Notre-Dame de Paris étrenne sa nouvelle charpente, certifiée PEFC

La labellisation PEFC de la charpente de Notre-Dame atteste que le bois vient de forêts gérées durablement. © Jonas Tophoven

Le 24 avril dernier voyait l'inauguration de la nouvelle charpente de Notre-Dame de Paris, certifiée PEFC.




Sous le bouquet de buis suspendu le 12 janvier dernier pour signifier une fin un peu prématurée de la pose de la charpente de Notre–Dame de Paris, le symbole de la certification PEFC importait le 24 avril pour toutes les parties prenantes de la filière française du bois. Arithmétiquement, il faut donc qu'au moins 1 750 des quelques 2 500 grumes de chêne utilisées pour la reconstruction à l’identique proviennent de parcelles certifiées PEFC. Selon le FCBA, qui a conduit l'audit, les grumes proviennent notamment de 175 forêts certifiées et le pourcentage des grumes y atteint plus de 80 %, ce qu’attestent aussi 35 des 40 scieries impliquées dans la transformation.

 

 

 

Une certification qui n'était pas jouée d’avance

On savait que pour des simples raisons statistiques, la ponction de ce chantier n’avait pas pillé les forêts françaises. On sait maintenant que cette récolte s’inscrit dans le cadre de la gestion durable selon les critères établis et périodiquement révisés par PEFC. Même si PEFC France implique plus de 80 000 propriétaires forestiers et plus de 3 100 sites d'entreprises en France, la partie n’était pas gagnée d’avance, car on n’a pas demandé d’emblée une certification aux gentils donateurs.

 

Notre-Dame fin avril 2024, à 7 mois de la livraison ou presque. Le fût en bois de la flèche est laissé à l'air libre parce qu'il faut démonter l'échafaudage pour fermer la voûte du transept. Pas sûr que ce soit le mode idéal de ressuyage, surtout en période d'été. © Jonas Tophoven

 

 

D’un autre côté, il y a une logique dans ce résultat. Premièrement, livrer des grumes bien droites compatibles avec les besoins de la charpente n’est possible qu’avec une sylviculture de haut vol et dont la durabilité s’atteste en particulier par le regard rétrospectif vers les générations passées. Ces dynasties de sylviculteurs ont tout intérêt à éviter le dénigrement du bois d’œuvre, comme il s’est déchaîné après l’incendie de la cathédrale. Participer à la reconstruction est pour eux un honneur et les modalités du don le rende économiquement compatible, surtout quand on donne un nombre limité de grumes.

 

 

 

La futaie régulière de chêne, patrimoine de l’humanité

Le premier de ces sylviculteurs est le domaine public avec l’ONF qui a pesé finalement lourd dans l’approvisionnement du chantier, d’une part à cause des qualités de ses bois, d’autre part grâce à ses capacités logistiques. En particulier, l’ONF disposait des belles forêts domaniales (certifiées), des agents capables de repérer les arbres utiles et d’une organisation permettant une bonne efficacité.

 

L'une des quatre plateformes sollicitées pour le pré-assemblage des éléments de charpente, en protégeant les arbres du square Jean XXIII. Plus de bois désormais, mais le métal des échafaudages. © JT

 

 

Au Moyen-Âge, le besoin extrême de chêne de futaies régulières pour des charpentes d’église sur voûtes de pierre était largement pourvu par les possessions du clergé et des abbayes. Si l’incendie de Notre-Dame jette une lumière sur les origines sans doute antiques de la futaie régulière, sa pratique reste largement plongée dans la nuit des temps. Avec la certification, PEFC dit implicitement : la futaie régulière de chêne peut être une pratique durable.

Mais PEFC dit implicitement aussi : si l’on récolte le chêne jeune pour en faire des charpentes en bois de brin, c’est également durable. Mais PEFC précise : "Dans son standard de gestion forestière, PEFC France n’a pas vocation à être un guide de sylviculture qui exigerait la mise en place de telle ou telle sylviculture, du moment que celle-ci respecte le référentiel PEFC qui assure l’équilibre entre les dimensions environnementale, économique et sociale de la forêt".

La présentation de la certification du 24 avril ne s’est pas attardée sur la gestion des parcelles après la récolte. Prélèvement ponctuel qui va être vite comblé, intervention à l’échelle de la parcelle avec régénération naturelle ou plantation et si oui, avec quelles essences ? Derrière ces questions se profile celle de savoir si nous pouvons et voulons continuer à produire sur plusieurs générations des arbres droits dont on peut se servir pour les monuments historiques, mais sans doute aussi pour les charpentes de bâtiments courants de demain. La futaie régulière de chêne est-elle encore compatible avec l’évolution du climat et si oui pour combien de temps ? La question mérite d’être posée quand ces feuillus traversent au minimum le siècle avant leur usage.

 

 

 

Certification et mécanique

Jusqu’à maintenant, la certification d’ouvrages PEFC était rare : le siège ONF des Vosges, les réalisations de REI Habitat et probablement le Village des Athlètes. La certification de la charpente de Notre-Dame va sans doute entraîner un développement des références, éventuellement, comme pour REI Habitat, en corrélation avec la marque Bois de France. Aussi inhabituelle et prégnante qu’elle est, la certification PEFC de la charpente de Notre-Dame ne s’étend pas pour l’instant aux voliges et autres ouvrages bois de la reconstruction comme les étaiements. Mais la messe n’est pas dite.

 

Du balcon réservé aux donateurs sur l'une des bases de vie offertes par Loxam, on voit le travail qui restera à accomplir grâce à l'excédent des dons. Les vitraux inférieurs recevront le même traitement que les supérieurs, et les arc-boutants seront remplacés comme cela a déjà été fait avec ceux de la nef, et comme il convient apparemment de le faire de temps en temps parce que ces arcs sont particuièrement sollicités. © JT

 

 

Les initiatives pour rapprocher la construction de la gestion durable des forêts devraient se généraliser dans une perspective de soutenabilité de la construction bois. Il ne faut cependant pas oublier que l’équation technique était à deux doigts de ne pas se résoudre. Les ingénieurs demandaient du bois D30, ce qui est un minimum, mais les protocoles de contrôle visuels disqualifiaient trop souvent les pièces importantes. Heureusement qu’il a été possible de travailler avec des spécialistes capables d’aller au-delà des protocoles. Sans eux, il aurait fallu chercher le bois ailleurs et la certification en aurait, qui sait, pâti.

La certification PEFC est une chose. Mais comme il est question de construire, le savoir-faire humain en est donc une autre. Et la reconstruction de la charpente de Notre-Dame atteste de quelque chose qui dépasse largement la question de la gestion durable de la forêt. C’est la gestion durable du patrimoine. Il n’y a pas de label ni de chaîne de contrôle dans ce domaine, pour le moment. Juste l’exemple de Notre-Dame qui pourra servir de jalon.



Source : batirama.com / Jonas Tophoven

L'auteur de cet article

photo auteur Jonas TOPHOVEN
Jonas Tophoven est journaliste de la presse professionnelle de la construction et du bois en France et en Allemagne depuis 30 ans. Le thème qui lui tient particulièrement à cœur est la réduction drastique des émissions de GES dans la construction, première émettrice humaine du monde devant l'agriculture, avec un impact renforcé en France. Il a d'abord travaillé pendant 12 ans sur la construction sèche, puis depuis 15 ans sur la construction bois préfabriquée et il collabore depuis 10 ans à la programmation des quelque 150 conférences annuelles du Forum Bois Construction, congrès des acteurs de la construction biosourcée.
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