Les Geiq : une solution d’embauche pour les métiers en tension

Pierre Lobry, président de la Fédération nationale des Geiq

Embaucher un public en difficulté tout en limitant les risques pour son entreprise, c’est ce que propose le réseau des Geiq. Une solution qui fonctionne, dans un secteur en tension.




Photo : Pierre Lobry, président de la Fédération Française des Geiq.

 

Tandis que de nombreux métiers du BTP – si ce n’est le secteur dans son intégralité - sont en tension depuis maintenant de nombreuses années, les Geiq - Groupements d'employeurs pour l'insertion et la qualification, peuvent fournir une solution pour les entreprises qui souhaitent recruter des personnes en difficulté d’accès à l’emploi. Cela peut être lié aux obligations liées aux clauses d’insertion sociale, dispositif légal intégré au marché public, ou par simple volonté de progresser dans une politique RSE d’intégration et d’inclusion sociale.

 

Les Geiq sont des associations pilotées par leurs entreprises adhérentes. Leur rôle est de favoriser l’insertion de personnes éloignées du marché du travail via l’alternance. Elles disposent d’un soutien financier de l’Etat et travaillent en collaboration avec le Ministère du Travail, les conseils régionaux et les Dretts (Directions régionales de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités) afin d’identifier les publics en difficulté qui pourraient bénéficier de ce dispositif.

 

Comment ça marche ?

 

C’est l’association qui embauche les alternants en difficulté, leur fournissant en plus de la formation un accompagnement social, ce qui augmente leur chance d’aller jusqu’au bout du parcours et d’obtenir un emploi une fois la période d’alternance terminée. Cela permet ainsi aux entreprises adhérentes de prendre moins de risque financier que si elles embauchaient elles-mêmes les salariés en alternance.

 

"C’est un avantage pour l’entreprise qui ne porte pas le contrat de travail", indique Pierre Lobry, président de la Fédération Française des Geiq. "L’entreprise conserve des obligations de tutorat, mais si la personne ne convient pas, c’est le Geiq qui gère le problème. L’association pourra par exemple essayer de placer l’employé dans une autre entreprise, lui donnant ainsi une chance supplémentaire de réussir."

 

Les aides de l’Etat touchées par les Geiq, notamment en ce qui concerne le suivi social, ont été revalorisées il y a un an et demi, mais la majorité du financement de l’association est assuré par les entreprises adhérentes (64% en 2021).

 

52 Geiq BTP, présents sur tout le territoire

 

carte de France avec les emplacements des Geiq BTP

A noter, les points rouges indiquent les Geiq BTP, et les points noirs indiquent plusieurs Geiq BTP. Pour zoomer, rendez vous sur la carte intéractive sur le site des Geiq. © Geiq

 

Sur les 206 Geiq du territoire français, on en compte 52 spécialisés dans le bâtiment et les travaux publics, avec 98 points d’implantation. Ils sont présents dans tous les départements du pays.

 

Dans ce secteur, 89% des salariés recrutés proviennent de publics prioritaires, les plus nombreux étant les jeunes de moins de 26 ans sans qualification, d’autres étant issues de quartiers ou de zones prioritaires ou étant simplement éloignées du marché du travail depuis plus d’un an.

 

Tandis que 51% d’entre eux arrivent sans aucune qualification, 70% des parcours dans un Geiq BTP permettent l’acquisition d’une qualification. Le taux de réussite à l’examen est de 94%. 72% des sorties du parcours se concluent par un emploi.

     

    "On compte plus de 3.000 entreprises du BTP adhérentes aux Geiq dans le secteur du BTP", précise Pierre Lobry, également chef d’une entreprise spécialisé dans la maintenance en chauffage, plomberie et climatisation depuis 26 ans. Il s’agit du groupe Logista Hometech, dont le siège se trouve à Aras, dans le Pas-de-Calais, mais qui possède des agences sur tout le territoire.

     

    "En 94-95, je travaillais sur beaucoup de marchés publics, avec les bailleurs sociaux. Il m’a semblé important d’être en adéquation avec mes clients et d’intégrer, comme eux, des publics prioritaires parmi mes salariés. J’ai pris connaissance du parcours Geiq. Il est devenu notre principale source de recrutement. On a bâti des parcours adaptés par rapport à différents publics. On était surtout sur des contrats d’apprentissage, des BEP, des bacs professionnels et même du supérieur derrière. C’est pour moi une grande satisfaction d’avoir toujours privilégié les publics prioritaires."

     

    Pierre Lobry poursuit : "aujourd’hui, les Geiq sont avant tout un moyen efficace pour trouver des salariés, au-delà des clauses, qui ne concernent d’ailleurs plus tous les marchés. Les salariés ont une vraie reconnaissance d’avoir, à un moment donné, été aidé."  

     

    Des réussites, dans l’entreprise et en dehors

     

    Pierre Lobry est fier de compter parmi les salariés techniques de son entreprise 70% de personnes issues des Geiq. "On a de très belles histoires. Certains sont chez nous depuis 20, 30 ans, sont devenus cadres… certains ont fait des maîtrises. C’est pour moi un très bon système."

     

    M. Lobry évoque un ancien employé, réfugié politique Russe issu du Kazakhstan. Menuisier, il a d’abord dû prendre des cours de français via le Geiq avant d’évoluer vers des formations plus techniques. "Il est resté 10 ans chez nous avant de se mettre à son compte en tant qu’artisan, et il a embauché lui-même des salariés depuis. On travaille ponctuellement avec lui en tant que sous-traitant. C’est une belle réussite personnelle."

     

    Une réponse pour des métiers en tension

     

     

    Gilbert Comos, chef de l'entreprise de gros oeuvre Giraud

    Gilbert Comos, chef d'entreprise, utilise les Geiq pour recruter, "et pas par obligation". © Geiq

     

     

    Gilbert Comos est président du Geiq BTP Hérault depuis 2016, un Geiq qui regroupe une trentaine d’entreprises adhérentes et qui embauche entre 70 et 80 salariés chaque année. Il est également dirigeant de l’entreprise de gros œuvre Giraud, située à Montpellier et à Toulouse.

     

    Depuis près de 20 ans, son entreprise est adhérente du Geiq. Par ce biais, ce sont des coffreurs bancheurs qui sont embauchés, une profession particulièrement en tension.

     

    "Au départ, on a adhéré pour répondre aux clauses sociales. Mais très vite on s’est aperçus de l’utilité de l’outil pour recruter. Aujourd’hui on l’utilise régulièrement, et pas par obligation. A travers le Geiq, on met en situation des personnes motivées, qui ont envie de s’en sortir. Ça donne des résultats très satisfaisants."

     

    "Dans le gros œuvre, on porte certaines valeurs. Le travail en équipe. L’entraide. La solidarité. On est dans le concret tous les jours, on réalise des ouvrages qui restent pour des décennies. Ce qu’on cherche, ce sont des profils de personnes qui ont un savoir être, qui ont envie de travailler, qui ne craignent pas de bosser dehors, qui sont un peu créatifs et qui aiment travailler en équipe. Ce qui est essentiel, c’est l’envie de s’en sortir. Le métier, on le leur apprend. Au bout d’un an, ils sont opérationnels. On leur propose une embauche de niveau 2, avec une rémunération pratiquement 10% au-dessus du smic. Au bout de 6 mois, 1 an, en fonction de l’investissement personnel, de la motivation, certains pourront encore passer à un meilleur poste."

     

    Pour Gilbert Comos, le gros œuvre souffre d’une image désormais dépassée. "Ce sont des métiers mal connus qui ont pourtant de nombreux avantages : surtout dans le sud en été, on commence tôt, mais on termine tôt aussi. A 15h30 on a fini sa journée. On peut profiter de sa famille, aller chercher les enfants à l’école. La rémunération est bien meilleure que dans d’autres secteurs. Les conditions de travail se sont énormément améliorées. Je pense sincèrement qu’avec les dispositions qu’on prend depuis une dizaine d’années, la génération qui travaille aujourd’hui ne sortira pas usée comme certains ont pu l’être il y a 20 ou 30 ans. Mais la difficulté, c’est d’arriver à trouver des gens qui ont envie de travailler dans ces métiers-là, ou s’y reconvertir."

     

    Ainsi, à travers les Geiq, des publics variés passent la porte de l’entreprise. "On a des profils avec des niveaux scolaires très différents. On a même eu des bacs+2 !" évoque le chef d’entreprise. "L’apprentissage est vraiment indispensable. Sur le terrain, très vite, ils comprennent que leur équipe compte sur eux. S’ils ont été absents, leurs proches collègues se chargent de leur faire passer le message. Ils apprennent qu’on a besoin d’eux."

     

    Pour Gilbert Comos, le plus dur, c’est de passer le premier cap. "Ceux qui ont passé le cap d’un an ou deux, ça veut dire qu’ils s’éclatent dans leur métier. Ils restent. Ils comptent les uns sur les autres, ils ont un métier qui n’est pas répétitif : chantier après chantier, ils contribuent à l’aménagement du territoire."

     

    L’entreprise emploie notamment des personnes ayant le statut de réfugié. Batirama a par ailleur évoqué le parcours de trois réfugiés Afghan dans l'Hérault dans un article publié en janvier 2023.

     

    "Quand on a des réfugiés, souvent ils viennent d’Afghanistan, de Syrie, d’Erythrée… ce sont des personnes qui sont passées par des galères innommables. Le dispositif permet de les loger, de les accompagner. Ça a fait ses preuves depuis des années et ça marche. J’en ai un qui est resté 5 ou 6 ans chez nous en tant que coffreur bancheur, puis il a fait une formation de grutier, il est resté grutier quelques années. Puis il a décidé de se reconvertir et il a ouvert une épicerie avec son épouse. D’autres restent dans l’entreprise, j’en ai un chez moi qui n’est pas loin de devenir chef d’équipe. Mais tout cela dépend de l’investissement de chacun. Celui qui fait un peu plus, qui étudie les plans chez lui pour mieux comprendre… il va plus vite que les autres. Et il réussit," conclut Gilbert Comos.  

     

    Statistiques des Geiq BTP en 2021

    • 3.353 entreprises adhérentes dans le BTP dont 43% des entreprises ayant un effectif entre 10 et 49 salariés
    • 2.700 contrats signés, 4758 contrats gérés
    • 2616 salariés embauchés en 2021
    • Durée moyenne d’un contrat : 380 jours
    • 14% taux de rupture du parcours
    • Âge moyen à l’embauche : 26 ans
    • 96% d’hommes, 4% de femmes
    • 89% de publics prioritaire
    • 72% de sorties vers l’emploi, 58% de sorties vers l’emploi durable
    • 70% acquisition d’une qualification
    • Principaux métiers : maçon, coffreur bancheur, ouvrier VRD

     



    Source : batirama.com/ Emilie Wood / Photos © Geiq

    L'auteur de cet article

    photo auteur Emilie Wood
    Journaliste, photographe, vidéaste, Emilie Wood travaille depuis 2010 pour la presse, qu’elle soit professionnelle dans les domaines du BTP et de l’agriculture, ou généraliste. Pour Batirama, elle écrit sur des sujets aussi variés que la conjoncture BTP, l’évolution de la réglementation, la rénovation énergétique, les réformes, les innovations, ou encore l’actualité de l’immobilier. Elle apprécie particulièrement réaliser des portraits d’entreprises et révéler les femmes et les hommes qui, chacun à leur manière, font une différence, qu’ils soient entrepreneurs ou collaborateurs d’entreprise.
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