Après l'euphorie des années Covid, le marché français du bricolage continue son ineroxable dégringolade. Pour la troisième année consécutive, les grandes surfaces spécialisées enregistrent un recul de leur activité, dans un contexte marqué par les arbitrages des ménages, la crise de la construction neuve et un environnement économique toujours incertain. Si certains rayons tirent néanmoins leur épingle du jeu, le secteur peine encore à retrouver une véritable dynamique de croissance.
Selon les chiffres dévoilés par la Fédération des magasins de bricolage (FMB) et Inoha, les ventes des grandes surfaces de bricolage ont atteint 21,8 Md€ en 2025, soit un repli de 1,4 % par rapport à l'année précédente. Une baisse plus modérée qu'en 2024, mais qui confirme la tendance engagée depuis la fin du boom post-pandémie. Les enseignes du secteur – parmi lesquelles Leroy Merlin, Castorama, Mr.Bricolage ou encore Bricomarché – restent toutefois au-dessus de leur niveau d'avant-crise sanitaire.
"Malgré trois années consécutives de recul, le marché demeure supérieur à son niveau d'avant-crise sanitaire", soulignent la FMB et Inoha, rappelant que le chiffre d'affaires du secteur s'élevait à 20 Md€ en 2019. Les deux organisations y voient la preuve de "l'ancrage durable" des dépenses des ménages liées à l'habitat.
Le marché du bricolage avait connu une envolée spectaculaire pendant la période Covid, durant laquelle les Français avaient massivement investi dans l'aménagement de leur maison et de leur jardin. Cette dynamique avait porté le chiffre d'affaires du secteur à 23,4 Md€ en 2021 puis en 2022, avant qu'un retournement progressif ne s'amorce à partir de 2023. Pour Paul Cassignol, le président de la FMB, le ralentissement actuel s'explique avant tout par un contexte économique qui demeure peu favorable à la consommation. De fait, l'organisation professionnelle évoque un "environnement économique toujours complexe" qui conduit les ménages à effectuer davantage "d'arbitrages de consommation". Malgré cela, son président estime que "les Français continuent de considérer leur habitat comme une valeur refuge".

Cette prudence des consommateurs touche particulièrement les familles de produits les plus directement liées aux projets lourds d'aménagement ou de rénovation. Les rayons bois et menuiserie affichent ainsi un recul de 2,4 % en 2025, tandis que les univers plomberie, salle de bains et cuisine abandonnent 1,5 % sur un an. Ces catégories restent fortement dépendantes du dynamisme du marché immobilier comme des projets de rénovation importants engagés par les particuliers. © Magnific
Dans ce paysage globalement orienté à la baisse, quelques segments affichent néanmoins des résultats positifs.
Le rayon chauffage progresse de 3,3 %, porté notamment par la forte demande en climatiseurs et ventilateurs lors des épisodes caniculaires qui ont marqué l'année 2025. De son côté, le rayon électricité enregistre une hausse de 0,6 %, soutenue par "l'intérêt croissant des particuliers pour les travaux électriques et de rénovation".
Autre signal encourageant pour les distributeurs : le redémarrage du marché immobilier ancien. La FMB et Inoha soulignent que les transactions dans l'ancien ont progressé de 14 % en 2025 pour atteindre 951 000 ventes. Une évolution particulièrement suivie par les enseignes de bricolage, puisque l'acquisition d'un logement ancien s'accompagne souvent de travaux de rénovation, d'amélioration énergétique ou de réaménagement intérieur. D'ailleurs, le ralentissement du nombre de transactions avait largement contribué au tassement du marché du bricolage ces deux dernières années.
Les ventes réalisées sur internet représentent désormais 6,2 % du chiffre d'affaires total des grandes surfaces de bricolage. En 2025, elles ont progressé de 7,7 %, alors que les ventes réalisées en magasin ont reculé de 1,9 %. Une évolution qui confirme la transformation progressive des habitudes d'achat des particuliers, qui préparent davantage leurs projets en ligne avant de finaliser leurs achats en magasin ou de recourir aux solutions de livraison proposées par les enseignes.
Pour autant, malgré cette progression du e-commerce et le regain du marché immobilier ancien, le secteur reste confronté à un environnement encore fragile. Entre ralentissement de la construction neuve, prudence des ménages et tensions persistantes sur le pouvoir d'achat, les distributeurs de bricolage devront encore composer avec un marché moins porteur qu'au sortir de la crise sanitaire.