RE2020 : comprendre la notion de « climatisation fictive »

RE2020 : comprendre la notion de « climatisation fictive »

La RE2020 prend mieux en compte l’inconfort d’été et fait un effort de réalisme en prévoyant une « climatisation fictive » dans les calculs lorsqu’un risque d’inconfort trop important apparaît.



Le constat est simple, certains bâtiments neufs quelques semaines ou quelques mois après leur livraison, montrent un inconfort d’été insupportable auquel les occupants remédient en installant un système de climatisation. En raison de cette installation, ces bâtiments très récents s’avèrent nettement plus consommateurs d’énergie que ne le prévoyait le calcul règlementaire.

 

La méthode de calcul de la RE2020, publiée le 21 avril, a prévu une nouvelle approche que l’on trouve page 1414 du document «Méthode de calcul Th-BCE 2020 » (voir Détails Méthodologiques dans le document zipé). Elle consiste à imposer une climatisation fictive dans les bâtiments dont le calcul laisse entrevoir un risque d’inconfort, donc d’augmenter leurs consommations d’énergie. De manière à ce que leurs consommations réelles soient proches des consommations calculées, si on y installe une climatisation après livraison : tordu, mais efficace.

 

Deux seuils d’inconfort dans la RE2020

 

Trois types de bâtiments sont concernés par la « climatisation fictive » : le résidentiel, les bureaux et les locaux d’enseignement. Les concepteurs de la RE2020 considèrent en effet que d’autres types de bâtiments, l’hôtellerie, par exemple, sont climatisés de toute façon et n’ont pas besoin de fiction.

 

La RE2020 met en place deux seuils d’inconfort à partir des valeurs d’un indicateur en Degrés Heures, noté DH et exprimée en °C.h. Cet indicateur DH est défini comme « la somme de l’écart entre la température opérative du groupe et la température de confort adaptatif. Le groupe est un rassemblement de locaux dans le bâtiment, comme déjà pratiqué avec la RT2012. La température de confort adaptatif est la température calculée heure par heure en fonction des températures des jours précédents.

 

Si DH > seuil haut, le bâtiment est trop inconfortable et n’est pas règlementaire, il faut reprendre sa conception. Si DH < seuil bas de l’indicateur, le bâtiment est considéré comme suffisamment confortable et présente « peu de risques d’installation de climatisation a posteriori ».

 

En revanche, si seuil bas < DH < seuil haut, le critère de confort est respecté, mais « il y a un risque d’installation d’une climatisation a posteriori ». Dans ce cas, le calcul des consommation Th-C est effectué en introduisant une climatisation fictive « représentative de la climatisation installée a posteriori ».

 

La méthode de calcul paramètre cette climatisation fictive de manière conventionnelle : l’utilisateur du logiciel de calcul ne peut intervenir.

 

Méthode de mise en place de la climatisation fictive

 

Deux conditions doivent être réunies pour lancer le calcul de la climatisation fictive. Tout d’abord, l’utilisateur du logiciel a choisi l’un des modes de calculs suivant Th-C, Th-BCE, Th-BCDE, bref l’un des trois modes dans lesquels est présent le mode de calcul Th-C. Ensuite, au moins l’un des groupes définis dans la zone d’un usage qui fait l’objet du calcul est non climatisé dans le projet.

 

Si ces deux conditions sont réunies, le calcul de climatisation fictive s’effectue de la manière ci-dessous :

 

 

Ensuite, les pages 1417 à 1446 du document (voir Détails Méthodologiques) détaillent les équations et la méthode utilisées pour le calcul de la climatisation fictive.

 

On peut en retenir que le système de climatisation retenu pour la climatisation fictive est identique pour tous les types de bâtiments. Il s’agit d’une pompe à chaleur froid seul sur air « extérieur / air recyclé » - ce qui n’est pas très clair – à compression électrique, avec un réseau de distribution d’eau glacée, une pompe et des émetteurs eau/air de type ventiloconvecteurs à soufflage d’air froid, comportant donc des ventilateurs. La régulation du système pilote à la fois le débit d’eau et la température d’eau du réseau, ainsi que la vitesse de rotation des ventilateurs des appareils terminaux.

 

Lors du calcul de la consommation de la climatisation fictive, seuls les locaux qui n’étaient pas climatisés sont concernés. Les locaux dans lesquels les concepteurs avaient prévu une climatisation conservent le système retenu et ne sont pas affectés par la climatisation fictive.

 

Á quoi sert la climatisation fictive ?

 

On ne peut pas poser directement cette question aux concepteurs de la RE2020 : les uns, dans l’administration, ne veulent pas répondre ; les autres, le CSTB et les BE qui assistent à l’accouchement de la méthode, sont tenus par des accords de confidentialité et ne peuvent pas répondre.

 

Seule certitude à ce jour : les textes publiés le 21 avril sont probablement provisoires et  la méthode de calcul RE2020 est susceptible d’évoluer.

 

Néanmoins, la climatisation fictive sert sans doute au moins deux objectifs. Le premier consiste à mettre le nez des concepteurs de bâtiments dans l’inconfort d’été. C’est un vrai problème en logement neuf et en tertiaire neuf en raison d’une mauvaise conception, d’un affaiblissement des spécifications techniques lors du chantier pour réduire les coûts, voire même pour ces deux raisons à la fois.

 

Ensuite, la climatisation fictive, telle qu’elle est décrite, repose sur une solution technique classique, relativement peu performante par rapport aux solutions disponibles aujourd’hui : pompes à chaleur sur boucle d’eau, systèmes à détente directe centralisés (DRV pour Débit de Réfrigérant variable, …), émission par dalle active ou plafond rayonnant, etc.

 

Bref, la climatisation fictive aboutit à des consommations importantes. Ce qui peut inciter les Maîtres d’Ouvrage et les concepteurs à prévoir une vraie climatisation performante lorsque le bâtiment se trouve dans la zone seuil bas < DH < seuil haut.

 



Source : batirama.com / Pascal Poggi

L'auteur de cet article

photo auteur Pascal Poggi
Pascal Poggi, né en octobre 1956, est un ancien élève de l’ESSEC. Il a commencé sa carrière en vendant du gaz et de l’électricité dans un centre Edf-Gdf dans le sud de l’Île-de-France, a travaillé au marketing de Gaz de France, et a géré quelques années une entreprise de communication technique. Depuis trente ans, il écrit des articles dans la presse technique bâtiment. Il traite de tout le bâtiment, en construction neuve comme en rénovation, depuis les fondations jusqu’à la couverture, avec une prédilection pour les technologies de chauffage, de ventilation, de climatisation, les façades et les ouvrants, les protocoles de communication utilisés dans le bâtiment pour le pilotage des équipements – les nouveaux Matter et Thread, par exemple – et pour la production d’électricité photovoltaïque sur site.

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