Vers le TCE biosourcé

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La montée en puissance de la construction biosourcé réanime la volonté de faire évoluer les charpentiers vers des entreprises générales.

Aider vos clients à reprendre le contrôle de leurs consommations


Photo : Pour la création de deux bâtiments R+5 de 26 et de 28 logements et de locaux communs rue Paul Meurice à Paris Lifteam se charge du chantier TCE dont études, fourniture et réalisation de l’ossature bois (incluant planchers, MOB et faux-plafonds), de l’ossature bois et métal des ouvrages connexes (pergolas, locaux, supports de panneaux photovoltaïques), des vêtures, du bardage bois et des claustras.

 

 

Lorsque la construction bois était sur la bonne pente, durant la première décennie du millénaire, l’idée a germé que l’entreprise en charge de la structure bois devrait s’émanciper de la tutelle des entreprises générales généralement ancrées dans la structure béton. Pourquoi continuer à encaisser tous les inconvénients des sous-traitants alors que l’on se charge de la structure de l’ouvrage ? Cela a d’ailleurs l’avantage que dans une structure en bois, de nombreux corps d’état doivent intervenir d’une autre façon que pour un contexte maçonné.

 

Ce savoir spécifique manque aux corps d’état qui n’ont pas l’habitude d’intervenir dans ce nouveau cadre, et il manque aussi à l’entreprise générale traditionnelle. Ainsi, le charpentier Christian Fanguin a créé il y a dix ans à Egletons le centre Bois PE, équipé spécialement pour permettre aux carreleurs, aux couvreurs, aux chauffagistes, aux façadiers et autres corps d’état d’acquérir en l’espace d’un bref stage, dans un environnement adapté, les bons réflexes. En pratique, l’approche de Christian Fanguin est venue dix ans trop tôt. La principale activité de formation actuelle de Bois PE est la formation rapide au métier de monteur en construction bois.

 

 

Dilemme

 

 

Raison de plus pour que les chantiers biosourcés disposent d’un référent compétent pour guider les autres corps d’état. Pour cela, il faut que l’entreprise délègue un référent TCE présent sur place, et le paye. Mais surtout, il faut que ce référent lui-même soit formé. C’est la que l’on aboutit au dilemme actuel. Si l’entreprise puise dans ses conducteurs de travaux parfaitement au fait des implication de la structure bois, il ne s’agit pas forcément d’un spécialiste de la gestion TCE. Et vice versa. C’est pourquoi, malgré l’appel au développement de l’entreprise générale bois, les grands constructeurs bois français ont préféré se cantonner jusqu’ici dans le rôle de mandataires de macro-lots. Quitte à serrer des dents quand la gestion générale du chantier revient à des conducteurs de travaux TCE issus de la maçonnerie.

 

 

Sous la houlette de Youssef B’Chir, conducteur de travaux TCE de Lifteam et architecte de formation, l’extension du lycée Pauline Roland à Chevilly-Larue, sur 1500m², permet d’ouvrir 17 nouvelles classes pour 400 élèves supplémentaires, avec un niveau E3C1.

 

 

 

Gérer un chantier à l’âge du carbone

 

 

Si le marché, à cause des coûts, de la réglementation notamment incendie, évolue vers la mixité, et si les entreprises générales forment des équipes spécifiques de montage de structures bois notamment en CLT, la question de l’émergence de chantier en TCE biosourcé se posera moins. Si, par contre, le choc climatique et la pression de l’émissivité pousse à construire de façon sobre, le gros-œuvre maçonné jouera un rôle secondaire et la conduite de travaux en TCE biosourcé prendra son sens.

 

Et dans ce cas, il ne suffit pas de savoir comment poser une façade sur une structure bois, ou comment carreler une douche à l’italienne sur support bois, mais aussi de maîtriser toutes les implications émissives. Et cela mène tout droit vers la gestion de la logistique d’acheminement et de stockage, comme on le voit émerger aujourd’hui autour de l’acheminement fluvial de chantiers franciliens. Cette compétence est d’autant plus nécessaire que l’ouvrage biosourcé est fragile au regard des intempéries et parfois même en termes de risque d’incendie. De plus, l’approche biosourcée, en tenant compte de cette fragilité, pousse à la préfabrication et donc à une gestion particulière du timing du chantier.

 

 

S’extraire de la niche

 

 

N’y a-t-il pas là de quoi développer un cursus de formation adapté, en complément de la conduite de travaux ? Ce retard s’explique par une simple raison : malgré l’objectif d’atteindre une part de marché de 20% en 2020, cette dernière reste encore aujourd’hui en-dessous de 10% en France. La construction biosourcée a toutes les peines de sortir de sa niche et les gouvernements successifs de l’en extraire.

 

Oyapok Architectes greffe l’extension du lycée Pauline Roland sur la circulation existante de l'aile nord par l’intermédiaire de passerelles vitrées laissant ainsi pénétrer la lumière naturelle dans toutes les circulations du R+2 jusqu’au cœur du préau.

 

 

L’espoir ? D’une part la volonté affichée par les majors du BTP de monter en puissance dans la construction biosourcée. Cela conduit forcément à une réflexion sur la conduite de travaux et à des actions de formation qualifiante. D’autre part, certaines entreprises biosourcées défrichent le terrain et s’ancrent pas à pas sur ce nouveau créneau.

 

 

Le cas CBS-Lifteam

 

 

L’histoire du fondateur Jean-Luc Sandoz est atypique, professeur à l’EPFL de Lausanne avec l’illustre Natterer, déposant des brevets puis quittant l’enseignement et montant l’usine savoyarde Ecotim pour fabriquer les systèmes brevetés. Ecotim est victime apparemment d’un incendie suite auquel l’entreprise CBS-CBT est localement disqualifiée, ce qui l’amène à créer une entreprise de construction bois en région parisienne, Lifteam. Mais il faut reconstruire Ecotim et c’est justement Lifteam qui s’en charge, en 2011, en tous corps d’état.

 

A Paris, par contre, Lifteam bute très vite sur les inconvénients de la sous-traitance et rêve de s’émanciper. Le chantier Ecotim en entraîne localement d’autres qui sont également gérés en TCE (Espace Ardez-Alba). Progressivement, CBS-Lifteam s’habitue à gérer les chantiers de cette manière. Depuis, plus d’une dizaine de chantiers ont été traités ainsi : des logements sociaux à Garges-les-Gonesse, des logements à Chanteloup-en-Brie, Villiers-sur-Marne, à Montreuil et actuellement à Paris, des bureaux à Nanterre, un gymnase à Rueil-Malmaison, une extension de lycée à Chevilly-Larue. Cela veut dire, par exemple pour les 62 logements pour Terralia à Chanteloup-en-Brie, un projet en conception-construction avec comme prestations de Lifteam l’étude, la fourniture et la pose des murs ossature bois, de planchers en dalles O’portune®, de toitures (charpente et couverture), de balcons. Mais aussi, la gestion de l’intervention de tous les autres corps d’état.

 

 

Chez CBS-Lifteam, Thomas Jordy supervise la plupart des chantiers en TCE biosourcé dont celui de la rue Paul Meurice : "Pour aller vers le TCE biosourcé, le pari réside dans le fait de bâtir une équipe de cadres aux compétences pluridisciplinaires et surtout complémentaires bien qu'ils soient issus de mondes différents."

 

 

CBS-Lifteam fait figure de pionnier en matière de prise en main de chantier en TCE biosourcé avec les logements Paul Meurice à Paris et l'extension du lycée Pauline Roland à Chevilly-Larue. Cette orientation n’est pas un cas isolé en France, mais elle n’en reste pas moins pionnière et s’expose à tous les déboires qui en découlent. D’un autre côté, cela explique la présence de CBS-Lifteam au nouveau salon Sibca de l’immobilier bas-carbone : il s’agit d’entrer directement en contact avec des donneurs d’ordre.

 

 

 



Source : batirama.com/Jonas Tophoven© CBS-Lifteam

L'auteur de cet article

photo auteur Jonas TOPHOVEN
Jonas Tophoven est journaliste de la presse professionnelle de la construction et du bois en France et en Allemagne depuis 30 ans. Le thème qui lui tient particulièrement à cœur est la réduction drastique des émissions de GES dans la construction, première émettrice humaine du monde devant l'agriculture, avec un impact renforcé en France. Il a d'abord travaillé pendant 12 ans sur la construction sèche, puis depuis 15 ans sur la construction bois préfabriquée et il collabore depuis 10 ans à la programmation des quelque 150 conférences annuelles du Forum Bois Construction, congrès des acteurs de la construction biosourcée.

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