Marion Irastorza, notre dame de la charpente

Marion Irastorza, notre dame de la charpente

À ce jour, une seule femme, Marion Irastorza, a été admise comme Compagnon charpentier en ayant achevé son tour de France.



70 femmes environ exercent en France le métier de charpentier et 8 suivent une formation de charpentier chez les Compagnons du Devoir (contre 360 garçons). Marion Irastorza, est la seule admise comme Compagnon en ayant achevé son tour de France.

 

Son nom de compagnon est Basque la Fraternité. Basque, Marion Irastorza l’est d’origine et jusqu’au bout des ongles, selon elle. Une région qu’elle a pourtant dû quitter pour devenir charpentier.

 

Charpentier ? Si Marion ne milite pas pour une féminisation de la désignation du métier, c’est qu’elle a eu déjà assez à faire pour aller jusqu’au bout de sa formation dans un milieu viril et parfois hostile. Elle s’inscrit d’abord à Bordeaux dans un IUT de génie civil avec l’orientation bois et construction, puis rejoint les Compagnons du Devoir.

 

Une forte pression sur les épaules

 

Un peu de vocabulaire : quand on suit un apprentissage chez les Compagnons, on est désigné(e) « aspirant » une fois qu’on part sur le tour de France, et quand on va avec succès jusqu’au bout de la formation, on est reçu(e). . Avant Marion, une femme charpentier a été adoptée par les Compagnons du Devoir, en 2007.

 

Alsacienne, elle exerçait déjà la profession, suivant les cours du soir. Exemptée de tour de France, elle a exceptionnellement été reçue.

 

Tantôt, elles ont jeté l’éponge en route. Tantôt, elles ont buté sur un mur à la dernière marche, les compagnons charpentiers leur faisant comprendre qu’elles ne seraient pas reçues de toute façon : « La pression subie par les femmes est importante », explique Marion, « les femmes doivent apporter la preuve qu’elles s’en sortent aussi bien que les hommes et pour le coup, en pratique, il faut qu’elles s’en sortent deux fois mieux ».

 

Courage, persévérance et féminisme

 

En tout cas, dix ans après la femme charpentier alsacienne, Marion a tenu bon et a accompli son tour de France. Elle a même bouclé en cours de route son diplôme de génie civil, pour lequel il lui manquait encore une unité de valeur.

 

Elle a su s’imposer, quand bien même l’entrée des femmes en compagnonnage a bien manqué de provoquer une scission chez les Compagnons charpentiers, comme cela est déjà arrivé pour d’autres métiers du compagnonnage : « Il n’y a pas eu de scission mais depuis, un certain nombre de compagnons boudent les réunions ».

 

Aux candidates, Marion conseille de faire preuve de courage, de persévérance et … de féminisme. Car il n’est pas question de renier sa féminité. Ne serait-ce que parce que le bois, plus sans doute que d’autre matériaux de construction, rend cela possible : « Le bois, c’est une odeur, un toucher, et cela évoque pour moi naturellement des courbes, signe de féminité ».

 

Un métier physique

 

Le métier reste un métier physique et si Marion Irastorza s’imagine comme évoluant vers la conduite de travaux, ce n’est pas seulement parce qu’elle a été propulsée compagnon prévôt en charge de la maison des Compagnons du Devoir de Reims et Epernay. C’est aussi parce qu’elle sait et assume que le travail est usant et peu compatible, à terme, avec une vie de mère.

 

Pour l’instant, elle assume les fonctions de Prévôt de la maison des Compagnons du Devoir de Reims / Epernay en Région Grand-Est, mais c’est strictement dans le cadre du devoir de restitution auquel s’astreignent les compagnons pour une durée de trois ans. Ensuite, elle compte bien retourner sur les chantiers, où elle apprécie particulièrement « la vision à 360° » : « On a un regard immédiat, le soir, sur le travail accompli pendant la journée, et c’est valorisant ». Et la femme ajoute : « On construit un toit, un abri », on aurait envie de lire « un nid ».

 

Gardez la dame

 

Notre-Dame ? Prévôt à Reims, elle a été contactée par le quotidien local dans les jours qui ont suivi l’incendie, corrigeant ce que tout le monde répétait alors, à savoir qu’une reconstruction de la charpente en bois serait impossible.

 

Si l’occasion se présente, elle irait bien faire partie de ceux qui pourraient bien prouver le contraire : « Mais ce ne sera pas pour m’en gausser », précise-t-elle, « juste pour faire l’expérience d’un grand chantier ». Marion Irastorza pourra sans doute aller au bout de son devoir de restitution et ensuite, on verra bien. Mais tout de même : une femme charpentier sur un chantier comme celui de Notre-Dame, quelle belle façon de souligner que le bois est bien le matériau de notre temps !


Source : batirama.com / Jonas Tophoven

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