Tensions sur les prix du bois d’oeuvre et des panneaux : les raisons de la crise

Tensions sur les prix du bois d’oeuvre et des panneaux : les raisons de la crise

Le monde français du Bâtiment est confronté à une pénurie de produits en bois pour la construction, en plus des difficultés dans d’autres secteurs comme l’acier.





Sciages de Douglas à la scierie Farges en novembre 2019.©JT

 

Chaque année se déroule une conférence européenne du secteur des résineux, organisée par l’organisation européenne des scieries et par la fédération européenne qui regroupe les négociants de bois. En octobre 2020, elle devait avoir lieu en Finlande mais, pandémie oblige, toute la réunion eut lieu en visio-conférence.

 

Les participants se sont demandé comment la filière pouvait faire face à une double préoccupation sans commune mesure avec les difficultés des décennies précédentes : la pandémie, et aussi la crise des scolytes qui affecte l’épicéa et inonde le marché européen de grumes dévalorisées. Surprise, la réunion a convergé vers un grand optimisme. Les scieurs ont conclu sur la montée probable des prix des sciages. Ils ne se sont pas trompés.

 

 

Capture d’écran lors de la conférence européenne des résineux en octobre dernier. Les analystes prédisaient des hausses pour les sciages dans le monde.©JT

 

Une grogne du monde de la charpente après une tendance haussière des sciages

 

Jusqu’au début de l’année 2021, la situation est à peu près sous contrôle : les scieurs français travaillent en sur-régime et le marché est alimenté par les importations venant de pays voisins non impactées par des confinements. A noter que la matière première y est d’autant plus disponible que l’on y évacue aussi vite que possible les bois scolytés.

 

Début février, les réseaux sociaux commencent à se faire l’écho d’une grogne du monde de la charpente face à des augmentations de prix rapides qui tendent à manger les marges d’opérations insuffisamment ficelées.

 

Cependant, dans l’attente de la publication des fameux seuils de carbone de la RE2020, la filière retient un peu son souffle. Les principales organisations professionnelles du Bâtiment signent ensemble un communiqué contre la RE2020. Une pénurie et un renchérissement des produits en bois destinés à la construction risque de contribuer encore à remettre en cause cette Réglementation attendue depuis deux ans.

 

 

Jusqu’où montera l’épicéa ? C’est la grande question que se posent les forestiers suite à la tendance haussière des sciages. La réaction ne se fera sans doute pas attendre.© JT

 

En mars, les scieurs annoncent de probables hausses de prix

 

Vers le milieu du mois de mars, les signes d’une crise se multiplient. Sur le plan institutionnel, la fédération des scieurs publie un long communiqué éclairant la situation internationale et annonçant l’éventualité d’une hausse des prix.

 

Un peu plus tard, la fédération allemande de l’emballage publie un communiqué alarmiste sur les risques d’un dysfonctionnement de toute l’activité logistique allemande, pour la simple raison que les fabricants de palettes manquent de bois.

 

Ensuite, la FFB repercute dans une conférence ses craintes sur une hausse générale des matériaux de construction, couplée à une pénurie. Cette fois, il apparaît que le bois, pour des raisons qui sont les siennes, risque de suivre une situation fortement haussière qui sévit déjà pour l’acier et les métaux, mais aussi la plasturgie dont le PSE.

 

 

Mélèzes sur pied. Est-ce que l’actualité américaine va impacter durablement les autres essences résineuses, Douglas, mélèze, pins. N’est-ce pas aussi une opportunité pour essayer le pin d’Alep, les essences locales ?

 

L’UMB témoigne de difficultés dans tous les départements

 

La situation actuelle est caractérisée, selon Thierry Ducros, président de l’Union des métiers du bois, par une pénurie qui affecte tous les départements : « Contrairement aux augmentations que l’on constate dans le domaine de l’acier, de 30 à 40 % en trois mois, les augmentations constatées dans le bois sont encore limitées. L’écart le plus important relevé pour cette période est de 16%.

 

La pénurie touche tous les départements, concerne essentiellement le bois d’œuvre et l’OSB. Les délais de livraison habituels en bois d’œuvre, de trois à quatre semaines, sont passés de 10 à 12 semaines. Dans certains cas, les chantiers sont bloqués et engendrent une mise en chômage technique ».

 

La FFB, par l’intermédiaire de son président Olivier Salleron, a contacté Bruno Le Maire afin que, sur les marchés publics, les retards induits ne soient pas sanctionnés. « Il s’agit aussi de protéger les entreprises qui ont signé des contrats à prix fixe qui se trouvent confrontés à des chantiers où ils perdent de l’argent, d’autant que par exemple, dans la charpente, les ferrures et assemblages augmentent fortement ».

 

Et Thierry Ducros d’expliquer que l’on fait face au goulot d’étranglement des scieries, qui ont repris plus tard que le Bâtiment après le confinement et s’efforcent depuis de rattraper le temps perdu.

 

 

Jusqu’à présent, les efforts français se portaient vers des entraves de l’exportation de grumes notamment vers la Chine, afin d’alimenter la filière nationale et notamment la construction. Au moment où la RE2020 est mise à l’enquête publique, ce besoin est plus réel que jamais. ©JT

 

Lamellistes : tensions ou pas tension ?

 

A l’UICB (Union des industriels de la construction bois), un tour de table réalisé auprès les lamellistes après une première alerte ne permet pas de déceler une situation de crise. Elle concerne deux lamellistes, dont sans doute celui que Thierry Ducros cite comme fournisseur et qui a déclaré ne plus pouvoir prendre de commande et manquer de stock.

 

Par ailleurs, on entend dire que Piveteau n’accepte plus de commandes de nouveaux clients et qu’il compte revoir sa grille de prix. Ce qui cadre tout à fait avec la situation des fournisseurs internationaux de la construction bois française, et aussi des négoces.

 

Selon l’un des grands acteurs du marché, les courriers de scieurs et lamellistes, notamment allemands et autrichiens, pleuvent, dénonçant les conditions tarifaires courantes et aussi les conditions courantes de délais.

 

Dans certains cas, un charpentier qui veut modifier un détail sur une commande de CLT en cours se voit indiquer que cela rompt le contrat, que la commande sera réalisée selon un nouveau contrat avec de nouveaux délais.

 

Un nouveau contrat, cela peut facilement faire des sauts de 50 euros par m3, comme l’indique le quotidien autrichien du bois Holz-Kurier. Quant aux délais, toujours dans le domaine du lamellé, on entend dans certains cas que les clients devront attendre jusqu’à Noël 2021.

 

Si on écoute ce qui se dit sur le marché, on entend qu’en ce moment, les scieurs préfèrent vendre les sciages en direct plutôt que collés car cela leur garantit une meilleure marge. Quitte à dire qu’ils n’ont plus de bois plutôt que d’expliquer qu’ils l’on vendu ailleurs. Les américains paient en effet à l'avance les containers et des acheteurs sont sur les ports pour rediriger les bois. 

 

 

 

 

La demande de sciages d’épicéa américaine montre à quel point ce matériau de construction est prisé et adapté à une situation où les Américains fuient les villes et la pandémie. © JT

 

La demande de sciages d’épicéa américaine en forte hausse

 

Comme l’Europe n’a jamais disposé d’autant de bois d’épicéa, même scolyté, il est difficile de comprendre les tenants et aboutissants qui de plus sont en partie mondiaux. La FNB a expliqué que les scieurs français, pendant le confinement, ont tenté de trouver des nouveaux débouchés à l’export.

 

Ils se sont rendu compte que les USA achetaient tout et cher sans même faire intervenir un classement des qualités. Dans ce cas, évidemment, il est difficile de revenir vers le marché français sans obtenir de meilleures offres.

 

Cependant, la FNB ne précise pas le volume de ces exportations, tandis que le volume total des importations de sciage aux USA, venant de l’Europe, est certes plus important qu’avant, mais sans qu’il puisse perturber par sa seule ampleur tout le marché européen.

 

D’ailleurs, la Finlande, qui livre beaucoup de bois en France, néglige les exportations vers les USA. L’une des pistes de compréhension est que le marché américain fonctionne à partir des tiges en 2x4’’, et que ces dimensions correspondent à peu près à celles des lamelles de bois lamellé-collé.

 

Europe : les lamelles de bois frais de plus en plus coûteuses

 

En Allemagne et en Autriche, le bois brut est de moins en moins utilisé en construction, ce qui n’est pas le cas de la France. Une pénurie de lamelles peut y avoir des conséquences bien supérieures.

 

Enfin, les scieries germaniques fonctionnent davantage comme des multinationales. En clair, les lamelles de bois frais ont dépassé dans ces pays la barre de 300 euros/m3, tandis que le BLC standard en barres, de qualité visible, a grimpé en 6 mois de 400 à 600 euros/m3 en Italie et en Allemagne, estime le quotidien Holz-Kurier.

 

Pour ce qui est des BMA (Bois lamellé aboutés) allemands KVH, ils ont atteint 450 euros/m3. C’est beaucoup, mais on reste loin des montagnes russes du 2x4’’ depuis un an, la première envolée jusqu’à juillet ayant entraîné une profonde rechute dont le cours est actuellement remonté.

 

Il est donc tout à fait possible qu’à l’heure actuelle, les scieurs ont intérêt à tout scier en lamelles et à l’exporter aux USA, ce qui, évidemment, impacte les autres sections commercialisées en France. Mais de là à croire que chaque scierie française envahit le marché américain, il y a un pas à ne pas franchir.

 

Les principaux bénéficiaires de ce trafic sont les scieries déjà présentes de l’autre côté de l’Atlantique. Quand aux Français, si l’on en croit la FNB, la volonté semble être d’ajuster un peu plus les augmentations de prix françaises à celles des autres pays. Allez trop loin, c’est mettre en péril les entreprises de construction bois et tuer la poule aux œufs d’or.

 

 

Plus la construction bois avance vers des chantiers multi-étages, et plus la consommation de bois augmente. 100 maisons individuelles en bois ne correspondent pas à 100 logements. ©JT

 

Des tensions sur les sciages mais pas tous !

De fait, on entend que des tensions existent sur certains types de sciages, mais pas forcément sur tous les sciages. De sorte que la panique qui est en train de gagner la construction est quelque peu faussée.

 

N’oublions pas que dans l’Est, des bassins sous aspersion sont en cours pour stocker de l’épicéa frais et sain. La vraie pénurie viendra, mais un peu plus tard, quand les scolytes auront fini leur travail.

 

Source : batirama.com/ Jonas Tophoven  

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