L’agence Karawitz a fait certifier PassivHaus en premier une maison française (Maison Bambou), un peu après la canicule de 2003, il y a 20 ans, et inaugure ce que l’opinion publique gagnerait à découvrir sur les plateaux des médias au lieu de parler de la clim' : la nouvelle architecture du changement climatique.
Autour de Mischa Witzmann et de Milena Karanesheva, l’agence Karawitz reste particulièrement connue et publiée à l’international pour ses maisons individuelles passives comme dernièrement la maison Trilogis à Fontainebleau, mais développe une activité multiforme non seulement en construction métropolitaine, mais aussi en Afrique et la zone tropicale, étend sa créativité aux installations inédites comme le Pan’Auditorium du Forum International Bois Construction ou le développement de connexions pour la construction en bambou.

Terrasse en cours de pose. Livraison vendredi 26 juin. On souhaite aux maîtres d'ouvrage un bel été au frais. © Karawitz
Ces dernières années, il y a eu dans la maison individuelle au moins trois ouvrages décisifs. D’abord, par Studio Lada, une maison dans le massif des Vosges (Ban-sur-Meurthe, 2022) poussant le recours au local jusqu’à ses derniers retranchements. Ensuite, présenté au dernier Forum du Grand Palais, la maison minimaliste des Grands Moyens, 2023, à La Grande Paroisse (77). S’ajoute désormais la Maison Canicule de Karawitz, à Aigrefeuille d’Aunis en Charente-Maritime pas loin de La Rochelle, l’un des épicentres de la canicule de juin 2026.
Mischa Witzmann explique que "ce projet a été conçu avec un objectif clair : garantir un excellent confort d’été face aux épisodes de fortes chaleurs, tout en maintenant un très haut niveau de performance énergétique". Les principaux dispositifs mis en œuvre sont :
– structure à ossature bois avec isolation en paille ;
– Protection solaire passive grâce à une large casquette offrant près de 2 mètres de débordement ;
– Toiture ventilée, dont les panneaux photovoltaïques participent également à la limitation des apports solaires ;
– VMC double flux associée à un puits canadien pour le prétraitement de l’air neuf ;
– Pompe à chaleur réversible pour un confort optimal en toutes saisons.
La maison est en cours de certification Passivhaus.

Le Douglas (local, le Limousin n'est pas bien loin) s'accorde bien avec le bardage en châtaigneri local. © Karawitz
Avec Karawitz, la conception passive a évolué. Il y a quinze ans, l’agence a livré une rénovation (La Rénopassive) qui recourait, en surisolation à des parois verticales en PSE, une option tout a fait admise dans les calculs PHPP. D’ailleurs, depuis, le propriétaire contrôle et partage chaque année la validité de l’approche passive déployée, en relevant que le thermomètre intérieur n’a jamais dépassé 26 °C.

La toiture est blanche et elle devient une vraie ferme photovoltaïque. © Karawitz
Vingt ans plus tard, la conception passive reste étroitement liée aux calculs PHPP qui constituent l’outil le plus fiable du marché. Mais les priorités ont changé vers le confort d’été, le stockage de carbone via le recours aux matériaux biosourcés comme la paille, et l’autonomie énergétique par les panneaux photovoltaïques.
Un débord de toiture allant jusqu’à 2 m, cela signifie que le toit est devenu l’ouvrage principal et le signe de reconnaissance de la maison. Les débords créent une prise au vent et demandent une attention particulière, il serait également possible de les appuyer sur des poteaux extérieurs comme les vérandas de Virginie. Mais cala dépend aussi de la surface constructible, et du coup de patte architectural. À grand toit, grande surface photovoltaïque, grande autonomie.
C’est la scop Bois et Paille de Vausseroux (79), 88 m, qui réussit à concevoir cette charpente inhabituelle en Douglas, se charge aussi du bardage en châtaignier local, des menuisieries en triple vitrage et de l’isolation paille. C’est important ! Dans un rayon de moins de 100 km, indépendamment des métropoles, on trouve des constructeurs assez courants capables de réaliser ce type d’ouvrages. Faut pas aller chercher Mathis en Alsace ou Pyrénées Charpente ! Les nouveaux constructeurs biosourcés assurent ce groupe de prestations.
Selon Milena Karanesheva, le passif caniculaire, c’est le calcul PHPP, l’accompagnement par des sachants et la certification, mais aussi la simulation thermique dynamique, du bon sens et du doigté. Le label lancé en 1990 à Darmstadt en Allemagne table sur le triple vitrage parce que cela correspond à l’approche technologique allemande et offre un bon ratio entre éclairage et performance dans un univers allemand avant l’écroulement climatique. Maintenant, on ne lésine plus sur l’atténuation, le recours aux matériaux biosourcés locaux, la gestion de l’ombre.
Nota bene : la question de l’inertie est réglée par l’autonomie des panneaux photovoltaïques. Jusqu’à présent, il n’était encore et toujours que question d’apport d’inertie en construction bois, justifiant les dalles béton voire la réduction du bois à la seule enveloppe. À présent, avec la multiplication des domes de chaleur, l’inertie devient un piège et transforme les constructions en fours. L’objectif n’est pas tant d’absorber la chaleur excessive que de l’empêcher de pénétrer dans la maison.
La maison fait 130 m2 mais comme pour Trilogis, Karawitz est passé maître dans les surfaces élargies, les terrasses qui prolongent l’intérieur. S’ajoute un travail paysagiste du jardin, qui va exactement dans le même sens de création d’espaces vivables en saison chaude.
Avec ces chaleurs, l’architecture tropicale n’est-elle pas préférable ? On oublie qu’en dehors de pics de chaleurs, il faut assez froid souvent en France. Milena Karanesheva détaille : "il existe également des maisons passives dans les Tropiques, notamment au Sri Lanka, qui se révèlent efficaces et estimées à cause de leur capacité à lutter à la fois contre l’humidité et les insectes". Quand à la pomme de discorde entre la ventilation double flux et la ventilation naturelle, c’est un débat un peu vain mais résurgent que Milena a dû aborder comme présidente de l’ICEB avant le passer la main à Emmanuelle Patte. Elle ajoute "je n’avancerai pas trop sur le débat VMC double flux-ventilation naturelle. Toutes nos maisons sont conçues de sorte à assurer une ventilation naturelle transversale. En tant que présidente de l'ICEB, j’ai cherché à ce que ce débat se fasse de façon scientifique et dans l’écoute, sur la base d’outils fiables et de résultats réels. Chaque projet est unique et nécessite une solution adaptée. Les outils existent, l’expertise existe, les techniques existent, il faut juste s’en saisir".
Dans cet esprit, la Maison Canicule de Karawitz ne se présente pas comme la solution définitive à la crise climatique, mais comme une réponse pensée pour le temps T de 2026 sur la base d’une expérience architecturale de plus de vingt ans. Et en plus elle est jolie.