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Le marché des data centers en France croît rapidement et s’élargit à de nouvelles régions

La façade d’un data center Interxion près de Paris, devenu depuis Digital Realty.

Grâce à l’abondance de son électricité nucléaire décarbonée et à la bonne qualité de son réseau de fibres optiques, la France devient un pays intéressant pour l’implantation de data centers.



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Début janvier 2026, selon RTE et l’ADEME, la France comptait environ 352 data centers. Dans le monde, notre pays occupe la cinquième place derrière les États-Unis (4 165 data centers), le Royaume-Uni (499), l’Allemagne (487) et la Chine (381). D’une puissance moyenne de quelques MW, les data centers en France sont principalement raccordés au réseau de distribution administré par Enedis et les autres distributeurs publics locaux. Mais les plus grands projets à l’étude actuellement peuvent dépasser le gigawatt (GW), avec en moyenne des besoins autour de 50-250 MW pour des projets d’une certaine ampleur. Cette contrainte de raccordement implique l’existence à proximité du terrain d’un poste électrique et de lignes haute tension : HTB pour des puissances supérieures à 40 MW, HTA sinon. La consommation totale des data centers en France atteignait environ 10 TWh en 2022, soit environ 2,2 % de la consommation nationale d’électricité à cette date. Dans son scénario tendanciel, l’ADEME estime que la consommation électrique des centres de données serait multipliée par 3,7 en France d’ici 2035, puis atteindrait 55 TWh en 2050.

 

 

L’Île-de-France accueille près de la moitié des data centers en France

Les data centers en France sont largement concentrés en Île-de-France, qui en comptait 160 en juin 2025, répartis sur 109 sites, puis autour de Lille et de Marseille. Marseille et ses environs constituent un pôle important pour les data centers en France grâce à la présence de câbles qui transportent les données à travers la méditerranée. Près de Marseille, Bouc-Bel-Air accueillera un nouveau site en 2027, le plus grand du département des Bouches-du-Rhône et le sixième autour de Marseille.

Mais trois nouvelles régions attirent désormais les investisseurs : les Hauts-de-France, la Nouvelle-Aquitaine et la région Auvergne-Rhône-Alpes. Lors du dernier sommet "Choose France", le 1er juin 2026, l’entreprise japonaise SoftBank a annoncé un investissement de 45 Md€ d’ici 2031 pour la construction de trois data centers, chacun d’une puissance de 1 GW, dans les Hauts-de-France : à Dunkerque, à Bouchain et à Bosquel. À terme, cet investissement pourrait être porté à 75 Md€. Dans le même temps, SoftBank a annoncé son association avec Schneider Electric pour construire sur le port de Dunkerque une usine de fabrication de modules d’alimentation pour data centers. Il s’agira d’une usine de modules de data centers préfabriqués (data center power modules) qui intègrent les technologies basse tension, moyenne tension, énergie sécurisée et refroidissement, provenant de plusieurs sites de production de Schneider Electric situés en France et en Europe. 

 

 

La puissance des data centers augmente. Les nouveaux atteignent, voire dépassent 1 GW. © PP

 

 

Faciliter l’implantation des data centers en France

Google ouvrira son premier data center français dans l’Indre sur plus de 195 hectares. La trajectoire de développement en France conduit à 500 data centers d’ici 2030, soit une puissance appelée de 2,3 GW. Le gouvernement et RTE ont identifié quatre sites, dits "fast track", situés à proximité du réseau de transport d’électricité à très haute tension, ils permettent des raccordements rapides et offrent une capacité électrique comprise entre 400 et 1 000 MW par site. Il s’agit d’une procédure de pré-réservation de capacités électriques sur demande de l’État, approuvée en mai 2025 par la Commission de régulation de l’énergie (CRE), permettant un raccordement accéléré en trois à quatre ans pour des sites de forte puissance (>400MW).

À titre de comparaison, la France possède 58 réacteurs nucléaires d’une puissance électrique de 900 MW, 20 réacteurs de 1 300 MW, les 4 réacteurs les plus récents atteignent 1 450 MW, tandis que l’EPR de Flamanville se hausse à 1 630 MW de puissance électrique nette.

En novembre 2025, le gouvernement a publié un guide de 20 pages pour l’implantation ce centres de données. La loi de de simplification de la vie économique, promulguée le 26 mai 2026, prévoit que les data centers peuvent être classés "projet d’intérêt national majeur". Ce qui facilite le raccordement au réseau électrique et simplifie les procédures de consultation publique.

 

 

63 sites favorables identifiés

Les data centers sont soumis à la loi ZAN (Zéro Artificialisation Nette) qui impose des quotas en matière d’artificialisation des sols, ainsi qu’aux autorisations d’urbanisme et d’environnement. Les centres de données ne peuvent pas être comptabilisés sur les quotas nationaux et doivent donc s’inscrire dans les quotas locaux ou régionaux selon la taille du projet.

Début 2025, dans le cadre du Sommet de Paris pour l’action sur l’IA, un groupe de travail dédié à l’implantation de centres de données a été mis en place, piloté par la Direction Générale des entreprises (DGE) et comprenant Business France, RTE, la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) ainsi que le Direction générale de l’aménagement et du logement (DGALN). Ce groupe de travail veut identifier les sites disponibles pour l’accueil de centre de données, en collaboration avec les services déconcentrés de l’État en région, les agences régionales de développement (ARD) et collectivités territoriales. 63 sites répondant aux critères d’implantation d’un datacenter ont pu être identifiés en vue d’être proposés aux porteurs de projets. Quatre d’entre eux bénéficient de la procédure de raccordement accéléré, dite "fast-track".

Dans une logique de préservation des espaces non-artificialisés et d’accompagnement des territoires dans la requalification d’anciens sites industriels, le groupe travaille avec les différentes parties prenantes à porter les efforts sur l’identification de friches pouvant être converties et dont le bâti existant peut être réutilisé.

 

 

Prise en compte de l’environnement

Un travail conjoint avec l’ADEME a simultanément été mené sur les enjeux environnementaux. L’ADEME et les Pouvoirs Publics poussent également la récupération de la chaleur fatale produite. La proximité de besoins thermiques et le raccordement possible à un réseau de chaleur, tout en étant assez éloigné des habitations pour éviter ou réduire les nuisances, aide. Les indicateurs d’exploitation mesurant l’efficacité énergétique doivent s’appuyer sur des hypothèses de charge réalistes et vérifiables qui comprennent :

– le PUE (Power Usage Effectiveness) prévisionnel, indicateur d’efficience énergétique ;

– Le WUE (Water Usage Effectiveness), indicateur d’efficacité de la consommation d’eau du site ;

– Le taux de valorisation de la chaleur fatale (Energy reuse factor, ERF), mesurant l’intégration au territoire.

 

Les systèmes de refroidissement sont appréciés en fonction de :

– l’usage du free cooling ou chilling naturel lorsque les conditions climatiques le permettent ;

– Le recours à des technologies de refroidissement innovantes, à faible consommation énergétique et hydrique ;

– La maîtrise du PRG (potentiel de réchauffement global) des réfrigérants utilisés, conformément au règlement européen 2024/1364.

 

La réduction de l’empreinte environnementale du bâtiment est évaluée en fonction :

– des certifications attestant de sa performance environnementale ;

– De la conception et du design du bâtiment, notamment son adaptabilité au territoire, au changement climatique et aux aléas de charge ;

– De l’utilisation de matériaux bas carbone, biosourcés ou recyclés ;

– De la réduction de l’empreinte des équipements.

 

Celle-ci tient compte, pour les équipements informatiques, de la ré-employabilité, la recyclabilité et l’efficacité énergétique (score SERT ou Cserv) ; pour les générateurs de secours et UPS (alimentation sans interruption), du choix de technologies bas carbone, de la participation à la flexibilité du réseau électrique et du recours à des combustibles alternatifs (HVO, bioliquide).

Enfin, les centres de données d’une certaine taille et puissance ont des équipements soumis au régime des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE), en raison des risques potentiels qu’ils représentent pour l’environnement.

Dans un prochain article, nous détaillerons les équipements électriques, de sûreté, de secours et de refroidissement des data centers, les industriels qui les fabriquent et les entreprises qui les mettent en œuvre.



Source : batirama.com / Pascal Poggi / © PP

L'auteur de cet article

photo auteur Pascal Poggi
Pascal Poggi, né en octobre 1956, est un ancien élève de l’ESSEC. Il a commencé sa carrière en vendant du gaz et de l’électricité dans un centre Edf-Gdf dans le sud de l’Île-de-France, a travaillé au marketing de Gaz de France, et a géré quelques années une entreprise de communication technique. Depuis trente ans, il écrit des articles dans la presse technique bâtiment. Il traite de tout le bâtiment, en construction neuve comme en rénovation, depuis les fondations jusqu’à la couverture, avec une prédilection pour les technologies de chauffage, de ventilation, de climatisation, les façades et les ouvrants, les protocoles de communication utilisés dans le bâtiment pour le pilotage des équipements – les nouveaux Matter et Thread, par exemple – et pour la production d’électricité photovoltaïque sur site.
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