Du béton « vert » pour alimenter les chantiers du Grand Paris

Du béton « vert » pour alimenter les chantiers du Grand Paris

Deux centrales à béton zéro rejet, l’une mobile à Villejuif et l’autre fixe, à Issy les Moulineaux, alimentent en continu les chantiers du Grand Paris et de l’Ouest Parisien.



Légende photo : la centrale mobile de Villejuif fonctionne depuis un an (photos ©F. Leroy)

 

A elles deux, les centrales Unibéton de Villejuif et d’Issy-les-Moulineaux produisent  300 000 m3/an de béton par an, dont 70 000 m3 pour la première installation mobile (celle de Villejuif dédiée au chantier spécifique du Grand Paris) et 230 000 m3/an pour la seconde installation fixe sur les quais de Seine.

 

Précisons qu’un groupement d’entreprises a été créé entre Cemex, autre géant international du béton, avec Unibéton, filiale du groupe HeidelbergCement afin de répondre aux commandes colossales de béton frais pour les chantiers parisiens en cours : gares du Grand Paris, infrastructures SNCF, ouvrages de génie civil, logements…

 

Un challenge énorme puisqu’il s’agit pour ces centrales dont celle de Villejuif de livrer le béton dédié à la construction des lignes 14 et 15 en cours de construction : le lot GC02 de Maison Blanche à Jean Prouvé pour la ligne 14 et le lot T3C allant de Louis Aragon à Fort d’Issy pour la ligne 15.

 

Quant à la seconde centrale Unibéton, d’Issy les Moulineaux, elle affiche une capacité bien supérieure, ce qui en fait la plus grosse centrale à béton prêt-à-l’emploi en France. Elle livre un camion toutes les 2 minutes à destination des chantiers de l’Ouest parisien pour divers clients incluant les majors du bâtiment Vinci et Bouygues.

 

 

 La centrale mobile doit livrer le béton dédié à la construction des lignes 14 et 15 en cours de construction (ici puits d’entrée de l’une des futures gares à Villejuif)

 

Une centrale à béton Zéro rejet à Villejuif

 

Installée depuis un an, et en fonctionnement depuis 8 mois, la centrale mobile de Villejuif prend place sur un terrain de 1500 m2 près du vaste puits d’entrée de la future gare Gustave Roussy. Ici, deux tunneliers doivent se croiser, ceux de la ligne 14 Sud (Olympiades/Aéroport d’Orly) et de la ligne 15 Sud (Pont de sèvres/Noisy-champs).

 

Cette centrale développée avec Skako, avait déjà œuvré sur deux chantiers phares : celui du ministère de la Défense (Balard) et celui du Syndicat interdépartemental pour l’Assainissement de l’agglomération parisienne à Achères (SIAAP).

 

Caractéristique de la nouvelle installation : elle fournit des bétons de génie civil fortement dosés en ciment (350 à 380 kg/m3), donc nécessitant peu d’eau, et très adjuvantés. Les ouvrages du grand Paris sont en effet calculés pour une durée de vie de 100 ans (contre 50 ans pour le logement)

 

Unibéton a donc pris le parti d’aménager la nouvelle installation mobile, selon un cahier des charges plus respectueux de l’environnement, propre à l’entreprise. Il prévoit le recyclage de tous les matériaux employés pour la fabrication du béton : les retours béton du chantier, les granulats et les eaux de nettoyage des installations (malaxeurs et camions). Objectif : aucun camion ne doit être affecté au transport de déchets.

 

 

Des contrôles supplémentaires et une configuration spécifique ont été aménagés afin de parvenir au zéro déchet dans la centrale mobile. Le traitement des eaux chargés doit permettre la réintroduction de l’eau clarifeée en production.

 

Recyclage des granulats et de l’eau des installations

 

Ainsi, le stock de granulats recyclés est réemployé en graves de chantiers tandis que l’eau recyclée est reprise en fabrication de béton frais et en lavage de camions. Pour y parvenir, une vis à recycler et une laveuse ont été intégrées à l’installation. 

 

Le site intègre en effet une installation spécifique avec 4 bassins aériens agités de récupération des eaux chargées (auxquelles s’ajoutent les eaux de ruissellement) : les eaux s’écoulent vers le point d’entrée de la centrale à béton. A noter que le cycle de retraitement prévoit l’ajout d’eau claire (de 0 à 80 %).

 

« Auparavant, le cycle de fabrication nécessitait 100 % d’eau propre et aujourd’hui, on renverse le modèle » précise Renaud Boucherat Directeur d’exploitation IDF. Les matières en suspension dans l’eau de recyclage sont toutefois contrôlées puisqu’un cadre normatif strict doit être respecté. Au final, la centrale consomme 180 l d’eau par m3 dont 30 % en moyenne de recyclage d’eau chargée, en sachant que 400 m3 sont produits par jour en moyenne (jusqu’à 600 m3/ par jour).

 

 

La centrale mobile offre l’avantage de la souplesse car les livraisons s’effectuent in situ, soit sur 8 points de livraison pour la ligne 15 et 4 points de livraison pour la ligne 14. L’installation offre quatre silos à ciment -deux de 250 tonnes et deux autres de 100 tonnes chacun- et 8 cases à granulats de 150 tonnes chacune

 

Le "pavillon amiral" d'Unibéton à Issy les Moulineaux

 

Autre installation d’Unibéton, la centrale d’Issy les Moulineaux prend place sur les quais de Seine depuis 5 décennies. Elle a été entièrement restructurée de 2012 à 2015 dans le cadre de la réhabilitation globale des ports voisins engagée par Ports de Paris.

 

Coût de l’investissement pour la société : 11 millions d’euros plus le coût d’un nouveau malaxeur (500 000 euros). "Ce site de 4 600 m2 d’emprise sur le sol, (avec les contraintes d’accès aux berges laissés libres le week end), demeure éminemment stratégique pour le producteur de béton, qui bénéficie d’un bail de 20 ans", confie Renaud Boucherat, Directeur d’exploitation Ile de France.

 

La nouvelle installation est dorénavant équipée de deux malaxeurs de 4,5 m3 et 3 m3, deux lignes de production indépendantes ainsi qu’une station de recyclage. Caractéristique : les approvisionnements en ciment et en granulats s’effectuent par péniche, ce qui supprime l’équivalent de 15 000 camions par an.

 

 

 La nouvelle centrale a été entièrement restructurée de 2012 à 2015 dans le cadre de la réhabilitation globale des ports voisins engagée par Ports de Paris.

 

Quatre barges en rotation permanente sur le site d’Issy-les-Moulineaux

 

Ainsi, 60 % des ciments (les CEM II et CEM III représentant les plus gros volumes) sont acheminés par bateau en provenance de Gargenville (où est implantée la cimenterie Ciments Calcia). Les autres ciments et cendres filaires arrivent par la route en camions.

 

Enfin, les granulats utilisés par Unibéton arrivent par péniche en provenance d’Achères (site de GSM, l’un des premiers producteurs de granulats en France). Une pelle électrique, limitant les nuisances, assure le déchargement des matériaux. Ici, les quantités de béton frais produit sont impressionnantes : le site équipé de 9 cases à granulats primaires (3000 tonnes), 7 cases à granulats secondaires (600 tonnes) et 9 silos à ciment (1300 tonnes) est en mesure de livrer 1400 m3/jour.

 

 

Quatre barges en rotation permanente assurent le transport du ciment et des granulats. Elles optimisent le transport des gros volumes dont le CEM II et le CEM III (dotés de fortes résistances à court terme). Le CEM III constitué de clinker et de laitier, est adapté aux travaux de fondation et aux sols agressifs.

 

Le coût de gestion des déchets divisé par 3

 

Sur le site d’Issy-les-Moulineaux, les eaux chargées ne sont pas réintroduites en production, comme à Villejuif. Toutefois, elles sont filtrées dans une presse à boue afin de récupérer toutes les fines.

 

Ces galettes de fines ainsi constituées (à base de ciment) sont ensuite renvoyées sur le site de Gargenville (via un transport par camion) et réintégrées dans le cycle de production du ciment. De l’ordre de 17 à 20 tonnes de galettes sont ainsi récupérées. « Auparavant, ces résidus étaient envoyés en décharge » complète Renaud Boucherat.

 

Selon les responsables, depuis l’installation des nouveaux équipements, la politique de développement durable du groupe a permis de diviser le coût de gestion des déchets par trois (coût du traitement total non communiqué). Une politique qui sera donc accentuée, notamment en raison du contexte réglementaire et des contraintes grandissantes de mise en décharge des déchets, termine Renaud Boucherat.

 

 

30 camions toupies (un camion toutes les 2 minutes) sont en rotation à Issy-les-Moulineaux contre 10 à Villejuif sur le site IGR. Chaque camion (d’un poids de 14 tonnes à vide) contient de l’ordre de 7,5 m3 de béton (équivalent à un poids de 17 tonnes) pour ne pas excéder une charge totale de 32 tonnes. Précisons que ces camions aux couleurs d'Unibéton sont gérés par des entreprises de transport indépendantes avec leurs propres équipes de chauffeurs.

 

 

Une presse à boue permet de filtrer les eaux chargées et de récupérer des galettes de fines qui sont réintroduites dans le cycle de production du ciment à Gargenville.

 

 

Le malaxeur planétaire a été remplacé en 2017 par un malaxeur discontinu à deux arbres DKXS 4.5 de BHS Sonthorfen. Le malaxage tridimensionnel garantit un niveau d’homogénéité élevé tout un raccourcissant les cycles de malaxage et en réduisant la consommation d’énergie.

 


Source : batirama.com / Fabienne Leroy

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