Le salon annuel, fondé en 2003 notamment par des membres de La ferme de Gailly, pépiniéristes franciliens influents, fête sa 20e édition et sa 4e à la Villa Windsor du Bois de Boulogne parisien. Progressivement, les limites entre le monde de la construction et le monde des jardins se croisent.
Ainsi, dans les jardins de la Villa, on tombe sur les Bouquets de Douglas de l’agence Chomette et Lupi, conçus initialement en 2018 en Douglas, comme totem de la 8e édition du Forum International Bois Construction, puis comme l’agrément du "paddock" du Grand Palais, avec les magnifiques fleurs en feuille de bananier de Bloomboom (qui manquait évidemment dans cette configuration extérieure).

Bouquets de Douglas de l'agence Chomette-Lupi. © Jonas Tophoven
On dénombre environ 140 000 maisons individuelles dans la Métropole du Grand Paris, le jardin est donc très présent dans l’agglomération urbaine, avec toujours la tentation d’en faire une pièce en plus. La nouvelle architecture climatique, inspirée de l’architecture bioclimatique du début du millénaire, a besoin des végétaux pour se déployer à plusieurs niveaux. D’une part à cause des matériaux biosourcés, ce qui est en bonne voie. Mais aussi par la protection du bâti qu’offrent les plantes. Le feuillu plein sud qui empêche le réchauffement de la façade ou au contraire laisse passer les rayons du soleil l’hiver, c’est le cas d’école. Si ce n’est que le monde de la construction n’a ni résolu la question du jardin urbain, ni trouvé la façon de planter des arbres développés afin qu’ils fassent leur effet tout de suite car les canicules c’est maintenant et pas dans vingt ans.

Zome de Michaël Feneux à la Villa Windsor fin mai. En parallèle, Michaël Feneux et son équipe achevaient le montage du zome Belajò dans le port de Gennevilliers chez Balas. © Jonas Tophoven
Construire avec les plantes est un thème potentiel du Forum International Bois Construction, entravé pour l’instant par l’exiguïté du marché. La Ferme du Rail, à Paris, montre entre autres une façade végétale qui pousse en sur-façade devant un immeuble en bois-paille. La vigne vierge est un trésor de biodiversité et pousse vite.
L’immeuble Stream de PCA-Stream, porte de Clichy, laisse pousser du houblon récolté pour produire de la bière dans la cave du bâtiment. Construire en structure bois et utiliser des briques tantôt crue et non stabilisée, tantôt cuites, pour régler les problèmes de protection incendie, c’est aussi la possibilité d’accueillir des plantes grimpantes qui régulent le bâti. Mais dans le cas de Jardins jardin, il ne s’agit pas de demander à un constructeur de devenir un jardinier, plutôt l’inverse.

Ombrière de Sinallagma au 20e salon Jardins jardin. © Jonas Tophoven
Le zome de Michaël Feneux qui se lève au dessus des plantes de l’exposition a surtout une fonction décorative. Le biomimétisme de ces structures en bois s’accorde bien avec les jardins. Rien n’empêche d’y associer une couverture plus ou moins pérenne, ou bien d’y laisser grimper des plantes en veillant bien à ce que le bois utilisé résiste également aux tensions des tropismes. Tandis que la présence d’un zome à la Villa Windsor est fortuite, celle de l’ombrière de Sinallagma cadre avec une partie du projet développé par Vincent Bechtel : la renaissance des ombrières privatives, où l’ombre vient des plantes qui laissent aussi circuler l’air et créent un rafraîchissement incomparable.

Superbe barnum à poteaux en bambou proposé par Bambouctou. © Jonas Tophoven
Vincent Bechtel vise entre autres le haut de gamme avec des constructions réciproques biomimétiques qu’un acheteur solvable peut équiper sans attendre avec des jasmins ou autres plantes de grande longueur, sachant que de très longues plantes grimpantes ont aussi un prix. On revient là sur l’un des problèmes clef de la construction végétale, la différence temporelle entre la croissance des plantes et la construction d’un ouvrage.
D’ailleurs, Vincent Bechtel capte la musique des plantes qui poussent et propose, au Forum International Bois Construction tout comme à la Villa Windsor, de la retransmettre en mode musical humain. En mode classe dehors, on imagine que l’instituteur ou le professeur de sciences naturelles pince une feuille de jasmin et montre la vivacité électrique permanente des plantes qui réagissent à leur entourage.

Bambouctou montre à quel point la lame de bambou ne se résume pas aux canisses. © Jonas Tophoven
Le bois et les plantes, c’est une chose, mais il y a aussi ce mixte que représente le bambou, toujours fascinant par sa rapidité de croissance, sa résistance, sa persistance. Le végétal de construction à proprement parler est bien représenté Villa Windsor par Bambouctou, qui propose un barnum magnifique, dont les poteaux en bambou dépassent tout de même les sections produites en France. Selon François Rosenzweig, spécialiste du bambou et notamment du bambou français de longue date, la production française est minime au point que le sujet en devient anecdotique, sauf imports. Ce qui émerge pour l’instant dans le Nord avec Fiboo, c’est la production de fibres isolantes. Quant à Bambouctou, le focus est désormais porté sur les lames de bambou et leurs performances propres, sans collage. Ainsi, le bambou français pourrait servir de support à des murs en bauge, mais pourquoi pas à du chanvre projeté ?
La construction végétale ne fait que renaître et à l’instar de Paris, les villes ne font que découvrir aujourd’hui les limites entre le bâti et le végétal, le public et le privatif. Dans ce contexte, il ne faut pas oublier la contribution des plantes à la capture du carbone, au maintien urbain de la biodiversité détruite par l’agriculture, et aussi se rappeler l’injonction de certains climatologues à contrebalancer le plus vite possible l’évolution actuelle, selon laquelle le poids des produits transformés à dépassé sur terre celui des produits naturels et notamment de la biomasse. Ainsi, selon l’éminent climatologue allemand Hans Joachim Schellnhuber, l’accumulation de biomasse dans les espaces urbains est la clef pour permettre à l’humanité de ressortir le plus vite possible de l’enfer climatique vers lequel elle entre actuellement.
La construction biosourcé
Fin mai se tenait, villa Windsor à Paris, l’événement Jardins jardin, un point de convergence entre l’architecture végétale et la nouvelle construction climatique.