RE2020 et logement neufs : une révolution culturelle à engager selon le Pôle Habitat-FFB

RE2020 et logement neufs : une révolution culturelle à engager selon le Pôle Habitat-FFB

Selon le Pôle habitat de la FFB, la future RE2020 est un système dont tous les composants sont liés entre eux. Modifier l’un des 6 indicateurs retenus entraîne immédiatement des répercussions sur les autres.






A la faveur d’un webinaire, l’Union FFB Pôle Habitat qui rassemble les acteurs du logements neufs – aménageurs fonciers, constructeurs de maisons et promoteurs immobiliers – , assistée de deux de ses partenaires de longue date, les BE Bastide Bondoux et ABM Energie Conseil , a présenté sa première analyse de la RE2020.

 

Pôle Habitat et ses deux partenaires ont procédé avec beaucoup de prudence, soulignant n'avoir pas encore accès aux textes sur la RE2020, ni au nouveau moteur de calcul.

 

En effet, comme l’indique le ministère du Logement, après qu’on lui a posé la question plusieurs fois avec insistance : « les consultations obligatoires ont commencé en décembre, la consultation du CSCEE (Conseil Supérieur de la Construction et de l’Efficacité Energétique) aura lieu la semaine prochaine. La consultation publique RE2020 aura lieu début 2021 ». D’ici là, patience !

 

Six indicateurs

 

Ce que nous savons officiellement de la RE2020 provient largement de la conférence de presse des ministres Pompili et Wargon, organisée le 24 novembre dernier.

 

Voici les principaux enseignements que FFB Pôle Habitat en a tiré. Pour qu’un bâtiment soit conforme à la prochaine RE2020, il devra respecter 5 indicateurs obligatoires, chacun imposant des planchers ou des plafonds à respecter.

 

Ce sont le Bbio et le CEP, déjà connus dans la RT2012, le CEPnr (CEP énergie non-renouvelable), Ic Composants (Indice carbone composant qui remplace l’indicateur EgesPCE du label E+C-), Ic Energie (l’impact carbone des consommations d’énergie du bâtiment durant 50 ans) et DH, un nouvel indicateur prenant en compte le confort d’été.

 

Un sixième indicateur – le carbone biogénique stocké – est pour l’instant « pédagogique » : son calcul est obligatoire, mais la RE2020 n’impose pas de valeur à respecter. Mais, comme le soulignait Olivier Mahu d’ABM Energie Conseil, il serait étonnant que cet indicateur demeure pédagogique bien longtemps.

 

La SHAB remplace la SRT de la RT2012

 

Autre modification importante, dans la RE2020, la SHAB – surface habitable – remplace la SRT ou Surface thermique inventée par la RT2012. En moyenne selon Olivier Mahu, la SHAB est toujours plus réduite que la SRT. Par conséquent, lorsqu’on calcule les besoins d’énergie du bâtiment (Bbio) ou sa consommation conventionnelle (CEP), pour obtenir les indicateurs en m².an, on divisera par moins de m². Ce qui renforce l’exigence de performance.

 

D’autant plus que la RE2020 incorpore les besoins de rafraîchissement dans le Bbio. Le Pôle Habitat s’est livré à une comparaison avec une maison de 90 m² en zone H2b. EN RT2012, son Bbio calculé est de 68,5 par m².an. Sans modifier les prestations, il monte à 89,3 dans la RE2020.

 

On le sait, les ministres l’avaient annoncé le 24 novembre, la RE2020 vise, dès le début de son application, une valeur Bbio diminuée de 30% par rapport à celle de la RT2012. Le Pôle Habitat qui gère un observatoire de la construction neuve dans lequel figurent 123 498 maisons et 22 000 logements collectifs, souligne que seulement 5% des maisons neuves vendues aujourd’hui affichent un Bbio ≤ Bbiomax – 30%. En collectif, seulement 9% des bâtiment atteignent Bbio ≤ Bbiomax – 30%. La marche à franchir sera très haute.

 

Un système aux composants étroitement imbriqués

 

Bon, qu’à cela ne tienne, il suffit d’améliorer le Bbio en isolant nettement plus les toitures, les murs extérieurs et les planchers. Mais tout renforcement de l’isolation pèse immédiatement sur l’indice Ic, la charge carbone des composants du bâti sur 50 ans.

 

Et, ajoute le Pôle Habitat, cet indice Ic devrait être accompagné d’un calendrier de réduction progressive. Par exemple une valeur de 600 à 700 kgCO2eq/m² (sur 50 ans) en maison individuelle en 2021, 1-15% en 2024, -25% en 2027 et enfin -40% en 2030.

 

Ce qui aboutirait à une valeur d’environ 370 kgCo2eq/m² en 2030.

 

 

 

Des valeurs Ic Composants de 370 kgCO2ep/m² en 2030 sont inatteignables sans généraliser la construction bois au détriment des autres modes constructifs. Pourtant, rappelle le Pôle Habitat grâce aux enseignements de son observatoire, seulement 6% des maisons neuves sont en ossature bois aujourd’hui et moins de 4% des immeubles collectifs neufs. ©PP

 

 

Les concepteurs, les Maîtres d’Ouvrage et les entreprises devront donc engager une révolution culturelle profonde pour atteindre les objectifs de réduction de l’empreinte environnementale des bâtiments.

 

Un autre aspect ressortait clairement de la démonstration du Pôle Habitat. On ne sait pas encore quand devra être calculé ce coefficient Ic : au moment du dépôt de permis de construire ou plus tard ? Quoiqu’il en soit, ce calcul ne pourra être réalisé qu’avec les FDES (Fiches de Déclarations Environnementales et Sanitaires) et les PEP (Profils Environnemental des Produits) disponibles sur la base Iniès .

 

Par conséquent, si le calcul est réalisé avec une FDES ou un PEP individuel - pour la peinture X ou la chaudière Y -, l’entreprise ne pourra pas changer de marque  sans que les concepteurs et le Maître d’Ouvrage ne refassent le calcul intégrant les nouveaux produits, de manière à vérifier que le bâtiment se trouve toujours sous les plafonds règlementaires Ic Composants.

 

Les valeurs annoncées pour l’indice Ic Energie écartent le gaz du marché du neuf

 

Les ministres avaient annoncé une valeur de l’indice Ic Energie, qui traduit le bilan carbone de l’énergie utilisée dans le bâtiment, de 4 kgCO2ep/m².an en 2021 en maison individuelle neuve. Ce qui écarte le gaz des maison neuves dès l’an prochain. Même en zones H1 et H1b ou sa part en maison individuelle est encore importante, ce ne sera plus possible.

 

En collectif, les valeurs Ic annoncées sont de 14 kgCO2ep/m².an en 2021, puis de 6 kgCO2ep/m².an en 2024. Aujourd’hui, selon l’observatoire de Pôle Habitat, 83% des appartements collectifs neufs sont chauffés au gaz, dont 60% en chaudières murales individuelles.

 

Les simulations, menées par Pôle Habitat et ses partenaires, montrent qu’aucune des solutions gaz habituelles ne passent sous ces plafonds, ni en maison individuelle, ni en collectif. En collectif, même la valeur de 14 kgCO2ep/m².an en 2021 sera très complexe à atteindre sans une importante réduction du Bbio. Qui, Pôle Habitat l’a montré, se traduit immédiatement par une forte augmentation du coefficient Ic Composants.

 

DH, le nouvel indice de confort d’été

 

DH (Degrés-Heures), le nouvel indice de confort d’été, quant à lui, possède trois niveaux : confortable (DH ≤ 350), inconfort tolérable (DH > 350) et inconfort inacceptable (DH > 1250). Le premier plancher, DH = 350 correspond à environ 1 semaine durant laquelle la température dans le logement dépasse de 2°C, en continu, le plafond de 26°C la nuit et de 26 à 28°C durant la journée selon les températures des jours précédent.

 

En dessous de cette valeur, le logement est considéré comme confortable en été et conforme. Si 350 < DH ≤ 1250, le logement n’est pas conforme. La méthode de calcul RE2020 lui impose des consommations forfaitaires de production de rafraîchissement, calculée à peu près de manière linéaire en fonction des valeurs DH. Cela pèse immédiatement sur l’indice CEP et doit inciter les concepteurs à entreprendre des mesures « passives » de réduction des températures.

 

Parmi les mesures passives, Pôle Habitat et ses partenaires citent le puits canadien qu’ils associent à un double-flux, les protections solaires (BSO) extérieures et, surprise, les brasseurs d’air. Ce sont ces grands ventilateurs au plafond qui semblent promis à une certaine popularité dans la RE2020. Toutes ces mesures, naturellement, influent négativement sur l’indice Ic Composant, sur Ic Energie et sur le CEP.

 

Enfin, si DH ≥ 1250, rien ne va plus. Cette valeur correspond à environ 25 jours en continu durant lesquels la température dépasse de 2°C la valeur de 26°c la nuit et de 28°C durant la journée. Le bâtiment n’est pas règlementaire et les concepteurs doivent remettre l’ouvrage sur le métier.

 

Tout en insistant sur le fait qu’il est encore bien trop tôt pour indiquer quelles solutions marcheront bien dans la RE2020, la présentation du Pôle Habitat montre que les concepteurs et les Maîtres d’Ouvrage devront abandonner leurs habitudes RT2012 et penser autrement pour produire des bâtiments conformes à la RE2020.

 


 

La démarche Monsieur Plus – plus d’isolation, plus de climatisation, … - ne fonctionnera pas en raison de l’imbrication entre les différents indices. Il faudra concevoir autrement. ©PP

 


Source : batirama.com / Pascal Poggi

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