Les tuiles à l’ancienne résistent bien !

Les tuiles à l’ancienne résistent bien !

Dans un marché global de la tuile qui a souffert de la crise de la construction, celui des tuiles à l’ancienne est une niche mais qui reste stable.





Les fabricants se démènent pour innover régulièrement et élargir une offre déjà multiple.

 

Trouver la tuile parfaitement “raccord” pour restaurer le toit d’un monument prestigieux ou d’une bâtisse de caractère est de plus en plus facile : les formes, les coloris, les aspects et formats les plus divers sont proposés quasiment à la carte par les fabricants de tuiles.

 

Aux produits très haut de gamme, dits “Monuments historiques”, répondent des tuiles de gamme intermédiaire, financièrement plus accessibles, qui représentent aujourd’hui le gros des volumes produits. La terre cuite domine mais une tuile plate en béton se fait une place sur le marché, avec des atouts non négligeables.

 

Fabrication artisanale…

 

Les nombreuses tuileries artisanales, qui ont fonctionné à travers le pays, se sont réduites à une vingtaine aujourd’hui. Certaines se sont diversifiées dans la fabrication de produits en terre cuite (brique, carreau, accessoires) tandis que d’autres restent spécialisées dans la couverture et se sont orientées vers les produits traditionnels.

 

Utilisant de petits fours qui permettent une grande souplesse dans leur mode de production, elles fabriquent en quantités limitées, quasiment sur mesure, au gré des commandes.

 

… et industrielle

 

La production industrielle s’est développée de longue date, avec la tuilerie Aleonard, qui démarre une production semi-industrielle à Pontigny dès 1872 et invente la tuile “Monument historique”. Quatre fabricants de tuiles dominent : Aleonard (groupe Wienerberger), spécialiste de la restauration du patrimoine et des Monuments historiques, Edlians, Terreal et Monier.

 

Tous ont implanté leurs usines près de gisements d’argile. Ils s’efforcent d’innover continuellement dans les process pour obtenir des produits (accessoires compris) au rendu le plus proche de la tuile ancienne, dont les multiples nuances de coloris, la forme, le format, l’épaisseur et les marques d’usure varient quasiment d’un canton à l’autre.

 

Un marché dynamique

 

La recherche débouche régulièrement sur de nouveaux effets (émaillages, satinages, etc.). Par ailleurs, des offres de services sont développées : ainsi, pour faciliter le gironnage (couverture à liaisons convergentes, pour une tourelle par exemple), les tuiles sont prédécoupées en atelier, suivant un plan traité par logiciel.

 

Distribuées via les négoces spécialisés ou généralistes, les tuiles à l’ancienne industrielles sont disponibles aisément. Une petite partie est exportée dans des pays voisins (Belgique, Grande Bretagne…) et parfois même plus loin, pour des constructions dans l’esprit de l’ancien. De même, en France, dans certaines zones très protégées (Luberon, Île de Ré...), la tuile à l’ancienne habille la construction neuve.

 

Restaurer dans le respect de l’identité patrimoniale

 

1. Pourquoi choisir la tuile à l’ancienne ?

 

  • Les obligations réglementaires. Dans les zones protégées, l’environnement réglementaire impose généralement l’usage de tuiles spécifiques, par la voie des Architectes des bâtiments de France, de la DDE ou des communes (PLU).
  • L’esthétique et la qualité. Outre l’intérêt d’un rendu esthétique incomparable, la tuile à l’ancienne est garantie 30 ans (étanchéité et gel). Elle est étudiée pour simplifier la mise en œuvre et assurer un ouvrage pérenne (palettes déjà panachées, systèmes de pose, accessoires spécifiques, conditionnement en mini-paquets…).

 

2. Pour quel budget ?

 

Une tuile Monument historique vaut 75-85 €/m2, et une tuile à l’ancienne intermédiaire, moins épaisse, environ 60-65 €/m2, contre 50-55 €/m2 pour une tuile plate classique (prix moyens fourni-posé).

 

La tuile entre pour moins de 25% dans le coût d’une rénovation de toiture (le gros du budget passe dans la phase préparatoire à la couverture, puis dans la pose). Un surcoût de 10% pour une tuile à l’ancienne n’impactera que de 2-3% la facture finale, ce qui est peu au regard de la qualité du rendu (la tuile béton est environ 15% moins cher que l’équivalent en terre cuite en prix fourni).

 

L’avis d’un représentant des fabriquants

 

Bernard Caron,directeur marketing couverture chez Terreal, anime le groupe de travail marketing tuiles, à la FFTB(Fédération française des tuiles et briques).


« Au cœur du marché, le petit patrimoine rural »

 

Quel est le marché des tuiles à l’ancienne ?

 

En l’absence de statistiques précises, nous ne pouvons que l’évaluer. Le marché se concentre sur les tuiles plates et les tuiles canal. Et, pour une très petite part, sur quelques tuiles mécaniques qui ont un siècle d’existence, comme la tuile de Marseille, la tuile losangée ou la petite tuile à côtes.

 

Ces modèles commencent à être recherchés pour la restauration, mais pour le moment, on utilise surtout de la tuile de récupération. En termes de surfaces réalisées, la Canal représente autour de 8% du marché global et la Plate environ 9%.

 

Ces deux types sont destinés à 80% à la rénovation, contre 65% pour la tuile en général. Selon mon estimation, la tuile à l’ancienne compte pour 20% des segments canal et tuile plate, soit 3 à 4% de la totalité des tuiles vendues en France.

 

Comment les acteurs se partagent-ils ce marché ?

 

Les adhérents de la FFTB, dont les 4 principaux producteurs, sont tous présents sur ce segment. Les petits tuiliers indépendants, qui représentent un peu moins de 5% du marché de la tuile plate et canal, sont clairement orientés vers la tuile à l’ancienne. »

 

Quelles sont les évolutions ?

 

« Les industriels ont tous évolué dans le même sens, d’abord avec des tuiles Monuments historiques (MH) haut de gamme. Puis ils se sont orientés vers des produits intermédiaires, très proches de la MH, mais moins épais.

 

Cette stratégie répond d’une part aux contraintes budgétaires des maîtres d’ouvrage, et d’autre part à la forte évolution des produits ces 10 dernières années. Alors que la MH se distinguait surtout par sa grande épaisseur et son pureau brouillé (positionnant les tuiles à hauteur variable), les innovations de ces derniers temps ont porté sur l’aspect de la “peau”, de plus en plus déstructurée, et du “nez”, avec l’apparition d’aspérités et “d’accidents” aléatoires.

 

Les coloris sont aussi très travaillés pour coller aux micro-marchés, et nuancés en palette. Les maîtres d’ouvrages veulent rénover dans la qualité et le respect du patrimoine traditionnel. Dans un marché de la tuile qui a quasiment baissé de moitié en 10 ans, la rénovation résiste bien, avec au cœur du marché le petit patrimoine rural, et une commande publique que j’estime en gros à 20% des chantiers. La tuile à l’ancienne est un axe extrêmement important pour les fabricants. »

 

Ce que dit la réglementation

 

©Monier

 

Si le chantier se situe dans le “champ de visibilité” d’un monument classé ou d’un Monument historique (périmètre de 500 m), ou dans une “zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager”, l’autorisation d’un Architecte des Bâtiments de France est indispensable.

 

Le CAUE, Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement (créé dans le cadre de la loi sur l’architecture de 1977 pour promouvoir la qualité architecturale, urbaine et paysagère) a pour mission d’accompagner les acteurs dans leur projet.

 

Règles de mise en œuvre des produits

 

Chaque famille de tuile a son DTU.

  • Pour la tuile plate béton : DTU 40.25 (F P 31-206)

 

La norme produits

  • Tuiles et accessoires en terre cuite sont définis par la NF EN 1304 d’août 2013. Les tuiles à l’ancienne respectent cette norme, tandis que les tuiles béton sont marquées NF EN 490.

 

Rappel : la norme NF est un document de référence ; c’est une auto-déclaration sous la seule responsabilité du fabricant. Alors que le marquage CE est réglementaire et obligatoire (conformité du produit à un référentiel).

 

Loi sur la transition énergétique : quel impact ?

 

©Edlians

 

Au 1er janvier prochain, l’isolation devient obligatoire si plus de 50% hors ouverture de la toiture sont rénovés (au même titre que les façades). En renchérissant le coût de la rénovation, cette disposition réglementaire risque d’impacter le marché de la tuile, et notamment celui de la tuile à l’ancienne.

 

Les bâtiments à forte pente, aux combles souvent occupés, sont particulièrement concernés pour des raisons de coût, car ils sont le plus souvent isolés par sarking (isolation par l’extérieur) pour éviter la destruction des aménagements intérieurs.

 

Cependant, des dérogations sont prévues en fonction de la faisabilité technique et économique de cette isolation (travaux incompatibles avec l’aspect de la construction dans les secteurs sauvegardés, ou si le temps de retour sur investissement du surcoût lié à l’isolation est supérieur à dix ans, par exemple).

 

La fin des tuiles de récup

 

La restauration fait encore appel à la récupération de vieilles tuiles, mais le gisement commence à se raréfier en France (une petite partie est importée d’Espagne et d’Italie, pour les chantiers du Sud). Ces tuiles ont pris une valeur marchande importante et présentent l’inconvénient de ne pas être garanties, car même un tri minutieux ne peut assurer leur longévité ni leur comportement face aux intempéries et au gel.

 

 

PRODUITS

 

Onduline® Flexoutuile T470 par Onduline

Cette nouvelle plaque de sous toiture permet une pose sur faible pente ≥ à 24% sous Avis technique, et participe à la conservation du patrimoine régional avec l’utilisation des anciennes tuiles. Ces plaques assurent une étanchéité de la toiture pendant 6 mois dans le cas d’une mise hors d’eau sans tuiles. Onduline ® Flexoutuile T470 ne nécessite pas d’écran de sous-toiture, ni de contre-lattes, ni de dépenses induites par le renforcement des charpentes. Légère et facile à travailler, elle s’adapte parfaitement aux déformations de la toiture existante. Mieux, elle affiche une solidité accrue qui autorise la marche.

 

Tuile plate médiévale par Monier

Utilisée de la Normandie à la région Rhône-Alpes, via l’Île de France, le Centre et la Dordogne, cette tuile en béton, à glissement, reproduit les tuiles anciennes avec son pureau irrégulier et son nez non rectiligne, sa surface à l’aspect structuré et son rendu vieilli/rustique. Très résistante à la casse, ingélive et ultra-étanche, elle est fabriquée sans cuisson (simple séchage en étuve), à Verberie (60). Dim : 27 x 16,5 cm ; poids : 1,2 kg ; pureau de 9 à 10 cm ; 60 à 67 tuiles /m2. Pose à joints croisés. Coloris : rouge vieilli, chaume ancien.

 

Canal origine nuance d'antan par Terreal

Erodée sur toute sa surface, la Canal Origine copie les aspérités typiques des grands cornets et leur nez déstructuré. Elle est colorée par un poudrage type lichen et des traces noires, déposés sur une base de flammé, blanc, rose, rouge ou tabac. Sous-face des tuiles teintées et mouchetées recommandée pour une pose en génoise. Adaptée à une pose sur plaques sous-tuile, ou en simple (chapeau seul) ou en double. L 50 cm ; l grand cornet : 21 à 21,5 cm ; ép : 1,6 cm ; poids : 2,9 kg. 12 tuiles/m2. Palette de 240 tuiles panachées. Produite à Castelnaudary (11).

 

Tuile plate MH 17x38 Alsace par Aleonard

Conçue pour restaurer les toits alsaciens, la MH Alsace est l’une des déclinaisons de la gamme de tuiles plates “Monuments historiques”. En forme d’écaille ou de langue de chat, elle est fabriquée à l’ancienne, à Pontigny, en Bourgogne, selon un savoir-faire labellisé EPV. Les coloris pleine masse sont obtenus par cuisson lente de mélanges d’argiles, additionnés de très peu de poudre. Tenons d’accrochage pleine masse. Format 17 x 38 cm ; épais. 15 mm ; poids : 2,05 kg. 38 à 41 unités/ m². Palette de 480 unités. Convient aux toits à fortes pentes.

 

Tuile plate Saint-Vincent par Aleonard

Nez irrégulier et destructuré, grain de peau rustique et suranné, la Saint-Vincent bénéficie de l’expertise Aléonard, mais son épaisseur de 12 mm la rend plus accessible que la MH avec la même qualité. 6 coloris (Rouge Obscur, Rouge Poivré, Rouge Vieilli, Rouge Ardent, Ambre clair et Ambre foncé). Conditionnée en mini-paquets pour faciliter la mise en place. Deux tenons pour une pose plus facile et deux trous débouchants pour une fixation rapide. Panachage dans la palette. Forme écaille ou rectangulaire. Format 16 x 27 cm ou 16 x 24 cm.

 

Canal 50 reabilis par Edilians

Nez estampé, bord irrégulier et belle épaisseur, cette tuile canal est travaillée en stries sur sa surface de manière artisanale, afin de lui donner un effet déstructuré. Appliqué jusque sur la tranche, un poudrage aléatoire allant du blanc au noir reproduit la patine du temps et des lichens. Ses teintes Domitia et Historia font de Reabilis une Provençale. Format : 50 X 21 cm ; poids : 2,6 kg. 10,3 à 12,6 tuiles/m². Produite à St Geours d’Auribat (40). La gamme Canal 50 est disponible en 10 coloris.

 

La tradition Doyet par Edilians

Très semblable à la Monuments historiques Doyet, en moins épais, la tuile plate Tradition Doyet est fabriquée avec le même soin et cuite, elle aussi, au four à bois, pour un rendu inégalable à un prix accessible. C’est le produit de la gamme le plus posé en couverture des Monuments historiques. Pose à joints croisés. Format : 17 x 27 cm ; épais. : 12,5 mm ; poids : 1,4 kg. Pureau brouillé : 90, 95, ou 100 mm. 59 à 65 /m² selon recouvrement. 59 à 65 unités/m². Palette de 720 tuiles. Fabriquée à Doyet (03).

 

 

 

Source : batirama.com / Emmanuelle Jeanson / ©photo d'ouverture : Edilians

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