À Montpellier, la Folie Oasis : un projet vertueux pour une ville désirable

Oasis viendra se poser dans le quartier Ovalie mi-2027. © Mag Arhitecktura

Après deux "folies", la ville de Montpellier a lancé une nouvelle vague de consultations de "Folies architecturales", avec des exigences environnementales, solidaires et économiques. L'audacieux projet Oasis est lauréat.




À Montpellier, on aime les folies ! À tel point qu'il est prévu que tous les quartiers aient la leur ("d'autres folies arrivent, six, sept folies ..." prévient Cédric Grail, le directeur général du groupe Altémed). Après Folie Divine (Farshid Moussavi) et l’Arbre Blanc (Sou Fujimoto), la ville de Montpellier, en collaboration avec Altémed, avait lancé en 2022 une vague de consultations de nouvelles "Folies architecturales", mobilisant les plus grands noms de l’architecture mondiale, avec cette fois-ci de nouvelles exigences environnementales, solidaires et économiques.

Iconiques, audacieuses, renversantes, magnifiques ou symboles d'une dérive architecturale de Montpellier pour certains, ces folies douces ont au moins le mérite de ne laisser personne indifférent comme d'évoquer l'expression d'une certaine forme d'extravagance couplée à une forte liberté d'inspiration, toutes deux chères à Montpellier. Comme le résume Cédric Grail : "À Montpellier, on arrive à faire des trucs que personne ne fait ailleurs : c'est pas du marketing, c'est factuel !"

Oasis, la dernière née des folies architecturales montpelliéraines, s'inscrit dans cette lignée.

 

"C'est pas de la folie de faire des folies, mais faut y aller quand même ! On a fait le choc de l'offre et on continue les folies, malgré la crise." s''enthousiasme Cédric Grail (et nous avec) lors de la conférence de presse du lancement du projet Oasis, ce jeudi 30 mai. © Laure Pophillat

 

 

 

 

Un hommage au patrimoine culturel et historique de la ville

L'origine de ces folies remonte aux XVIIe et XVIIIe siècles, lorsque la ville de Montpellier voit l’essor de "folies", ces maisons de villégiature cossues au cœur de parcs paysagers, comme ce fut le cas pour le château de Flaugergues où, ô hasard, se tient la conférence de presse de Oasis de ce jeudi 30 mai.

 

Le château de Flaugergues, construit à la fin du XVIIe siècle, est une des premières folies architecturales de la ville de Montpellier. Propriété de la famille Boussairolles depuis 1811, il est le centre d'une exploitation viticole et se visite toute l'année. © Laure Pophillat

 

 

 

Depuis rattrapées par l’urbanisation, ces bâtisses marquent néanmoins toujours l’imaginaire montpelliérain. C’est en partie en hommage à ce patrimoine culturel et historique que la municipalité lance donc ses nouvelles "folies", ainsi que pour "affirmer des ambitions en cohérence avec les politiques engagées par la Ville" et faire "rayonner Montpellier", tel que le souligne le communiqué de presse.

"De nouvelles créations vont enrichir le territoire et ainsi poursuivre la constitution de ce patrimoine architectural du 21e siècle. Cette persistance entre la créativité architecturale et le développement urbain permet d’assurer une attractivité dans les sphères d’intérêt médiatique, touristique, social et culturel. Elle positionne Montpellier comme un territoire dynamique, précurseur des nouvelles ambitions urbaines, offrant aux habitants et usagers le meilleur en matière de conception, de performances et de qualités d’usages, dans l’esprit d’un développement urbain durable, résilient, et connecté au reste du monde."

 

 

 

 

Au cœur d'un quartier mixte et vivant où le végétal aura toute sa place

Dévoilés au MIPIM (Marché International des Professionnels de l'Immobilier) en mars 2023, les quatre projets des nouvelles folies, dont la Folie Oasis est la première, sortiront bien de terre, et ce malgré la crise du logement. Oasis prendra place à l'ouest de la ville, dans le quartier Ovalie aménagé par Altémed. Étendu sur quelque 35 hectares, prochainement desservi par la ligne 5 du tramway, le quartier Ovalie offre une qualité de vie à la méditerranéenne, avec 3 500 logements pour tous, deux parcs publics, 22 400 m2 de bureaux, commerces et équipements publics (crèche, groupes scolaires), une maison de retraite et un complexe de rugby.

Le promoteur Sogeprom-Pragma prévoit un délai record de moins de deux ans entre l'ouverture du chantier (premier trimestre 2025) et la livraison (mi-2027) pour un budget de 17 millions d'euros. Conçue par les architectes de Coldefy, Oasis prendra la forme de deux bâtiments semblables à un empilement de "casquettes" de paille, drapés de bambou et réunis par une passerelle faisant la part belle aux courbes.

 

Les architectes de Oasis se sont inspirés des trois pins parasols du quartier Ovalie, des arbres qui à leurs yeux évoquent une casquette tout autant qu'une canopée permettant de se protéger du soeil. © Coldefy & Associés

 

 

"Un promoteur est un entrepreneur, il doit oser et s’engager dans des opérations ambitieuses, indique Pierre Raymond, le directeur Régional Occitanie-Méditerranée de Sogeprom-Pragma, au centre sur la photo, entouré de Maryse Faye et de Thomas Coldefy. C’est un pari, dans ces temps si compliqués pour le marché de l’immobilier mais comme j’aime le dire, Oscar Wilde lui-même ne disait-il pas que les folies sont les seules choses qu’on ne regrette jamais ?" © Laure Pophillat

 

 

 

Dans sa conception comme dans sa mise en œuvre, le programme respectera les piliers du "Pacte 3B" de Sogeprom-Pragma, qui se veut promoteur responsable : bas-carbone, biodiversité et bien-vivre. Oasis a été conçu dans le respect de la réglementation environnementale RE 2020, en anticipant dès à présent les seuils carbone 2025 que devront atteindre les constructions à cet horizon. Cette démarche vertueuse se caractérisera notamment par la mise en œuvre de béton bas-carbone, ou encore par une récupération des eaux grises. De fait, le promoteur vise la certification environnementale BREEAM Very Good.

 

 

 

 

L'artistique travail du bambou au service d’une architecture singulière

La démarche environnementale de la Folie Oasis trouvera son expression la plus aboutie avec la mise en œuvre des jupes et casquettes tressées de bambou sur les façades et sur la passerelle, qui sont utilisées pour la première fois en France dans un programme immobilier. Le projet est proposé par le cabinet d’architectes lillois Coldefy & AssociésThomas Coldefy et Isabelle Van Haute, qui sont convaincus de la durabilité de ce matériau.

 

Coldefy est une agence internationale d’architecture et d’urbanisme implantée à Lille, Paris, Shanghai et Hong Kong. Après avoir collaboré avec des agences internationales de renom, Thomas Coldefy et Isabel Van Haute créent l’agence Coldefy en 2006. La même année, ils remportent le concours international du Hong Kong Design Institute, devant 162 équipes. Coldefy est ainsi la seule agence française d’architecture et d’urbanisme, d’essence régionale et de rayonnement international. Ici, Thomas Coldefy lors de la conférence de presse Oasis. © Laure Pophillat

 

 

 

Une fois traité, le bambou est tressé sur un squelette métallique, pour lui donner cette forme de casquette et de longue jupe. Flottant autour des bâtiments et de la passerelle, il les enveloppe et les protège. La courbe du soleil différant selon l’orientation des logements, le besoin de protection n’est pas identique sur toutes les faces du bâtiment. Les jupes et casquettes vont donc se courber, se rétrécir ou s’allonger en fonction des apports solaires. "Nous ne voulions pas faire une œuvre qui soit simplement sculpturale. Nous voulions, au contraire, que la forme soit dictée par la nature", expliquent les architectes, et Thomas Coldefy de préciser : "mettre les hommes et la nature au même niveau afin de cohabiter ensemble" avec des "formes courbes, ondulantes, venant épouser les formes des arbres pré-existants sur le site Ovalie". Pour l'architecte, ce projet n'a rien de sophistiqué, bien au contaire : "c'est une architecture très simple, pure, quelque chose qui s'inspire du vent, de la nature et joue avec le soleil".

Les architectes ont également utilisé le bambou pour habiller l’œuvre d’art qui prendra place entre les deux bâtiments, une création en bambou tressé qui se présentera sous la forme d’un espace ombragé supplémentaire de 230 m2, une véritable canopée contribuant au rafraichissement naturel du site. Pour Thomas Coldefy, lillois d'origine, il était très important de s'inspirer comme de jouer avec ce climat méditerranéen qu'il découvrait.

 

Pour les accompagner dans la réalisation de ce chantier hors-normes, Thomas Coldefy et Isabelle Van Haute se sont tournés vers deux entreprises, une locale experte du matériau, Les Pépinières de la Bambouseraie d’Anduze (30), et l’autre à Lyon experte dans le lamellage, Déambulons. Comme un évident symbole, la conférence de presse de Oasis avait lieu dans la cathédrâle de bambous du parc du château de Flaugergues. © Laure Pophillat


 

 

 

53 logements aux surfaces généreuses, ouverts sur la ville et l'horizon

Déployé en R+12+terrasse, le premier bâtiment, résidentiel donc, abritera 53 logements, dont 37 en accession libre (pour un prix d'une valeur moyenne de 6 500€/m2), allant du T2 au T5 et 16 logements en BRS allant du T2 en T4, dont tous comporteront une terrasse d'au moins 21 m2 :

– Sept T2, allant de 46 à 48 m2 ;

– Vingt-quatre T3 (62 à 76 m2) ;

– Quatre T4 (92 à 97m2) ;

– Et, enfin, deux T5 d'exception à 160 m2 dotés d'une terrasse de 72 m2 minimum.

 

Tous les logements auront une terrasse d'au moins 21 m2. © Mag Arhitecktura

 

 

L'offre résidentielle sera complétée par une salle de sport en R+6, ouverte à tous les habitants, de 140 m2 de surface dédiée au stationnement des vélos, d'une terrasse partagée de 500 m2 en R+13, avec une vue époustouflante sur la ville de Montpellier, le Pic Saint-Loup et la mer Méditerrannée.

 

 

 

 

Le bâtiment tertiaire : une offre de bureaux et un rooftop

Moins haut que le bâtiment résidentiel, le bâtiment tertiaire culminera en R+4+Rooftop, en totalisant 3 000 m2, avec une activité unique en rez-de-chaussée et des plateaux de bureaux de 500  M2 du R+1 au R+4, avec pour cible le secteur des ICC (Industries Culturelles et Créatives).

Le rooftop, d'une surface de 250 m2, hébergera un restaurant, ainsi qu'une terrasse plantée dédiée à la clientèle du restaurant. C'est François Trinh-Duc, montpelliérain de naissance, ancien demi d'ouverture du XV de France et du MHR (Montpellier Hérault Rugby), qui a été sollicité afin d'accompagner le développement d'un projet faisant face au stade Yves du Manoir.

 

"J'ai été immédiatement emballé par le projet Oasis. La beauté architecturale du programme et son caractère innovant, la proximité du stade du MHR et la possibilité d'animer les troisièmes mi-temps avec ce restaurant en rooftop... tout cela m'a convaincu et j'ai accepté sans hésiter d'être l'ambassadeur de ce projet", rapporte François Trinh-Duc. © Laure Pophillat

 

 

 

 

Une passerelle comme lien entre les deux bâtiments

La passerelle entre les deux bâtiments sera longue de 25 mètres pour 5 mètres de large. Accrochée au R+6 de l'immeuble résidentiel et contournant la salle de sport, elle aboutira au sommet de l'immeuble de bureaux, desservant directement le restaurant en rooftop et constituant un lieu de promenade ombragé accessible à tous.

 

Reliée au parvis par un escalier et un ascenseur, la passerelle sera accessible via un hall dédié. © Mag Arhitecktura

 

 

Enfin, au pied du bâtiment résidentiel, un socle commercial de 470 m2 verra le jour, une surface modulable pouvant éventuellement acceuillir des commerces de bouche. Quatre kiosques de 15 m2 complèteront l'offre, en cœur d'îlot. Ces derniers proposeront une offre de petite restauration, tournée vers les familles et les enfants dans un "esprit guinguette" précise Pierre Raymond. Quant au parc urbain, ouvert à tous, il comportera un parcours ludique.

 

 

 

Pour Maryse Faye, 3e adjointe au maire de Montpellier, déléguée à l'urbanisme durable et à la maîtrise foncière, le projet fait sens, dans la mesure où à Montpellier, il ne suffit pas d'avoir du soleil, garant d'un certain "bien-vivre", mais également du "bien-logé". En cela, Oasis répond parfaitement à cet enjeu, proposant une offre de "logements pour travailler avec le tissu urbain et le déjà-là, car s'accrochant à un bâtiment déjà existant", une problématique, celle de travailler avec le déjà-existant, devenue aujourd'hui cruciale dans la construction et le bâtiment. Autrement, comme le souligne Maryse Fraye, un "projet vertueux pour une ville désirable".




Source : batirama.com / Laure Pophillat

L'auteur de cet article

photo auteur Laure Pophillat
Laure Pophillat est rédactrice web polyvalente depuis plusieurs années. Curieuse, éclectique et investigatrice, tous les thèmes pertinents (et donc passionnants) l’intéressent ! Pour Bâtirama, elle rédige avec bonheur sur un large spectre de sujets couvrant l’entièreté de la filière BTP (actualités, conjoncture, réformes, innovations, etc.). Elle apprécie notamment réaliser des portraits de femmes et d’hommes engagés, inspirés et inspirants, dans un environnement, celui du BTP, toujours en mouvement.
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