Récupération des eaux pluviales : quelle installation ?

Récupération des eaux pluviales : quelle installation ?

Selon la saison et la région, on estime qu’il est possible de récupérer entre 30 et 85 l d’eau de toiture par m² et par mois… de quoi séduire vos clients, d’autant qu’il existe forcément une solution qui répond à leurs besoins.






 

Pour fonctionner correctement à l’intérieur comme à l’extérieur, un système de récupération d’eau de pluie doit comprendre une pompe, qui permet d’envoyer l’eau dans les canalisations de la maison, un ­système de filtration, un système d’aération, ainsi qu’un système antiretour, qui permet au réseau traditionnel d’eau potable de prendre le relais du réseau d’eau de pluie lorsque la cuve est vide et empêche que ces deux réseaux communiquent entre eux.

 

L’ensemble doit aussi être complété par un indicateur de niveau, qui informe sur l’état de remplissage de la cuve, ainsi que d’un système de trop-plein pour évacuer l’eau de pluie vers le réseau des eaux pluviales lorsque la cuve est pleine.

 

En effet, les eaux de pluies ne respectant pas les limites de qualité réglementaires définies pour l’eau potable, tout raccordement de leur réseau à celui de distribution d’eau destinée à la consommation humaine est interdit.

 

Si l’on veut satisfaire les besoins lorsque le réservoir de stockage d’eau de pluie est vide, l’appoint en eau du système de distribution d’eau de pluie depuis le réseau de distribution de l’eau destinée à la consommation humaine doit être assuré.

 

Ceci s’effectue grâce à la pompe de la citerne qui se rebranche automatiquement sur l’eau de ville et à un système de disconnection par surverse totale installé de manière permanente.

 

Afin de renforcer cet aspect sécuritaire, les canalisations de distribution d’eau de pluie doivent être repérées de façon claire par un pictogramme “eau non potable”, à l’entrée et sortie de vannes et des appareils, aux passages de cloisons et de murs et à proximité immédiate de chaque point de soutirage.

 

 

AVIS D'EXPERT

 

Bernard de Gouvello,
Ingénieur-chercheur au Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB), localisé au LEESU*

 

« Pour une installation de qualité : plusieurs textes de référence »

 

Une réglementation existe en matière de récupération des eaux pluviales depuis l’arrêté du 21 aout 2008. Son domaine d’application vise les eaux issues de toitures inaccessibles et non destinées à produire de l’eau potable. En cas de toiture accessible, on revient à la situation de non réglementation précédant 2008.

 

Si cette règlementation reste donc partielle et parfois imprécise (notamment en ce qui concerne les conditions précises dans lesquelles on peut utiliser les eaux de pluie pour le lavage du linge), elle clarifie bien l’obligation de disconnection totale entre ­réseau d’eau potable et réseau dédié à l’eau de pluie en cas d’usage intérieur de cette ressource. Ce point est très important pour les artisans car leur responsabilité est ici engagée.

 

Une plaquette a d’ailleurs été réa­lisée dès 2009 à leur intention. Elle est issue d’un groupe de travail constitué à la demande des deux ministères en charge de l’environnement et de la santé piloté par le CSTB, et composés de représentants de différents syndicats professionnels concernés (IFEP, Profluid, Capeb, FFB et CNATP) et d’experts (SRIPS et CSTB). Ce document est téléchargeable sur le site du ministère en charge du Développement Durable.

 

Outre les aspects de disconnection, cette plaquette conseille par ailleurs à l’artisan de proposer un contrat d’entretien à ses clients afin de garantir la durabilité des installations.
En 2011 est parue la norme NF P 16-005 “Systèmes de récupération de l’eau de pluie pour son utilisation à l’intérieur et à l’extérieur des bâtiments”.

 

Il s’agit d’un document de référence pour l’ensemble des professionnels concernés qui apporte de nombreuses précisions techniques et propose une méthodologie de dimensionnement des cuves spécifique à la France.


*Laboratoire Eau Environnement et Systèmes Urbains.





 

Solution 1 : La cuve en béton

 

 

Il existe deux types de cuve en béton : celles qui sont livrées complètes et celles qui sont moulées sur place. Ces dernières sont en général les moins répandues et les plus volumineuses.

 

La cuve en béton peut être enterrée ou en surface. Son déchargement, ainsi que sa mise en place, nécessitent un engin de levage : il est préférable que le creusement de la fosse et la pose de la cuve se fassent le même jour.

 

Matériau rugueux, le béton retient davantage de saletés que le plastique et nécessite un entretien de l’intérieur plus fréquent. Il existe aussi avec les années quelques risques de micro-fissuration, ce qui peut poser des problèmes d’étanchéité.

 

Pour y remédier, l’intérieur de la cuve peut être tapissé d’un enduit imperméabilisant qui doit être refait tous les 5 ans. La cuve en béton est très résistante dans le temps et offre une durée de vie de plusieurs dizaines d’années.

 

Intérêt :

contrairement aux cuves en polyéthylène, les cuves en béton préfabriquées réduisent l’acidité naturelle de l’eau de pluie, grâce aux éléments alcalins contenus dans le béton. Ces derniers mettent les sels minéraux en solution et neutralisent le pH de l’eau : la tuyauterie et les appareils ménagers ne sont plus menacés de corrosion. Contrairement au polyéthylène, la cuve en béton n’a pas besoin d’être vidée en hiver et, si elle est enterrée, elle présente peu de risques de gel.

Limite :

le plus important est leur poids (plusieurs tonnes). Ceci induit un coût d’installation plus élevé pour votre client que pour l’installation d’une cuve en polyéthylène, surtout si elle n’est pas prévue lors de la construction ou lors des travaux de terrassement : les frais d’installation, de main d’œuvre et de location de machines de levage alourdissent alors considérablement la facture.





 

Solution 2 : La cuve en polyéthylène

 

 

La cuve d’eau de pluie en polyéthylène haute densité (PEHD) séduit davantage par son faible coût et sa facilité d’installation, ce qui la rend plus facile à vendre.

 

Les cuves en PEHD peuvent être installées hors-sol, mais elles sont aujourd’hui aussi conçues pour résister à la poussée latérale du sol et leur structure leur permet une stabilité accrue, ainsi qu’une grande solidité pour un enfouissement sans problème. Toutefois, la pose enterrée est à privilégier dans des zones sans passage de véhicules.

 

Leur relatif faible poids autorise une mise en place à l’aide de sangles pour les plus petites capacités ou avec le tractopelle qui aura servi à creuser la fosse pour les plus importantes. Si le PEHD est un matériau qui ne se désa­grège pas et ne produit donc pas de particules dans l’eau, la cuve doit cependant être vidée durant l’hiver pour éviter le gel dans le cas d’une pose hors sol (il est strictement interdit d’utiliser un produit antigel).

 

Le PEHD résiste aux rayons solaires et possède une durée de vie de 25?ans minimum, bien que, dans les faits, les fournisseurs proposent généralement des garanties de 10 ans.

 

Intérêt :

les cuves en polyéthylène haute densité sont très faciles à installer hors sol, car elles sont légères, faciles à manipuler et à transporter : ce sont les plus utilisées pour les particuliers. Elles sont moins onéreuses que le béton et ne se fissurent pas.

Limite :

leur volume de stockage limité puisqu’il ne peut excéder 13?m3. Toutefois, il est possible de les monter en série pour accroître davantage le volume disponible. Contrairement au béton, le polyéthy­lène ne neutralise pas l’acidité naturelle de l’eau de pluie, ce qui peut causer des problèmes de corrosion des canalisations. Pour limiter l’acidité et neutraliser l’eau, on peut placer dans la cuve des pierres calcaires ou des parpaings.





 

Solution 3 : Le réservoir souple

 

 

Les citernes souples permettent de fournir de grandes quantités d’eau pour les maisons tout en étant installées dans des emplacements discrets.

 

Les réservoirs souples d’eau de pluie sont fabriqués en tissus polyester à enduction de PVC. Ceux-ci ont le plus souvent subi un prétraitement anti-UV, ce qui les protège et allonge leur durée de vie. Les matériaux constitutifs offrent aussi une grande tenue à l’abrasion mécanique et une bonne stabilité chimique.

 

Ces réservoirs sont munis d’un robinet de grande taille et se posent sur une surface plane, à l’intérieur comme à l’extérieur. De capacité variable, ils peuvent stocker des petites quantités ou des volumes de plusieurs centaines de m3 d’eau de pluie.

 

En termes d’installation, il suffit de relier, au collecteur ou au récupérateur d’eau de pluie mis en place à la gouttière, un tuyau flexible en polyéthylène dont le diamètre est choisi en fonction de la taille et de l’embouchure du réservoir souple.

 

Intérêt :

c’est une bonne alternative lorsqu’il y a un manque d’espace car ces réservoirs sont plus petits que les citernes standard et remplacent ces dernières dans les espaces restreints ou dans les endroits difficiles d’accès (sous les vérandas, les terrasses de piscine et les maisons, dans le jardin à l’abri des regards, dans la cave, dans un abri de jardin). De plus, ­complètement pliables, ils sont très faciles à stocker lorsqu’ils ne sont pas utilisés.

Limite :

leur durée de vie n’est que de 5 à 10 ans. Ils ne sont pas particulièrement esthétiques.





 

Solution 4 : La cuve enterrée

 

 

La cuve enterrée, contrairement aux systèmes hors sol, permet une utilisation élargie de l’eau de pluie pour toute la maison.

 

L’installation d’une cuve enterrée commence par le creusement du trou de son emplacement, puis son enfouissement dans la terre, soit dans le jardin, soit sous la maison. Il s’agit ensuite de raccorder le système au réseau de la maison pour une utilisation en intérieur (WC, machines à laver…) et de s’assurer que le réseau d’eau de pluie et le réseau d’eau potable de la ville ne communiquent pas.

 

L’installation d’une cuve enterrée en polyéthylène en zone inondable, ou sur un terrain instable, requiert une assise en béton ou radier béton. Cette dalle assure la stabilité de la cuve. Des sangles sont également nécessaires pour maintenir la cuve sur sa dalle.

 

Plus lourd, le béton est plus stable et ne nécessite pas cette précaution.

 

Intérêt :

outre le gain de place, elle permet de récupérer des gros volumes d’eau, pouvant contenir jusqu’à 20 000 l d’eau selon les modèles. L’eau est à l’abri de la lumière, des variations climatiques, du gel : hors gel la cuve ne nécessite pas de vidange en hiver. Les algues ne peuvent pas s’y développer en raison du manque d’air.

Limite :

ces systèmes sont plus coûteux à l’achat (de 1 000 à 10.000 € en moyenne selon la contenance) et à l’installation.






Solution 5 : La cuve hors sol

 

 

Les systèmes hors sol présentent l’avantage d’être simples à installer et économiques si les besoins en eau de pluie sont limités.

 

Davantage adaptée aux usages extérieurs, la cuve hors sol est destinée à un usage de l’eau de pluie en extérieur (arrosage du jardin, lavage de voiture…). Selon les besoins en termes de capacité, d’esthétique et de simplicité d’utilisation, il existe différents types de cuves et récupérateurs d’eau de pluie hors sol.

 

Ces citernes sont reliées aux gouttières de la maison, équipées d’un filtre pour rejeter les feuilles et débris, et ont une contenance moyenne allant de 200 à 500 litres. En polyéthylène (PEHD), la cuve hors sol est surtout utilisée dans le cas de surface restreinte et pour de faibles volumes d’eau.

 

Intérêt :

la cuve hors sol est le système de récupération de l’eau de pluie le plus simple à mettre en place. Le raccordement aux gouttières est aisé grâce aux kits proposés par les fournisseurs. Lorsque la cuve est pleine, on enlève le raccordement pour éviter le débordement.

Limite :

elle est moins protégée des rayons du soleil, ce qui donne lieu à un développement d’algues ou de bactéries. Elle n’est pas non plus protégée contre le gel et doit donc être vidée l’hiver. Enfin, visible, elle peut dénaturer l’harmonie du jardin…





 

Les solutions matériaux

 

Le stockage s’effectue dans des cuves, dont certaines sont en composés polyéthylène recyclable, d’autres sont en béton. Le choix dépend de nombreux paramètres tels que les qualités physico-chimiques de l’eau de pluie de la région, les possibilités d’accès aux engins de terrassement, les caractéristiques du sol ou encore le budget de votre client.

 

 

INFOS PRATIQUES

 

Les dangers de l’eau de pluie sans filtration

 

 

Lors de la récolte de l’eau, quand la pluie vient en contact avec une surface de collecte, comme un toit, elle lave les contaminants de cette surface. Ceux-ci, qui ont tendance à se déposer au fond du réservoir de stockage, sont pratiquement impossibles à déceler quand le réservoir est plein, même en inspectant régulièrement la cuve.

 

Or, les micro-organismes comme les bactéries, les pesticides, le plomb, voire l’arsenic, sont des substances hautement toxiques pour l’organisme. Si l’eau de pluie doit être utilisée dans la maison pour des tâches ménagères, elle doit être à la fois filtrée et traitée. Pour ce faire, elle doit passer par diverses étapes de filtration et de purification, qui comprennent le pré-filtre (une grille au niveau des gouttières, par exemple), la décantation de l’eau, la filtration et la désinfection.

 

L’étape de préfiltration permet d’empêcher les débris et les grosses particules de pénétrer dans le réservoir de stockage d’eau de pluie. La décantation nettoie l’eau de pluie en permettant aux particules de se déposer au fond de la citerne d’eau de pluie, tandis que la désinfection de l’eau de pluie peut être faite à l’aide de chlore, d’ozone ou de rayons ultraviolets.

 

Pompage avec basculement automatique sur l’eau de ville

 

 

Le pompage peut garantir l’approvisionnement en eau des points d’utilisation ne nécessitant pas d’eau potable (WC, machine à laver, arrosage, etc.) en basculant automatiquement entre la citerne d’eau de pluie et le réseau de distribution.

 

Le système est équipé d’un réservoir de disconnection. Le flotteur ou le capteur de niveau suspendu dans la citerne, entraîne la fermeture de la vanne motorisée présente entre la pompe et le réservoir de disconnection, rempli d’eau de ville.

 

L’eau pompée provient donc de la citerne eau de pluie. Si l’eau dans la citerne atteint le niveau bas critique, le flotteur ou le capteur de niveau entraîne l’ouverture de la vanne motorisée 3 voies. L’eau pompée provient donc du réservoir de disconnection.

 

Celui-ci est aussitôt approvisionné en eau de ville. Une fois la quantité d’eau dans la citerne d’eau de pluie à nouveau suffisante, le système bascule automatiquement en mode “eau de pluie”.

 

 


Source : batirama.com / Michèle Fourret

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8 Commentaires


argent
  • par fabrice1971
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Salut Souillot, c'est bien connu les bactéries dorment jusqu'à 8H00 (foutues fainéantes) et se couchent à 20H00... Foutaises !!!


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  • par Souillot
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Le préfet du Doubs (25) a pondu un arrêté préfectoral cette année 2018 n'autorisant l'usage de l'eau de récupération qu'avant 8 heures ou après 20 heures et certaines communes, au vu de cet arrêté, interdisent simplement l'usage de ces eaux pendant la période de sécheresse ! Où est la logique ?


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  • par moor
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Il existe aussi des puits qu'on appelle (puisard) tout simplement et tout naturellement sans utiliser des produits issus du pétrole.


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  • par le 91
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Il existe aussi la possibilité de récupérer une cuve fioul enterrée nettoyée et avec un doublage vinyle intérieur ou revêtement époxi de réutiliser ces cuves pour arroser le jardin.


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  • par barbock
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Moor a tout compris. Il n'y a rien à rajouter.


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  • par APi.
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Il existe aussi un système appelé Pluvalor et un site eautarcie expliquant comment utiliser de l'eau de pluie dans de bonnes conditions sanitaires (filtre à panier / citerne de décantation de 20% du volume total / citerne de stockage). Le stockage est en béton pour réduire l'acidité de l'eau. Même si ce système n'est pas reconnu actuellement en France, il semble que ce concept simple et savant soit l'avenir de la récupération de l'eau de pluie. L'utilisation de cuves en polyethylene (pas en béton pour d'ésacidifier l'eau) et avec une seule cuve (ne permet pas une première décantation) ne semble pas la solution la plus durable. Par contre, vous évoquez la possibilité de fabriquer une cuve en béton en la coulant sur place; cela semble intéressant.


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  • par moor
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Partant d'une bonne volonté dit "Ecolo, Vert, Durable, etc., …" et d'un constat simple que nos ancêtre pratiquer couramment ces méthodes sans que cela suscite des interrogations. Nous arrivons aujourd'hui avec un cadre administratif tellement restrictif que le jeu n'en vaut pas la chandelle. En prime nous aurons même le droit d'être abonné à payer un contrat dit d'entretien comme tous les autres type d'abonnement fleurissant à nos jours, pour que nous puissions nous alléger plus vite la porte monnaie. C'est un packaging d'une nouvelle génération inventé ces deux dernières décennies par les "ingénieurs commerciaux" qui nous font passer la pilule avec douceur. Rester avec une conscience tranquille en pensant que vous faites du bien à la nature; c'est une belle mélodie qui ne rime pas au soulagement de nos porte monnaies au profit des groupes financiers.


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  • par ArgoNaute
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C'est dommage vous n'évoquez pas les réservoirs souples ?

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