Quand l’échafaudage biosourcé rime avec ville durable

Quand l’échafaudage biosourcé rime avec ville durable

En Asie, l’échafaudage en bambou est omniprésent, pratique et très peu émissif, tout en venant à bout de projets de tours de plus de 400 m de haut.





Quand on visitait la Chine il y a vingt ans, les échafaudages en bambou éveillaient de la curiosité voire de l'inquiétude. Périlleux échafaudeurs, pauvres ouvriers. Aujourd’hui, le visiteur d'une riche métropole mondiale comme Hong-Kong, se rend compte que l’échafaudage en bambou est plus présent que jamais. Il s’agit même peut-être d’un maillon important du fonctionnement de la ville durable.

 

A Hong-Kong, les échafaudeurs sont approvisionnés par des bateaux qui acheminent des bambous sommairement triés par diamètre et égalisés en longueur, cette dernière étant essentiellement déterminée par la possibilité de maniement manuel individuel, notamment en hauteur.

 

 

Démarrage du montage d'un échafaudage à Hong-Kong ©JT

 

Economie circulaire

 

Des camions adaptés transportent les bambous vers les chantiers, les tiges plus longues sont disposées obliquement de façon à dépasser la cabine. Un chantier d’échafaudage recourt souvent à des équerres en acier, surtout si l’échafaudage ne peut prendre appui sur le sol.

 

S’ajoutent les liasses de rubans faisant chacun un bon mètre, que les échafaudeurs portent accrochées à leur ceinture. Les liasses de chaumes de bambous sont déposées quant à elles en bordure de chaussée, au dernier moment avant le démarrage d’un chantier.

 

Les équipes sont apparemment constituées de personnes très qualifiées qui se transmettent le savoir en famille, et qui travaillent de façon très solidaire et rapide. Ce sont les échafaudeurs qui trouvent la solution de démarrage et de tramage. Le trottoir du centre ville est étroit, pas question d’obstruer le passage.

 

 

Stock de chaume et harnachement sommaire

 

Un simple ficelage avec des filets synthétiques

 

Les bambous de forte section, souvent taillés en pointe, prennent appui sur la chaussée à de rares endroits. Il semble que ce soit le chef d’équipe qui démarre le chantier, sans doute particulièrement périlleux dans sa première phase, et qui s’assure que l’ensemble de la construction parte bien sur de bonnes bases.

 

Plusieurs filins ont été fixés au sommet de la tour, comme attachement provisoire des harnais, mais aussi, dans un second temps, pour faciliter le montage de fagots de bambous. Quant à l’ancrage, une perceuse est munie d’un crochet pour pouvoir être suspendue à l’échafaudage en cours de montage.

 

En complément des rares ancrages par câble vissé, des courçons judicieusement placés servent d’écarteurs. Les jonctions entre bambous se font par simple ficelage avec des lacets synthétiques. Une solution polyvalente qui semble sécurisée par le grand nombre de croisements.

 

Ainsi, les tiges porteuses se prolongent indéfiniment vers le haut, ficelées entre elles selon des règles de sécurité précisées dans un manuel disponible en ligne. L’objectif assigné est de monter le plus vite possible un échafaudage qui permettra de soutenir efficacement et de façon stable les ouvriers intervenant sur la façade ou élevant une structure en béton.

 

 

Tous les assemblages se font avec des rubans en plastique noués.

 

Un métier menacé par les difficultés d’approvisionnement en bambou

 

Les statistiques dénombrent un nombre très faible d’accidents à Hong Kong, la ville du monde qui compte le plus grand nombre de gratte-ciels. En Inde, les écroulements semblent un peu plus fréquents. Malgré le fait que ces ouvrages sont omniprésents à Hong Kong, on ne dénombrait en 2013 que 200 sociétés spécialisées inscrites pour un total de 1750 échafaudeurs.

 

Le métier est menacé par les difficultés d’approvisionnement en bambou, initialement sourcé dans la province chinoise voisine de Canton, mais qui vient désormais de beaucoup plus loin en Chine centrale. Par ailleurs, malgré un savoir-faire que l’on associe souvent à un art, les salaires restent comparativement faibles, soit notre SMIC pour un chef d’équipe expérimenté.

 

S’ajoutent les conditions de travail que la chaleur humide et les millions de climatiseurs rendent si pénibles une bonne partie de l’année a tel point que le travail de nuit s’impose. D’ailleurs, le travail de nuit semble bien avoir joué pour que dans un cas rencontré, en 24 heures seulement, une structure complète d’échafaudage a été montée sur toute la face d’un immeuble de plus de 20 étages. 

 

Le démontage demande le même doigté mais il est fondamentalement facilité par la possibilité de trancher les ficelles avec un cutter. A Hong Kong, un programme tend à valoriser les millions de chaume de bambou qui arrivent chaque année en fin de vie après de multiples usages. Pour des applications diverses, peu à peu, une longue chaume en vient à être redécoupée, ou malencontreusement entaillée.

 

 

Camion d’approvisionnement avec courçons et équerres

 

L’échafaudage biosourcé en France

 

Il est peu imaginable de voir cette technique transposée en France, encore que la recherche d’une diminution de l’énergie grise des chantiers passe aussi par le recours à des matériaux renouvelables, non seulement pour le bâti mais aussi pour les installations de chantier. 

 

Une étude a déjà montré la pertinence du recours au bambou structurel en France, même d’importation, en termes de bilan d’émissions. Ce qui semble à première vue une pratique d’un autre âge pourrait qui sait retrouver une nouvelle jeunesse sous une forme ou une autre dans le futur, même chez nous. A bâtiment vert, échafaudage vert. Surtout si le bambou devient un jour, à la faveur d’un fort renouveau dans les Tropiques, une option constructive dans l’Hexagone.

 


Source : batirama.com/ Jonas Tophoven

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