La filière bois en quête de formation

La filière bois en quête de formation

Sous l’égide des Compagnons du Devoir, à l’Académie du Climat de Paris, les acteurs de la formation de la filière bois ont planché sur la question : quelles compétences pour la formation et les emplois de demain ?

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Cela fait un certain temps que les Compagnons du Devoir ont du mal à maintenir leurs effectifs de formation aux métiers du bois, entre autres. Ils entendent les remontées critiques des entreprises, relayées par l’Union des Métiers du Bois de la FFB. Et ils ont eu l’idée de s’en remettre pour ainsi dire à un juge de paix, la structure Junior Essec, capable de mener une enquête selon les règles. Une première de ces enquêtes a eu lieu pour le secteur de la menuiserie, en 2020. Une seconde l’a relayée sur les métiers de la charpente, en 2021.

 

 

Les Compagnons du Devoir recevaient notamment Jérôme Carraz de l'ICCB et son homologue Raphaël Vergeade, responsable de l'Institut européen de la menuiserie, de l'agencement et de l'ébénisterie des Compagnons du Devoir.

 

 

L’association des interprofessions régionales de la filière bois, Fibois, est partie prenante dans le sens où un dixième de ses effectifs salariés, soit 12 personnes, une par région, s’occupe de la formation afin de remédier à la désaffection générale, avec si possible de nouvelles idées. L’une de ses idées, présentées en débat de colloque par Fabienne Delabouglise, déléguée générale de Fibois Hauts-de-France, est la création d’une plateforme digitale rassemblant l’offre des organismes, metiers-foret-bois.org.

 

Avec le soutien des organismes collecteurs de l’amont et de l’aval de la filière, il s’agit d’un développement de compétence logique, puisque les interprofessions s’occupent régionalement de tous les métiers de la filière forêt-bois, et que le maillage régional est désormais complet. Il est possible, d’ailleurs, que ce travail intègre bientôt un portail général du bois qui serait piloté par le CNDB.

 

 

Un thème un peu loin de l’Essec

 

 

Difficile de trouver plus éloigné en formation qu’Essec d’un côté et leur objet d’analyse, les petites entreprises de la construction et leurs apprentis. Mais cela doit entrer dans le cadre de considérations pédagogiques. Par ailleurs, Junior Essec s’est déjà frotté aux menuisiers et a donc fait une partie de son initiation pour comprendre cet envers de leur monde.

 

 

Cécile Richard (UMB-FFB) présente des fascicules imagés en anglais, vademecum des aprentis itinérants européens proposés par CCCA-BTP.

 

 

L’enquête chez les menuisiers avait porté sur 100 entreprises en 2020, elle atteint cette fois 400 entreprises de charpente, 30 par région, et comme on n’arrive pas à 30 dans les DROM, ces derniers n’intègrent pas le panel comme région à proprement parler. Pour autant, des entretiens ont été menés, notamment avec les entreprises de Martinique, Guadeloupe, Guyane et de la Réunion, dont ressort une insuffisance de la formation sur place.

 

Sania Ahamada, chef de projet avec Baptiste Maura, expose des résultats touffus mais factuels dont émergent quelques demandes comme le besoin de numérique. 48% des entreprises sont obligées de former leurs collaborateurs elles-mêmes, en mettant en moyenne cinq ans pour faire émerger le collaborateur attendu. L’Essec a ratissé large avec un chiffre d’affaires global de 15 milliards d’euros, alors que l’enquête nationale biennale sur la construction bois se concentre sur un métier qui peine à dépasser 2 milliards d’euros. Ce n’est donc pas étonnant si les résultats de l’enquête mettent un peu trop en avant des questions relatives aux couvreurs.

 

 

Christian Fanguin, Bois PE, soulève la question de la formation des formateurs.

 

 

Eléments récurrents : insuffisances en français écrit (y compris chez les dessinateurs, et même les ingénieurs), des professions trop masculines, réputées parmi les moins rémunératrices, où un tiers des employeurs sont insatisfaits des compétences acquises en formation par les jeunes embauchés, tandis qu’entre un tiers et la moitié des entreprises ne forment pas d’apprentis.

 

 

L’Union des métiers individuels du bois

 

 

Cécile Richard, qui connaît ses entreprises depuis le temps qu’elle gère l’Union des Métiers du Bois, apporte un peu d’explications historiques à ces chiffres. Selon elle, au début des années 2000, tout allait bien, les entreprises avaient reconstitué leurs marges, elles formaient à tour de bras. Puis est arrivé la crise des subprimes, insidieuse, qui a plombé le secteur jusqu’en 2014.

 

Il s’est produit le phénomène de la fermeture d’entreprises, avec la multiplication de professionnels travaillant seuls. Chaque crise semble augmenter ce nombre de solitaires, qui n’ont ni le temps de se former ni de former des apprentis. Et, selon Cécile Richard, actuellement, certains signes laissent craindre que 2023 ne provoque une nouvelle crise avec son nouveau lot de diffraction du métier.

 

 

Compagnons d’Europe

 

 

Jérôme Carraz, responsable chez les Compagnons de l’ICCB (Institut de la charpente et de la construction bois), a présenté l’opération européenne EQF-Timber développée sous l’égide de la fédération européenne Timber Construction Europe afin de développer un schéma de qualifications destiné au secteur de la construction bois. Si on manque de main-d’œuvre, pourquoi ne pas inviter les voisins, en plus, cela va aller dans le sens d’une formation dans le cadre d’un tour d’Europe. Un premier pas a été fait, montrant les dissemblances, et selon Jérôme Carraz il faudrait aller beaucoup plus loin.

 

 

Dépasser les poncifs

 

 

Le taux de charpentiers solitaires est tout aussi hallucinant que celui des propositions d’emploi insatisfaites (82%). Et l’on a vite fait de se rabattre sur l’éternelle plainte d’un vivier de marginaux de la scolarité, même si une évolution post-covid se fait sentir vers des entrants plus mûrs et plus motivés. Christian Fanguin, le patron de Bois PE mais surtout l’un des druides de cette filière bois, ose avancer que le mauvais niveau des jeunes charpentiers serait peut-être à corréler avec celui des formateurs, dépassés par l’évolution du métier et par la nécessité d’une remise à jour. Mais très vite, les représentants institutionnels remettent les choses en place, il existe tout ce qu’il faut pour effectuer cette remise à jour permanente. Reste à savoir si elle est faite.

 

 

Les deux éléphants dans la salle

 

 

La complexité de la préparation d’un atelier sur la formation au 11e Forum Bois Construction à Nancy en avril avait montré que le millefeuille institutionnel ne parvient pas à raisonner en termes de réaction rapide à ce qui menaçait de devenir une crise grave de la main-d’œuvre, face à la multiplication de grands chantiers de construction bois et à l’avalanche de départs à la retraite à tous les niveaux de responsabilité de la construction bois. Se confronter à la démarche de Bouygues qui crée une académie semble tout aussi difficile que de prendre en compte l’évolution de la profession vers la construction biosourcée, intégrant une compétence globale allant bien au-delà de la simple structure. C’est pourtant le fléchage assez exact de cette croisée des chemins actuelle.

 

Si la RE2020 trace le chemin vers le Bâtiment peu émissif, mais que personne ne prend la relève, ou si la profession se contente de saupoudrer un peu de bois pour décarboner un petit peu la construction traditionnelle, on n’atteindra ni l’adhésion de la génération militante qui monte, ni les objectifs vitaux. C’est sans doute ce que le génie des lieux, la somptueuse et déjà mythique Académie du Climat, a dû dicter durant les travaux pratiques de l’après-midi, par petits groupes, pour creuser le sujet afin de ne plus tourner en rond.

 



Source : batirama.com / Jonas Tophoven/ ©JT

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