La hausse des coûts s’accélère dans le bâtiment. Entre flambée du gazole non routier et augmentation des prix des matériaux, les entreprises doivent composer avec des chantiers de plus en plus difficiles à rentabiliser. Un contexte qui fait peser de nouvelles incertitudes sur la reprise du secteur du BTP.
La hausse des prix des carburants, et en particulier du gazole non routier (GNR), utilisé pour alimenter les engins de chantier, bouleverse l’économie des entreprises. Selon les professionnels, son prix a parfois doublé, rendant non rentables des opérations pourtant engagées sur la base de devis signés avant la flambée.
Face à cette situation, les artisans s’adaptent dans l’urgence :
– sélection plus rigoureuse des chantiers ;
– Arbitrages sur les déplacements ;
– Recours au covoiturage.
De leur côté, les fournisseurs commencent à répercuter leurs propres hausses, entraînant une augmentation des coûts des matériaux. Sont particulièrement concernés les produits bitumineux, les polystyrènes et plus largement les dérivés du pétrole, mais aussi les métaux comme le cuivre et l’aluminium, ou encore les matériaux dont la fabrication est fortement consommatrice d’énergie.
Selon les remontées de terrain, les hausses se situent généralement entre + 2,5 % et + 20 %. Fait plus troublant pour les acteurs du secteur : certains matériaux moins directement liés aux hydrocarbures, comme le bois, sont également concernés. Une situation qui alimente le sentiment de hausses parfois difficiles à justifier, même si la présence de colles ou de liants issus de la pétrochimie peut en partie l’expliquer.
Ce nouvel épisode intervient dans un contexte déjà dégradé. Depuis trois ans, le secteur du bâtiment fait face à une succession de crises qui ont entamé sa dynamique. En ce début d’année, les intempéries survenues en France avaient déjà perturbé l’activité, ralentissant les chantiers et pesant sur les trésoreries. Pour de nombreux professionnels, cette nouvelle hausse des coûts apparaît comme un point de rupture. Certains évoquent "la crise de trop", dans un secteur où les marges sont historiquement faibles et les capacités d’absorption limitées.
Au-delà des enjeux économiques, c’est aussi le facteur humain qui inquiète. Les organisations professionnelles font état de témoignages de plus en plus préoccupants, mêlant résignation et détresse. Face à cette situation, des dispositifs spécifiques commencent à être mis en place afin d'accompagner les artisans, y compris sur le plan psychologique.
Dans ce contexte incertain, la reprise du logement, qui semblait se dessiner en début d’année, pourrait être compromise. L’hypothèse d’un regain d’inflation, susceptible d’entraîner une hausse des taux d’intérêt, fait peser un risque supplémentaire sur le pouvoir d’achat des ménages. À la clé : un possible ralentissement des projets immobiliers et, par ricochet, de l’activité dans l’ensemble de la filière.