Construction neutre en carbone : le pari du pin d’Alep

Construction neutre en carbone : le pari du pin d’Alep

Après une décennie d’effort, l’essence localement abondante et techniquement performante suscite l’émergence d’une filière de construction en phase avec les objectifs de la neutralité carbone.



Légende : Malgré son nom, le pin d’Alep est une essence autochtone dans le Sud de la France depuis des milliers d’années.©BatirDemainPinAlep

 

Le volume sur pied du pin d’Alep est estimé à 14 millions de m3 en PACA. C’est peu comparé aux estimations relatives au Douglas en France (120 millions de m3) mais conséquent en termes de couverture : 145 000 hectares, toujours en PACA, selon l’observatoire régional de la forêt méditerranéenne ; 223.000 hectares selon l’ONF pour la même région, auxquels s’ajoutent 30.000 hectares en Occitanie.

 

On en trouve aussi dans la Drôme, l’Ardèche et la vallée du Rhône. Tandis que plus au nord, l’épicéa de plaine nous dit adieu et que le hêtre montre des signes d’essoufflement inquiétants, cette essence méditerranéenne est appelée à progresser à la faveur du changement climatique, tout comme d’ailleurs le pin maritime et le châtaignier.

 

Ses performances mécaniques en font un matériau local qui optimisera demain le bilan carbone des constructions bois du PACA. Par ailleurs, sa valorisation comme bois de construction permettra d’engager un cycle vertueux favorisant la reconstitution de forêts méditerranéennes, et pas seulement ces broussailles qui foisonnent après les incendies pour se consumer à nouveau vingt ans plus tard.

 

 

Les sciages de pin d’Alep donnent un bois clair plutôt plus performant en termes de performances mécaniques que les autres essences de la même famille.© BatirDemainPinAlep

 

Une décennie d’efforts

 

L’initiative est venue de l’amont forestier. Dès 2010, les communes forestières Provence-Alpes-Côte d'Azur, l'Office National des Forêts, l'Union Régionale des Syndicats de propriétaires sylviculteurs, le Centre Régional de la Propriété Forestière et la Coopérative Provence Forêt, regroupés depuis 2007 au sein de l’organisme France Forêt PACA, ont trouvé dans le développement de la valorisation du pin d’Alep un objectif commun, en travaillant sur la normalisation de cette essence.

 

Afin d’y parvenir, France Forêt PACA s’est constituée en association loi de 1901 en 2011. Le projet a ensuite été rejoint notamment par la Fédération nationale des communes forestières (FNCOFOR). Le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation a été le principal financeur avec la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, de cette valorisation du pin d’Alep qui aboutit sept ans plus tard par l’intégration de l’essence à la norme NF B52 001 des bois de structure.

 

Cela signifie qu’au même titre que le sapin, l’épicéa, le Douglas, le pin sylvestre, le pin noir, l’épicéa de Sitka, le pin à crochets, le pin laricio, le mélèze, le pin maritime, le pin d’Alep bénéficie désormais à son tour de règles spécifiques pour le classement visuel, dans l’attente de règles pour le classement mécanique.

 

On sait donc comment évaluer les performances mécaniques d’un sciage de pin d’Alep, et s’il peut entrer dans la composition d’un bois lamellé-collé, ou plus simplement d’une charpente traditionnelle ou industrielle, ou d’une ossature bois.

 

Selon Olivier Gaujard, le président de l’interprofession Fibois Sud, les performances mécaniques du pin d’Alep sont même un peu meilleures que celles des autres pins, mais il a été jugé plus sage et plus pratique de s’aligner sur celles de l’ensemble de la famille.

 

©BatirDemainPinAlep

 

La manne du bois d’oeuvre

 

A égalité avec le Douglas, mais à la différence du pin maritime, le pin d’Alep peut atteindre le classement C24. Pour ce faire, l’ONF vient de développer avec le bureau d’études Alcina un outil pour identifier la qualité du pin d’Alep sur une parcelle et éclairer les propriétaires forestiers.

 

Ainsi, ces derniers peuvent évaluer à l’avance la part de bois d’œuvre de leur parcelle, sachant qu’un tel usage devrait permettre une valorisation bien supérieure à celle, usuelle, de bois de trituration. Olivier Gaujard, le président de Fibois Sud a pris fait et cause pour le pin d’Alep, tout comme il a précédemment donné une impulsion décisive à l’émergence du bois-paille, ou bataillé pour la valorisation du pin laricio en Corse.

 

Son bagage lui permet d’aborder l’étape de la création d’un marché avec pragmatisme : « Il faut créer la confiance, y compris chez les banquiers, et penser dans leur sens », explique-t-il en se référant au travail accompli autour de la marque Bois des Alpes, qui va servir de repère pour l’émergence d’une filière locale de pin d’Alep.

 

 

L’utilisation du pin d’Alep en charpente est vernaculaire.  ©BatirDemainPinAlep

 

Quelles sections veulent les charpentiers ?

 

Les scieries qui s’engagent dans la transformation du pin d’Alep vont bénéficier de contrats d’approvisionnement. Afin de limiter l’immobilisation de capitaux par le stockage des sciages dans les petites scieries de la région, huit entreprises de charpente se sont engagées à stocker les sciages chez eux.

 

Quels sciages, au juste ? Eh bien, selon une démarche que l’on n’a vue que pour la mise en place à grande échelle d’une gamme standardisée de sciages d’épicéas, les Provençaux se sont adressés à l’Union des Métiers du bois afin de préconiser d’emblée les sections utiles pour les chevrons, solives, montants d’ossature, tasseaux et autres.

 

Selon Olivier Gaujard, il ne s’agit pas de renouer avec des sections vernaculaires, mais de viser l’optimal et le bon sens : « la section de 45 mm brut donne 40 en raboté, compatible avec le lamellé-collé. Les madriers en 125 mm donnent 120 en raboté ».

 

 

En parquet massif, le pin d’Alep donne un ton clair. ©BatirDemainPinAlep

 

Objectif multi-étage avec le pin d’Alep

 

Une fois que les charpentiers disposeront de sciages standard en stock, et sous réserve de résoudre la question encore en suspens du séchage, voire de l’aboutage, il faudra également trouver un exutoire à ces matériaux.

 

Fibois Sud, en phase avec Envirobat BDM, vise notamment les bâtiments d’habitation multi-étages. « Une maison individuelle en bois, cela représente 30 à 50 m3 de bois. Un immeuble de 7 étages, 1500 m3, ce qui permet de mieux concentrer les efforts », explique Olivier Gaujard.

 

Les petits collectifs seront générés par le travail de prescription conjoint des communes forestières et de la prescriptrice au sein de Fibois Sud. Mais aussi par le fruit des recherches menées depuis des années par Envirobat BDM en termes de confort d’été.

 

« Les épisodes caniculaires, qui sont malheureusement appelés à se multiplier, ne conviennent pas à des bâtiments qui disposent d’une trop grande inertie. Le bois et les isolants biosourcés permettent d’optimiser l’inertie d’un bâtiment bois en termes de confort d’été, en adoptant bien sûr les bons réflexes en matière de conception bio-climatique méditerranéenne », explique l’ingénieur bois.

 

 

Table en pin d’Alep ©BatirDemainPinAlep

 

20 postes à pourvoir chez les huit charpentiers partenaires

 

Depuis 2010, la caractérisation mécanique du pin d’Alep a constitué une grande étape mais beaucoup reste encore à faire. Le stock de sciages chez les charpentiers n’est pas encore constitué, et ces derniers voient actuellement leurs carnets de commandes déborder, le temps leur manque autant que les effectifs.

 

« Au total, chez les huit charpentiers partenaires, il y a actuellement vingt postes à pourvoir » explique le responsable. Multiplier les appels d’offres en pin d’Alep serait actuellement bien risqué, car même des projets en bois courant restent parfois sans offre ces derniers temps. Il convient de faire bouger tous les curseurs de la filière avec doigté pour ne pas créer des blocages ou des goulots d’étranglement.

 

« La filière bois du PACA est galvanisée par la perspective de disposer d’un excellent et abondant bois d’œuvre local, en circuit court, permettant de réaliser des ouvrages à bon bilan carbone et de propulser la région parmi les grandes régions de la construction bois de demain », conclut l’infatigable Olivier Gaujard, qui prépare déjà un coup complémentaire : la revalorisation de la production de chêne-liège dans le Var.

 


Source : batirama.com/ Jonas Tophoven

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