Structures de réciprocité climatique pour les collectivités

Structures de réciprocité climatique pour les collectivités

Alors qu’au Salon des Maires, on cherche la parade au choc climatique, la société à mission Sinallagma propose un moyen simple d’atténuer les îlots de chaleur : des structures ombrières dites "réciproques" en feuillus.




Face à l’explosion de l’énergie, aux maisons qui s’écroulent et à l’accélération du changement climatique, les maires de France ont du pain sur la planche. Ils arrivent à mi-mandat, ce qui a peut-être contribué à l’effervescence de cette édition du salon des maires. On retrouve le stand institutionnel des communes forestières qui poursuit sa vocation d’aider à utiliser le bois local dans vos projets de construction.

 

 

L'une des toutes premières ombrières de sinallagma.

 

 

Le leader Mathis, présent sur le salon depuis des lustres, et placé dans la section sportive, propose de réaliser des gymnases clé en main comme il est en train de le faire en Moselle. L’autre leader Piveteau met aussi en avant des glissières en bois comme les propose Tertu. Juste à côté, sur un petit stand, on repère encore un peu de bois. Du châtaignier en petites sections identiques qui s’emboîtent pour former ce qui ressemble à une partie d’une tonnelle ou grimpent des jasmins étoilés de ses partenaires et voisins bretons Hélène et Dan. .

 

 

Low start-up

 

 

Le mot start-up serait bien trouvé pour exprimer la rapidité avec laquelle le Breton d'origine alsacienne Vincent Bechtel saisit l’opportunité de ce Salon des Maires. Il a créé sa société cet été, une société à mission, selon la loi Pacte du 22 mai 2019, en devenir comme l’est ce statut pour l’heure très peu présent dans la filière bois, et sur le salon des maires. Juste le temps de créer deux structures en Bretagne, une de 4 mètres de diamètre et une de 5 mètres de diamètre en forme de fleur.

 

 

Présentation d'une portion de l'ombrière sur le stand du Salon des maires.

 

 

Pas la place de la remonter Porte de Versailles. En bagage, des diplômes et des curiosités impressionnantes (DEA en urbanisme aux Ponts), Vincent Bechtel passant des grandes écoles aux métiers de la charpente (CAP prévu pour 2023). Une préoccupation de plusieurs années sur l’étude du biomimétisme, soutenue par l’Ecole Polytechnique, et qui se traduit par un démarrage artisanal et local avec des partenaires scieurs également locaux. Ça ne sent pas la licorne, c’est un peu le parangon de la start up frugale.

 

 

Le biomimétisme, ce serpent de mer

 

 

Vincent Bechtel accompagne sa présence au salon par une conférence le dernier jour dans le brouhaha d’un hall devant une poignée d’auditeurs, sur le biomimétisme. Marketing ? Plutôt, selon le conférencier, l’envie de partager enfin une préoccupation de longue date. Pourtant, telle qu’il la présente, la moisson architecturale récente est encore maigre sauf dans les bandes dessinées. Une canopée fractale en métal au Japon en 2010 a du mal à faire oublier Frei Otto ou Buckminster Fuller dont les structures remontent à plus de 50 ans et qui depuis font les choux gras des écoles d’architecture. Un pavillon Hygroskin en 2012 à Stuttgart, un projet non lauréat de Rougerie et Tangram en briques de terre compressée en 2019, un pavillon en mycelium aux Pays-Bas la même année. Où est l’actualité, la pertinence climatique ? Elle est sur son stand, mais il ne l’évoque pas, il n’invite même pas les quelques auditeurs à venir sur son stand.

 

 

Avant les cheminées

 

 

Ces structures réciproques remontent à Léonard de Vinci, sinon à nos lointain ancêtres constructeurs de cabanes qui se rendaient compte des limites de la configuration pyramidale avec des pièces de charpente dont la longueur était dictée par la nature, ou bien qui ont produit qui sait comment une déportation de l’appui du sommet en permettant de ménager un exutoire de fumée juste au milieu. Sans doute l’une des inventions les plus importantes de l’humanité après la domestication du feu.

 

 

Conférence sur le biomimétisme lors du salon des Maires

 

 

A partir de là, il a été possible de quitter le carré pour passer à l’octogone, voire le dôme. Le Panthéon romain est ouvert sur le ciel en son centre, comme pour le rappeler. Vincent Bechtel conseille un ouvrage dédié de Olga Popovic Larsen datant de 2008 (Reciprocal Frame Architecture). L’ombrière n’y est pas, d’ailleurs, celle de Sinallagma n’est pas si simple à copier et à produire, Vincent Bechtel travaille sur une idée de licence de type Creative Commons qui permettrait la duplication des oeuvres sous conditions.

 

 

Assemblage sans colle ni vis

 

 

Les structures réciproques que Vincent Bechtel et Sinallagma proposent sont donc uniques et séduisantes. Celle dont une partie était exposée montre des pièces de châtaignier de petite longueur et section, adaptés à la ressource actuelle. Elles sont identiques, ce qui facilite la fabrication, et dotées également d’une entaille identique originellement effectuée à la main par Vincent Bechtel, mais qui réclame en fait une 5 axes. Avec cela et rien que cela on assemble sans colle ni vis une ombrière qui repose sur une structure en poteau bois/bois.

 

 

"C'est mon premier salon et j'en suis très satisfait. Je repars avec beaucoup de chiffrages à effectuer. Je vais certainement faire le salon Paysalia en décembre 2023. Entre temps, je regarde car il y a énormément d'opportunités, comme les jardins de Chaumont sur Loire ou d'autres encore..."

 

 

Le châtaignier dissuade certains insectes, il résiste fort bien aux intempéries, et la structure permet à des plantes grimpantes de créer une ombrelle. Le tout est proposé aux collectivités ou aux paysagistes pour une somme dérisoire : transporter les éléments est très simple, leur transformation est minimale, le démontage facile. Sur des places trop minérales ou asphaltés, ces ombrières sont bienvenues, mais aussi sur les terrasses. On peut d’ailleurs les associer pour couvrir des surfaces plus grandes. C’est l’équipement éphémère qu’attendait Solideo pour les JOP 2024 !

 

 

Ombrer les façades

 

 

Sinallagma ne s’arrêtera pas là. La structure parallèle en bois dessinée par Léonard de Vinci permet par exemple de construire, disons à partir du second étage d’une façade, une ombrière qui redescend en courbure jusqu’au sol, avec le même avantage d’une possibilité de montage/démontage. De façon à faire de l’ombrage sur un trottoir, tout en préservant la façade contre le suréchauffement. Les structures parallèles en bois ont un grand avenir devant elles, et traduisent parfaitement la notion sinallagma, que Vincent Bechtel a choisi pour exprimer le rapport de l’homme à la terre, le contrat mutuel d’aide et de responsabilité.

 

 



Source : batirama.com/Jonas Tophoven
 

L'auteur de cet article

photo auteur Jonas TOPHOVEN
Jonas Tophoven est journaliste de la presse professionnelle de la construction et du bois en France et en Allemagne depuis 30 ans. Le thème qui lui tient particulièrement à cœur est la réduction drastique des émissions de GES dans la construction, première émettrice humaine du monde devant l'agriculture, avec un impact renforcé en France. Il a d'abord travaillé pendant 12 ans sur la construction sèche, puis depuis 15 ans sur la construction bois préfabriquée et il collabore depuis 10 ans à la programmation des quelque 150 conférences annuelles du Forum Bois Construction, congrès des acteurs de la construction biosourcée.
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