Pour la quatorzième fois, le salon Norbat s’est tenu sur 20 000 m2 au Grand Palais à Lille, les 11, 12 et 13 février 2026. 400 exposants montraient leurs offres et 18 140 visiteurs professionnels ont visité le salon durant ces trois journées. Nous avons regardé en détail les solutions biosourcées pour le gros-œuvre, ainsi que toute l’isolation thermique.
Dès les premiers pas dans la partie gros-œuvre du salon Nordbat 2026, il est clair que les solutions biosourcées ont quitté le domaine de l’isolation thermique pour arriver dans le gros-œuvre non-porteur. Nous nous sommes d’abord arrêtés chez IsoHemp Natural Building. L’entreprise propose des blocs fabriqués en Belgique à base de chanvre, de chaux et d’eau avec un λ = 0,071 W/m.K et dont la durée de vie atteint 150 ans. Le bloc IsoHemp est un élément de maçonnerie autoportant, mis en œuvre par joints minces à l’aide du mortier colle IsoHemp. Il n’a pas de rôle structurel. Il est constitué de copeaux de chanvre et d’un mélange de chaux aérienne et hydraulique. Le produit est moulé, pressé, puis durci et séché à l’air libre sans nécessiter un apport de chaleur. Les blocs sont disponibles en longueurs de 60 cm, 8 épaisseurs de 7,5, 9, 12, 15, 20, 25, 30 et 36 cm et deux hauteurs : 20 cm pour les blocs de 30 et 36 cm d’épaisseurs, 30 cm pour les autres épaisseurs. Un bloc de 600 x 300 x 200 offre une résistance thermique de 3 m2.K/W et un déphasage de 13,1 heures. Le bloc de 600 x 200 x 360 atteint R = 5,37 et un déphasage de 23,6 heures. Les portes, châssis, seuils et appuis de fenêtre peuvent être vissés ou collés directement sur la maçonnerie en blocs de chanvre.
L’entreprise propose plusieurs solutions. Par exemple, son système Hempro est un système constructif monomur à l’aide des blocs de chanvre IsoHemp non-porteurs, avec une structure poteaux-poutres en béton armé, confinée dans l’épaisseur de la maçonnerie. Avec le système Hempro, plus besoin d’ajouter une couche d’isolation supplémentaire, car les blocs sont à la fois constructifs et isolants. Les blocs de chanvre servent de coffrage à la structure porteuse poteaux-poutres béton armé. Les poteaux sont coulés dans des blocs percés et les poutres dans des blocs U. La finition extérieure est réalisée en briques ou pierres de parement, ou encore avec un enduit minéral ou un bardage. Autre solution : les constructions en poteaux-poutres bois, remplies par des blocs de chanvre sont idéales pour atteindre des murs zéro carbone. On peut aussi compléter une ossature bois par une isolation en blocs de chanvre qui isole les ossatures et apporte de l’inertie thermique. Les blocs de chanvre peuvent aussi être utilisés pour l’isolation thermique du sol.

Le Miscanbloc, un bloc de miscanthus à bord droit, résulte d’une collaboration entre Biosys du Groupe Vicat et la SARL Delassus qui cultive le miscanthus et produit les blocs à Merville dans le 59. © PP
Nous sommes ensuite arrêtés devant les Miscanblocs, un produit de Biosys, composé de ciment naturel Prompt Vicat, de copeaux de miscanthus et d’eau. Le bloc est classé A+ en dégagement de COV, offre un déphasage de température de 8 à 10 heures. Il est proposé en 60 (longueur) x 30 (hauteur) et quatre épaisseurs de 10, 15, 20 et 30 cm. Un bloc de 10 cm d’épaisseur pèse 6 kg et le bloc de 30 cm d’épaisseur atteint 19 kg. Sa réaction au feu est B-s1, d0. Selon l’épaisseur, le Miscanbloc offre une résistance thermique de 1,3 à 4 m2.K/W. Il est autoportant, mais ne possède aucune fonction porteuse. Il est utilisé en remplissage, en doublage et pour la construction de cloisons intérieures. Les blocs sont mis en œuvre en montage traditionnel à joints minces, sans outils de levage particuliers. C’est une solution sèche. 1 m2 de façade en miscanbloc représente 35 kg de matériaux biosourcés. Oui, mais est-ce que le miscanthus est un végétal largement disponible, demandons-nous sur le stand. La réponse de la SARL Delassus et, plus précisément, de Florence Delassus, est étonnante : il y a en France 12 000 ha de culture de miscanthus, la SARL en cultive elle-même 200 ha, soit de quoi construire ou isoler 200 maisons par an en blocs de 30 cm d’épaisseur. Le miscanthus est planté de mars à juin. La plante se développe jusqu’en septembre en formant des tiges qui peuvent atteindre 4 mètres de hauteur. Selon l’utilisation qui en est faite, le miscanthus peut être récolté soit à l’automne (récolte en vert), soit à la fin de l’hiver (récolte en sec, celle qui est adoptée pour le miscanbloc). La durée de vie de la plante est d’au moins 20 ans et le miscanthus est récolté chaque année.

Mêmes les marques classiques mettent en avant leurs solutions biosourcées ou à empreinte carbone réduite. Weber profitait du salon Nordbat pour lancer ses produits enaé, plus durables avec au moins 20 % de réduction de l’empreinte carbone et /ou au moins 15 % de réduction des matières premières vierges non renouvelables. En fait, les anciens produits weber avec le suffixe "éco" sont renommés en "enaé" dès lors que le produit répond au strict cahier des charges enaé. ©PP
À part le bois, les matériaux biosourcés ne sont pas transformés en solutions porteuses. Ce n’est en revanche pas le cas des matériaux issus du recyclage. Nous en avons particulièrement remarqué deux à Nordbat 2026 : Purenit et Foamglas.
La Purenit est un produit allemand, fabriqué par Puren à base de chutes de PU (Polyuréthane). Disponible en plaques, profilés ou baguettes, Purenit s’utilise dans les pièces humides, sur les façades et toitures plates. Purenit est imputrescible, résiste à l’humidité, est indéformable, affiche une conductivité thermique λ de 0,083 à 0,088 W/m.K et une résistance à la compression particulièrement importante ≥ 7,1 MPa. Purenit possède déjà une FDES.
Le second matériau est le Foamglass, un isolant thermique en verre cellulaire. Ce n’est pas un matériau nouveau du tout : il est présent sur le marché depuis 80 ans. Mais c’est le seul isolant thermique bénéficiant d’une Garantie Thermique dans le temps. Ses propriétés ne varient pas dans le temps, il est totalement insensible à l’eau et à la vapeur. Foamglas propose d’ailleurs la Garantie Toiture25 : une garantie de 25 ans sur l’étanchéité à l’eau de la toiture et sur la performance thermique de l’isolant.

Foamglas propose des solutions pour toutes les parois des bâtiments : intérieures, extérieures, horizontales ou verticales. © PP
Foamglas est incompressible. Ce qui permet de l’utiliser en isolation par l’extérieur de toitures plates accessibles aux véhicules. Il est incombustible (Classe A1 selon la norme EN13501). Il résiste aux insectes et rongeurs, ce qui permet de l’employer pour l’ITE de parties enterrées. Fabriqué à base de verre recyclé, Foamglas bénéficie du label de qualité NaturePlus. Selon les produits, sa conductivité thermique varie de λ = 0,036 (bloc T3+) à λ = 0,050 pour le bloc F. Au salon Nordbat, Foamglas présentait la solution Terraconfort développée avec Triflex.

Terraconfort simplifie l’accès et l’entretien des terrasses accessibles. Le système comprend une isolation thermique en verre cellulaire Foamglas T3+, avec une pente de 1,5 % intégrée dans la couche d’isolation thermique et le système d’étanchéité liquide (S.E.L.) Triflex BTS-P, appliqué à froid et directement circulable, sans dalles sur plots. © PP
Poursuivant notre découverte des solutions biosourcées, nous nous sommes arrêtés chez Fiboo, qui propose une isolation thermique en fibre de bambou. Créée en avril 2021, Fiboo est une entreprise française qui vise à développer une filière innovante autour du bambou et soutient les industriels qui veulent développer des solutions biosourcées à partir du bambou pour décarboner le bâtiment.
En 2023, Fiboo a intégré la branche énergie du groupe Baudelet, implanté depuis 62 ans à Blaringhem dans les Hauts-de-France. En 2025, la première usine Fiboo a été inaugurée au cœur de Valo-Parc à Blaringhem, une ancienne friche industrielle de la cristallerie d’Arc International, rachetée par le groupe Baudelet en 2021. Pour développer ce nouveau site d’une capacité de production de 100 000 m3 par an, Fiboo a bénéficié d’un investissement de 15 millions d’euros (3 millions d’euros dédiés aux bâtiments et 12 millions d’euros au process) financé exclusivement par le groupe Baudelet, actionnaire majoritaire, et les associés de Fiboo, avec le soutien de la Société Générale, du CIC et de Bpifrance par le biais du Prêt Nouvelle Industrie. Des subventions lui ont également été accordées par la Région Hauts-de-France et Cœur de Flandre Agglo.
Pour l’approvisionnement en bambou, Fiboo se fournit aujourd’hui auprès de partenaires italiens, mais vise l’autonomie complète de sa production. À terme, l’entreprise prévoit de cultiver son propre bambou sur 450 hectares, dans la région des Hauts-de-France, afin de limiter le transport et l’impact carbone. Une expérimentation sur une surface de 10 hectares est en cours à proximité de l’usine. En même temps, Fiboo travaille avec d’autres partenaires spécialisés dans la culture du bambou et recherche des agriculteurs pour développer sa propre plantation. Véritable opportunité de diversification pour ces derniers, sur des parcelles inexploitées ou déjà utilisées, la culture du bambou permet aux agriculteurs de bénéficier de revenus stables sur au moins 15 ans.


Pour l’instant, Fiboo fabrique des panneaux semi-rigides pour l’isolation thermique par l’intérieur, mais songe déjà à développer une solution pour l’ITE. © PP
Les panneaux semi-rigides de Fiboo sont aussi efficaces contre les pertes de chaleur que contre les surchaleurs d’été. Leur densité atteint 50 kg/m3, avec une conductivité thermique λ = 0,08 W/m.K. Ils sont disponibles eb épaisseurs de 40 à 240 mm, 60 cm de largeur et 122 cm de longueur. Leur réaction au feu est F et leur étiquette sanitaire A+. Les panneaux sont utilisables en ITI, en isolation en sous-face de planchers, en isolation entre les rampants des charpentes bois, en isolation acoustique des faux plafonds, en isolation acoustique des cloisons intérieures et en isolation des murs et façades à ossature bois.
Voilà, le prochain Salon Norbat aura lieu au même endroit les 15, 16 et 17 mars 2028.