Un vaisseau de 26 logements en bois pour la Zac Fluviale

Un vaisseau de 26 logements en bois pour la Zac Fluviale

Un R+4 de 26 logements en bois, ce n’est pas encore courant en région parisienne. Encore moins s’il s’agit d’une opération qui adopte une démarche participative.



Photo d'ouverture : Le bâtiment de l’Arche-en-l’Ile le 17 avril dernier.© Rabia Enckell

 

L'Ile St Denis, qui constitue une municipalité autonome sauf en extrême partie sud, s'étend sur 7 kilomètres en un long et assez étroit croissant qui suit un méandre de la Seine, de St-Ouen à Epinay/Seine.

 

Entre la pointe Sud et le viaduc de l'A86 qui la traverse, l'espace était dédié de façon naturelle à des entrepôts liés historiquement à la navigation fluviale. Face à la Cité du cinéma, les entrepôts immenses qui couvraient presque entièrement l'île, désaffectés, ont été en grande partie détruits.

 

De sorte qu'un espace d'environ 2 hectares est devenu lotissable, à trois kilomètres de Paris intra muros. Il fait partie d’une zone plus vaste, qui s’étend sur l’île également au nord de l’A86, et dénommée Zac Fluviale.

 

 

La plateforme Sophia, Trophée Eurobois, place la gestion de l’information au centre du jeu. ©Rabia Enckell

 

Une volonté d’écoquartier

 

Voilà comment était présentée la chose il y a dix ans : « La partie située au sud de l'autoroute A86 sera restructurée pour devenir un écoquartier, qui comprendra au moins 300 logements, pour la plupart en accession à la propriété, des commerces et des activités mixtes.

 

« Il comprendra également une base nautique, et sera vraisemblablement en lien avec la Cité du cinéma de Luc Besson, situé de l'autre côté de la Seine et qui sera accessible par une passerelle facilitant également l'accès de l'île au Carrefour Pleyel et sa station de métro ».

 

« Le projet, qui sera attribué à l'automne 2008 par Plaine Commune à l'une des trois équipes candidates, comprendra un volet environnemental très strict notamment en matière d'espace public respectueux de la nature et du fleuve, de sobriété énergétique, de traitement de l'eau et de circulation douce. » Aujourd’hui, il reste encore beaucoup à faire, notamment en matière d’infrastructures.

 

L’expérimentation de l’habitat participatif

 

Philippon et Katz, lauréats, ont été chargés il y a une dizaine d’années déjà du plan d’aménagement, qu’ils ont axé sur la qualité de vie déclinée selon les zones et parcelles.

Cette déclinaison a ouvert la voie à une possibilité, l’expérimentation de l’habitat participatif alors quasiment inconnu en France, contrairement à d’autres pays comme la Suisse.

 

Rabia Enckell, qui disposait déjà d’une expérience de 10 ans dans le domaine de la promotion, a saisi cette occasion pour encadrer et accompagner un projet de promotion d’habitat participatif en AMO.

 

 

Les circulations extérieures sont réalisées en douglas massif. ©Rabia Enckell

 

Bois et espaces partagés

 

Quand ce projet a commencé à prendre forme, il est apparu qu’il devrait associer des logements sociaux. Un projet initial prévoyait deux accès séparés et il n’était pas vraiment question de construire en bois.

 

Cette demande a émergé du processus d’accompagnement, en présence déjà de l’architecte Julien Beller, accompagné sur une assez longue période par l’ingénieur bois francilien Yves-Marie Ligot.

 

Les futurs propriétaires sont allés visiter des immeubles en bois à Montreuil pour se faire une meilleure idée et ils ont opté pour le bois, ainsi que pour une seule desserte non ségrégative.

 

Conception en duplex sur un R + 4

 

Le projet se cale sagement sur la réglementation qui prévaut en 2e famille, avec des accès communs non supérieurs à 8 m, engendrant la conception de duplex ingénieusement emboîtés pour offrir un accès équitable à une même qualité de lumière.

 

Le bâtiment en R+4 se distingue de l’habitat courant par d’importantes surfaces partagées, qui sont la résultante de l’élaboration participative du projet. En fin de compte, la toiture n’a pas été réservée aux panneaux solaires mais plutôt à une vaste terrasse accessible de plain-pied par l’ascenseur.

 

Les coursives ont été traitées de manière à devenir des lieux de vie. Au rez-de-chaussée, des espaces communs ont été réservés pour la vie associative ou un studio partagé de 20 m2.

 

Douglas et compléments

 

Le souhait de faire intervenir des entreprises locales utilisant si possible des matériaux locaux a conduit au choix de l’entreprise Méha, avec une prescription de Douglas qui s’est finalement matérialisée pour les coursives.

 

Les lots menuiserie et charpente était dissociés et il n’a finalement pas été possible de préfabriquer en atelier des éléments de façade finis, ce qui a quelque peu perturbé le planning.

 

Sur un socle en béton, la structure est en poteaux bois avec quelques poutres acier. Un double solivage de désolidarisation acoustique complète une désolidarisation acoustique des séparatifs par double mur, ce qui permet de relever le défi acoustique d’une cage d’escalier en bois (CLT).

 

Une chape de 6 cm pour l’inertie et l’acoustique

 

S’ajoute pour la performance acoustique une chape de 6 cm et plenum acoustique en sous-face. Des structures rapportées (poteau-poutre) supportent la charpente couvrant la terrasse supérieure. Les éléments de façade sont en ossature bois, pour moitié habillés d’un bardage en douglas pré-grisé de Piveteau posé sur site.

 

La chape apporte de l’acoustique et de l’inertie. L’ossature bois facilite la performance énergétique de 20 à 25% au-dessus des objectifs de la RT2012.

 

La performance de cette opération se mesure aussi aux bâtiments en construction quoi la jouxtent, et qui, sans doute moins aidés, ne sont pas parvenus in fine à conserver la structure bois de leur visée initiale.

 

 

400 m2 de terrasse pour tous en accessibilité PMR, platelage pin. ©Rabia Enckell

 

Un modèle olympique ?

 

En lisière de l'Ecoquartier Fluvial de l'Ile St Denis (93), le projet l'Arche en l'Ile d'habitat participatif en construction bois R+4, fait littéralement face au futur village olympique des JO24 et se dresse comme un fanal pour rappeler l'orientation bas carbone de ces Jeux et la vocation pérenne d'installations olympiques qui doivent tenir compte des nouvelles attentes collaboratives des utilisateurs de demain.

 

En attendant, le lieu est occupé en partie par un spécialiste du recyclage des produits de construction, Bellastock. Julien Beller aurait bien aimé avoir davantage recours à ce genre de matériaux mais il a buté sur le contexte réglementaire. Qu’à cela ne tienne, il est envisagé que les résidents se construisent eux-mêmes, à l’aide de ce type de matériaux, une sorte de jardin d’hiver sur la vaste terrasse.

 

 

Le futur village olympique des JO24 abrite actuellement Bellastock, spécialiste du réemploi des éléments de construction. ©J.T.

 

 

Julien Beller, architecte, acteur à la fois de l’architecture bois et de l’habitat participatif ©J.T.

 

Parmi les intervenants :

Rabia Enckell, AMO (Courtoisie urbaine) ; Alexandre Bousseau, responsable de programme (Quartus) ; Julien Beller et Djaffar Merrati, architectes. Bureau d’étude « bois » : Yves-Marie Ligot. Lot charpente : Charpentes Méha.

 

Caractéristiques

 

  • R+3 + duplex au 3e étage : 26 logements + 1 studio partagé (dont 12 locatifs sociaux).
  • Coût HT : 2 767 000 €
  • Surface taxable : 2 165 m2
  • SHAB : 1 734 m2
  • Surface totale des espaces et locaux communs : 965 m2 (dont 210 m2 inclus dans la surface taxable)
  • Certification Habitat & Environnement.
  • Livraison : prévision à l’été 2018



Source : batirama.com / Jonas Tophoven

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