Notre Dame : 15 ans de travaux et un cas stratégique en termes d'emplois

Notre Dame : 15 ans de travaux et un cas stratégique en termes d'emplois

Lors des Rencontres du Medef à Paris-Longchamp, la FFB a invité les parties prenantes à présenter l’avancement du chantier dont le cas est jugé stratégique en termes de recrutement de personnel et de formation.



Quel est l’état des lieux du bâtiment plus de quatre mois après l’incendie de la cathédrale de l’Île de la Cité ? Comment les entreprises de construction et les organisations professionnelles s’organisent-elles pour relever le défi de sa reconstruction ? À l’occasion des Rencontres des Entreprises de France organisées par le Medef à l’hippodrome de Longchamp, la FFB a invité les parties prenantes à présenter les dossiers en cours.

 

Les chantiers qui se sont déroulés dès le lendemain de l’incendie du monument ont uniquement eu pour objet de sécuriser et nettoyer l’ouvrage. « Notre Dame n’est pas encore sauvé, a précisé Jacques Chanut, président de la FFB. Une centaine de personnes y travaillent. » Le chantier a d’ailleurs repris après la période de fermeture imposée par le Préfet de Région, mi-juillet.

 

Frédéric Letoffé, président du GMH-FFB (groupement des entreprises de restauration des monuments historiques), livre un calendrier plus précis. « Les opérations de sécurisation dureront jusqu’au 1er semestre 2020. Nous pourrons ensuite commencer le diagnostic de la structure. »

 

 

Frédéric Letoffé, président du GMH-FFB. La nef pourrait être accessible au public d’ici 5 ans, mais le chantier de reconstruction de la toiture demandera 10 à 15 ans.

 

Cependant, depuis le 16 avril, de nombreuses opérations de confortement de l’ouvrage ont été réalisées : dépose des vitraux, étaiement des pignons et arcs-boutants et tout récemment, création d’un platelage au-dessus des voutes de la nef. Cette dernière structure permettra d’intervenir pour retirer les gravats encore présents sur les voûtes puis de les inspecter plus précisément. D’ailleurs, un travail de mesure de l’ouvrage est entrepris pour vérifier les mouvements du bâtiment après le sinistre en les rapprochant des nombreux fichiers 3D qui avaient été réalisés depuis une dizaine d’années.

 

Enfin, prochainement, un échafaudage va être mis en place par-dessus celui ruiné par l’incendie afin de le retirer. Les éléments métalliques fondus et désormais soudés seront précautionneusement découpés.

 

 

Le prochain chantier consistera à poser un échafaudage pour retirer celui au-dessus du transept qui a été ruiné dans l’incendie.

 

Un lancement des travaux fin 2020

 

À l’issue de ces travaux, la phase de diagnostic s’intéressera particulièrement aux maçonneries de la nef ainsi qu’aux pignons, murs périphériques, dits gouttereaux, et arcs-boutants. En raison du déversement d’eau pour contenir l’incendie, Frédéric Letoffé s’attend en particulier à découvrir d’importants dégâts au niveau des joints de maçonnerie des voûtes de la nef. Déjà, les trois pignons sont à refaire en totalité.

 

Ce calendrier indique un commencement des travaux à partir du second semestre 2020. Si l’on tient compte des délais pour l’organisation du concours d’architecture, selon Frédéric Letoffé, il est probable que la nef soit accessible au public en 2024, mais la reconstruction complète demandera « 10 ou 15 ans », estime-t-il. Par ailleurs, selon lui, ce chantier devrait maintenir un ouvrage à l’identique, avec charpente en bois et couverture en plomb. « L’ouvrage du 13e siècle est conçu pour recevoir une telle charge ; une couverture plus légère aurait des conséquences dommageables sur la maçonnerie », explique-t-il.

 

Valoriser les métiers du patrimoine

 

Autre grande interrogation au sujet de cette reconstruction : comment rassembler les compagnons des différentes disciplines ? Pour Michel Guisembert, coordinateur de Chantier de France, « il faut dire à la jeunesse : nous avons quelque chose de grand à réaliser. C’est une véritable opportunité pour la formation et la conservation des savoirs. »

 

Cependant, le sujet est épineux, notamment en raison des quelque 2 000 chantiers déjà en cours à travers la France et qui pourraient être vidés de leur main d’œuvre si les moyens humains étaient prioritairement fléchés vers Notre Dame. Les entreprises et les centres de formation des apprentis reconnaissent un regain d’intérêt des jeunes pour les métiers du bâtiment depuis ce printemps. Les professionnels soutiennent qu’à cette occasion, il faut absolument éviter de les leurrer et leur donner plus de visibilité sur les professions : conducteurs de travaux, architectes des monuments historiques…

 

Ensemble, le GMH-FFB et Chantier de France ont prévu des campagnes d’information en intervenant dans les écoles primaires et les collèges. Leur message : les métiers du bâtiment font partie des choix de profession ; ils ne doivent plus être relégués au rang de métiers par défaut.

 

Une bouée de sauvetage est aussi proposée par la Région Île-de-France qui lance, le 13 septembre prochain, son Campus des métiers du patrimoine. Cette nouvelle institution prendra place, à partir de 2022, dans les Écuries du château de Versailles. Avant cette date, ce campus tiendra des cours et des conférences. Selon Michel Guisembert, le cas Notre Dame est stratégique : « Si nous réussissons cette reconstruction, ce sera une occasion de faire d’autres choses sur le patrimoine en France et de tirer cette filière vers le haut. »

 

 

La préparation du chantier s’est poursuivi ces derniers mois par la consolidation des pignons, des arcs-boutants, et le retrait des vitraux.

 

Le nerf de la guerre…

 

Après la publication, fin juillet, de la loi instituant la souscription nationale pour la reconstruction de la cathédrale de Paris, Bertrand de Feydeau, vice-président de la Fondation du Patrimoine, se dit satisfait par ce texte. L’établissement public de gestion du chantier est adapté « aux exigences légitimes des mécènes ». En particulier, cette loi crée la possibilité de rédiger des conventions avec les donateurs pour les assurer de l’affectation des dons.

 

Lancée dès le 15 avril, la souscription a d’ores et déjà permis de rassembler 100 M€ ; 800 M€ sont promis par les donateurs et devraient être versés au fil du chantier. Cependant, personne n’est en mesure d’indiquer le montant total de ce chantier en l’absence de tout diagnostic à ce jour.

 

Le Préfet plombe l’ambiance

 

Sujet de polémique des dernières semaines, le plomb fait partie, selon Frédéric Letoffé, du quotidien des entreprises de restauration des monuments historiques. « Les procédures de sécurité appliquées sont traditionnelles et optimales. » L’intervention de la Préfecture de la région Île-de-France au mois de juillet a eu pour effet de rajouter des procédures de mise en sécurité des opérateurs, avec essentiellement la création de sas permettant aux intervenants d’éviter toute contamination, et l’installation de douches. Pour autant, avant la mise en place de ces mesures, « aucun personnel n’a été contaminé », tient à rappeler Frédéric Letoffé.

 

Pour Didier Durand, PDG de l’entreprise Pierrenoêl et coordinateur du chantier du lendemain de l’incendie au 15 juillet dernier, ces mesures exceptionnelles ne se justifiaient pas. « Nous avions déjà des douches. » Il s’est même montré publiquement très direct vis-à-vis de Michel Cadot, Préfet de Région, qui a imposé ces mesures et demandé l’interruption du chantier au cours de l’été : « Il a eu peur de finir ses jours en prison ! » Mais les intervenants reconnaissent qu’il était dans son droit : la Direction régionale des affaires culturelles est maître d’ouvrage de la reconstruction, le Préfet de Région est le responsable du chantier et a autorité en la matière.

 


Source : batirama.com/ Bernard Reinteau

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