L’Agora de l’école vétérinaire de Maisons-Alfort, un chantier chirurgical

L’Agora de l’école vétérinaire de Maisons-Alfort, un chantier chirurgical

Pièce centrale d’une série de rénovations du campus de l’école vétérinaire à Maisons-Alfort, la reconstruction biosourcée préservant certains éléments du bâtiment Brion, dont les fondations, a demandé du doigté.




Le campus de 11 hectares de l’école vétérinaire de Maisons-Alfort remonte à 250 ans. Il est parsemé de pavillons bâtis au fil des siècles, dont le bâtiment Brion qui remplace en 1928 un croisement central du jardin à la française. Ce bâtiment sera le premier à soigner de façon ambulatoire les animaux domestiques. Sa conception Art Déco l’a fait inscrire au répertoire supplémentaire des Monuments Historiques. Il faut cependant créer un nouveau centre pour l’école, accueillant l’administration, les cours en amphi et la formation continue.

 

 

Le patio juste derrière l'accès nord principal a conservé son aspect Art Déco comme le montre l'image d'ouverture. C'est le morceau de bravour d'ArtBuild, réussir à passer de la façade minérale et ancienne a un univers en bois dont la finesse se place en continuité avec l'architecture classée.

 

 

Dans l’axe de la future allée menant à la station de métro, l’immeuble contigu est démoli pour dégager l’accès vers une entrée qui conserve une bonne partie des façades anciennes, découpées à la scie, en gardant même des menuiseries monumentales. Le reste est rasé jusqu’aux fondations en moellons qui sont au besoin renforcées et imposent une trame de 1,20m pour un bâtiment de deux étages en bois.

 

Ce dernier vient de vivre sa première rentrée scolaire, après une présentation détaillée dans les Annales du Forum Bois Construction 2022 et dans le Bouquet Final de l’édition de Nancy en avril, par l’architecte Kevin Guidoux et Mathias Humbert du BET Barthès Bois, sachant que l’architecte et le BE bois ont travaillé la main dans la main (la présentation, excellente, est disponible sur Viméo via le Forum Bois Construction).

 

 

Amphithéâtre avec gradins en CLT. Les portiques débordent et créent des alcôves, afin de supporter notamment les cloisons mobiles de l'étage supérieur. A l'intérieur, la structure est maruée toute en finesse.

 

Une visite du CNDB a été organisée également durant l’été. Suite à ce projet, Kevin Guidoux - qui s’est aussi chargé l’an dernier de l’Auditorium Ephémère du Forum Bois Construction au Grand Palais Ephémère à Paris - est devenu le responsable du laboratoire de l’agence ArtBuild, l’une des plus importantes agences internationales de la construction biosourcée.

 

 

15 mois d’intervention pour Cruard

 

 

La présentation conjointe à Nancy par le BE et l’architecte ne doit pas occulter la part de Cruard Charpente qui s’est chargé de la construction et détaille le projet sur son site. Un travail de BE six mois avant le chantier, puis 9 mois de chantier avec quelques faits saillants. La convivialité du site sera fortement marquée par les alcôves de travail qui longent l’un des amphithéâtres. L’équipe de maîtrise d’œuvre est confrontée au fait qu’une salle de cours surplombe l’amphi de formation continue, et qu’il faut pourvoir les séparer en deux par une cloison mobile. Quand cette cloison est repliée, elle est très lourde et repose sur un portique en bois.

 

 

Trame de 1,20 m pour se conformer aux fondations existantes, éclairage zénithal tirant partie d'une hauteur de 10 mètres.

 

 

D’où l’idée de muscler tant qu’à faire tous les portiques et de faire redescendre les poteaux non pas au droit de l’amphi, mais sur les côtés en ménageant un espace de bancs. La maîtrise d’ouvrage saute sur l’occasion et fait aboutir l’idée de véritables alcôves de travail et de convivialité. Les tables et les bancs en bois se marient parfaitement avec les poteaux en BLC, l’un semble conçu pour l’autre. Cruard assemble les portiques lourds sur site et les dresse. A l’intérieur des amphis, les gradins sont créés en panneaux massifs CLT, ce qui n’est pas courant.

 

 

Le "labo" ArtBuild

 

 

La gestion des briques dépasse le lot bois mais s’y rapporte. Il faut stabiliser les pans de maçonnerie conservés, monter les murs à ossature bois et ensuite y fixer les briques, tandis que la démolition du site permet de récupérer de vieilles briques à nouveau assemblées, en y insérant des briques transparentes qui magnifient l’effet Art Déco reconstitué.

 

Par ailleurs, en complément, les Architectes de Bâtiments de France demandent de prolonger la façade en brique par des briques nouvelles. Or, les textes réglementaires viennent de supprimer la possibilité de fixer des briques à une structure en bois, et cela se comprend par la différence de mouvement entre des briques rigides et un support plus flexible. Il faut donc passer une ATEX et le "labo ArtBuild" conçoit une fixation adaptée.

 

 

Ferrure développée par ArtBuild pour l'ATEX briques sur ossature bois (photographiée du dessus pendant les opérations de pose). Les enfoncements doivent permettre une bonne prise des joints. Les joints verticaux ne sont pas maçonnés, de façon à faciliter un réemploi des briques plus tard.

 

 

Le patio d’accueil directement derrière l’entrée conservée change totalement l’ambiance et mise sur un environnement en bois avec des poutres moisées qui crée un effet de finesse japonisante et supportent un plafond ajouré et biseauté bien étudié pour cadrer avec la verrière industrielle Velux qui le couvre. Ce n’est plus de la charpente que fait Cruard, c’est de l’aménagement intérieur de qualité.

 

Le labo ArtBuild, désormais dénommé AB.Lab, c’est aussi l’apprentissage. Les isolants choisis pour Agora sont en fibre de bois. Kevin Guidoux indique : "nous n'avons pas eu de problème d'étanchéité mais d'humidité, car l'eau a ruisselé le long des MOB pendant le stockage et est passé au-travers du pare-vapeur qui n'est pas étanche. Cette expérience a davantage démontré qu'il était important de revoir les procédures de stockage et mise en œuvre des MOB avec isolants biosourcés que de revoir les détails d'étanchéité."

 

 

Référence

 

 

En fait, le chantier de l’Agora montre que la construction biosourcé ne peut pas faire autrement que d’évoluer vers cette précision chirurgicale : intégrer l’ancien et dialoguer avec lui, préserver ce qui peut l’être, s’adapter aux fondations, penser au-delà de la seule structure, utiliser les systèmes bois de façon intelligente (CLT pour les gradins), optimiser les procédures de stockage … L’Agora sera désormais une référence pour les ABF et fait faire un pas à la construction biosourcée comme option possible de rénovation lourde de bâtiments maçonnés classés.




Source : batirama.com/ Jonas Tophoven / Photos © Tristan Deschamps

L'auteur de cet article

photo auteur Jonas TOPHOVEN
Jonas Tophoven est journaliste de la presse professionnelle de la construction et du bois en France et en Allemagne depuis 30 ans. Le thème qui lui tient particulièrement à cœur est la réduction drastique des émissions de GES dans la construction, première émettrice humaine du monde devant l'agriculture, avec un impact renforcé en France. Il a d'abord travaillé pendant 12 ans sur la construction sèche, puis depuis 15 ans sur la construction bois préfabriquée et il collabore depuis 10 ans à la programmation des quelque 150 conférences annuelles du Forum Bois Construction, congrès des acteurs de la construction biosourcée.
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