Passibat' 24, le salon du bâtiment bioclimatique et de la sobriété énergétique

Le salon Passibat occupe de mieux en mieux le Pavillon Baltard de Nogent-sur-Marne. © Jonas Tophoven

Comme chaque année, le salon du bâtiment bioclimatique et de la sobriété énergétique a occupé le Pavillon Baltard, à Nogent-sur-Marne. Nouvelle dynamique de communication sur un marché qui reste poussif.




On ne compte même plus les éditions de Passibat'. Différentes formules ont été explorées, au Parc floral, à la Porte de Versailles, etc. Une nouvelle génération a positionné ce salon pointu mais également ouvert au public intéressé dans le Pavillon Baltard progressivement occupé jusqu’aux mezzanines. L’événement et le mouvement passif est plus porté par l’enthousiasme d’une jeune équipe que par le marché. Encore que …

Comme l’Europe impose des maisons neuves à énergie positive dès 2027 (comme cela était initialement prévu pour 2020), la nécessité de passer d’abord par un niveau passif revient sur le devant de la scène. En particulier sur le plan des émissions carbone à l’usage : produire plus d’énergie que l’on en consomme n’a pas de sens dans une passoire énergétique. D’un autre côté, la réglementation environnementale française actuelle porte son attention sur le carbone et le coût carbone de la construction. Pas sûr qu’un bâtiment passif équipé pour produire plus d’énergie qu’il n’en consomme cadre avec la RE2025, et encore moins avec la RE2028.

 

 

Confort d’été fenêtre fermée

Personne ne parle actuellement de la RE2025, qui devrait pourtant entrer en vigueur dans 8 mois, et qui représenterait enfin le moment où les discours français sur la décarbonation seraient prolongés par des actes. Par contre, les deux derniers étés ont laissé des traces et les organisateurs de Passibat' ont souhaité placer l’édition sous ce thème du confort d'été. Il ne s’agissait pas tant de débattre en public sur l’adaptation ou non de l’approche passive face au changement climatique, mais plutôt de souligner d’emblée que le bâtiment passif résiste mieux aux canicules. C’est vrai dans le sens où la sur-isolation dissuade d’équipements de climatisation coûteux et destructeurs.

 

Rivat et Archipente, deux valeurs sûres de la maison passive, vecteurs de l'extension de la démarche à toutes sortes de bâtiments. © Jonas Tophoven

 

 

La ventilation double-flux imposée réchauffe l’air entrant l’hiver tout comme elle le rafraîchit l’été. La conception bioclimatique imposée par le label met l’accent sur la gestion des occultations solaires. Il y a juste un bémol : si par mégarde les fenêtres ou les portes restent ouvertes trop longtemps, l’air chaud s’infiltre et, comme la maison est sur-isolée, il ne s’évacue pas bien du tout. Toutefois, même dans ce cas limite, il existe des équipements de type adiabatique permettant d’en atténuer l’impact.

 

 

Références

Face au changement climatique brutal, la maison passive est une option sérieuse, et sa capacité à résister à l’inconfort d’été sans dégrader le climat urbain se combine actuellement à ses capacités de réduire les coûts énergétiques en hiver. N’est-ce pas formidable ? Et pourtant, que voit-on sur le salon ? Les maquettes de la résidence Ecolocost de Villeneuve-St-Georges, une résidence sous les avions, qui a eu l’occasion de prouver sa pertinence d’été pendant déjà plusieurs années. Et une exposition dédiée au collège Samuel Paty de Valenton, la fierté d’un premier marché public de Performance passif pour le département du Val-de-Marne. Là aussi, la livraison remonte un petit peu, ce qui est parfait pour mesurer le bien fondé d’une approche qui, d’ailleurs, va être enfin complétée par l’installation de panneaux photovoltaïques, que l’agence Archipente a bien heureusement anticipée. Ainsi, le collège Samuel Paty deviendra d’ici la prochaine édition le parangon des bâtiments passifs à énergie positive en Île-de-France.

 

Nouveau panneau flex à base de carton recyclé, de Valosense. © Jonas Tophoven

 

 

Pour l’actualité s’ajoutent les Trophées Passibat, dont la remise a généré un pic d’activité à la fin de la première journée du salon. Le Haut-Bois de Grenoble y est primé mais là aussi ce n’est pas vraiment une nouveauté. Quant aux autres bâtiments qui attirent l’attention, comme l’immeuble de logements gingko de la presqu’île de Grenoble ou l’Ephad de St Amant-les-Eaux qui représente le plus grand bâtiment passif au monde, ils sont en béton. Il semble que de plus en plus souvent, notamment ces derniers temps, passif rime avec béton. Il y avait plusieurs exposants spécialisés dans le coffrage en isolants fossiles à Nogent.

 

 

Du nouveau dans le biosourcé

Construire des bunkers contre les canicules ? Le cœur du mouvement passif bat toujours pour la construction biosourcée. Les entreprises Simonin et Rothoblaas sont venues à Passibat' pour rencontrer ce public particulier, Simonin logiquement pour sa toiture intégrée NLP. La paille, le chanvre, la fibre de bois, la ouate n’étaient pas suffisamment représentés, mais le salon peut s’enorgueillir d’avoir présenté en exclusivité deux nouveaux acteurs : Valosense par Greenfab, et Ecococon.

Dans le premier cas, il s’agit d’une start-up pensée pendant le Covid afin de transformer les cartons en panneau isolant flex. C’est le second essai après Novidem, mais pas sur le terrain de la ouate, apparemment trop poussiéreux. La production se fait en Auvergne, les bassins de récupération seraient plutôt autour des agglomérations. L’installation d’une capacité de 400 000 m2/an en 40 ou 50 mm demande un investissement de 10 millions d’euros et la perspective d’un maillage n’est pas hors de propos.

 

Le stand cosy d'Ecococon. © Jonas Tophoven

 

 

 

Ecococon impressionne à Passibat' 2024

L’exposant le plus impressionnant du Passibat' 2024 était Ecococon. Le stand, composé de caissons de paille bien condensés, manuportables comme chez l’exposant Facibloc, et de géométries différentes, intriguait. Ce sont des Slovaques et Lituaniens qui ont repensé le caisson en lui intégrant un montant médian stabilisateur en épicéa. La paille comble les caissons de façon industrielle et dense, et à la sortie la paille est arasée. Des panneaux de contreplaqués à base de peuplier complètent le dispositif. Le système répond "aux règles professionnelles françaises", précise Geoffroy de Villèle, qui s’occupe du marché français. Rien n’interdit de penser que cette approche productive s’installe en France. L’un des intérêts les plus marquants est que la surface est comme préparée pour des enduits intérieurs et extérieurs. On réfléchit déjà à une approche pré-enduite, dans le style du Wallon Paille-Tech.

 

 

Passibat' 2024 au Pavillon Baltard à Nogent-sur-Marne, c’est bien. Mais cela ne fait pas oublier les difficultés de prescription d’EpaMarne, un peu en amont. Et toute l’Île-de-France, qui ne cesse d’étendre son océan de béton, son archipel d’îlots de chaleur, et pour qui le mot passif a une autre acception.

 


Source : batirama.com / Jonas Tophoven

L'auteur de cet article

photo auteur Jonas TOPHOVEN
Jonas Tophoven est journaliste de la presse professionnelle de la construction et du bois en France et en Allemagne depuis 30 ans. Le thème qui lui tient particulièrement à cœur est la réduction drastique des émissions de GES dans la construction, première émettrice humaine du monde devant l'agriculture, avec un impact renforcé en France. Il a d'abord travaillé pendant 12 ans sur la construction sèche, puis depuis 15 ans sur la construction bois préfabriquée et il collabore depuis 10 ans à la programmation des quelque 150 conférences annuelles du Forum Bois Construction, congrès des acteurs de la construction biosourcée.
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