement d’enrobés alternatifs, ce qui permet de disposer des surfaces expérimentales nécessaires pour que ces procédés entrent finalement dans le domaine courant.

 

La mutation engagée autour de Grenelle de l’environnement n’a pas fait long feu. Elle a buté violemment, dans un premier temps, sur la question du surcoût, à un moment où le prix du pétrole, contre toute attente, s’est effondré.

 

A présent, les étoiles sont alignées, il fait chaud, le pétrole grimpe, et les perspectives de développement du couple biosourcé-recyclage sont considérées comme « exponentielles ».

 

A propos de Karibati


La Scop Karibati, née en 2015 , est reconnue Entreprise Solidaire d’Utilité Sociale par l’Etat. Elle fait partie de la GreenTech Verte, incubateur du Ministère de l’Environnement, de l’Energie et de la Mer et du Réseau National d’Accompagnement (RNA) du Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB).

 

Enfin, Karibati, en tant qu’acteur de la R&D, est agréé pour le Crédit d’Impôt Recherche et le Crédit d’Impôt Innovation. Karibati associe « kari » qui signifie "jardin" en Maori et « bâti ». La référence aux îles Kiribati menacées par le réchauffement climatique résonne comme un message militant et solidaire.



Source : batirama.com / Jonas Tophoven

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