La construction de Hong Kong face au changement climatique

La construction de Hong Kong face au changement climatique

Désignée comme la ville la plus surélevée du monde, Hong Kong est exposée aux bouleversements climatiques, et tente de s’adapter sans remettre en cause ses principes constructifs.





Seul un quart du territoire de Hong Kong est bâti, en grande partie d’ailleurs sur des polders, et seulement 4% occupé par des logements. Et pourtant, ce petit espace héberge aujourd’hui plus de 7 millions d’habitants sur quelque 1000 km2. La densité est l’une des plus fortes du monde, et bat le record mondial dans le quartier de Mong Kok (130 000 habitants par km2). 

 

Ceci est rendu possible par la multiplication de hautes tours d’habitation de plus de vingt étages, et au moins en partie par l’exiguïté des appartements dans une ville où les prix de l’immobilier comptent eux aussi parmi les plus chers du monde. Il va sans dire que la climatisation de ces millions d’appartements subtropicaux est de rigueur, tout comme celle des nombreux espaces tertiaires qui sont encore plus gourmands en énergie.

 

Les tours montent si haut que le béton s’impose comme technique constructive. L’acier et les éléments préfabriqués ne jouent qu’un rôle secondaire. Alors que les parcelles sur lesquelles elles s’élèvent ou se renouvellent sans cesse sont souvent de taille réduite ou en dent creuse,  ces ouvrages doivent pour ainsi dire s’élever de l’intérieur, y compris pour les fondations, en gênant le moins possible le fonctionnement du reste de la ville.

 

Traditionnellement, l’accès à la rue est régi par une entrée du chantier réalisée en acier, et pourvue d’un portail opaque. L’ouvrage s’élève dans un cocon d’échafaudages en bambou pourvus d’une nasse qui le soustrait à la vue. Il en va d’ailleurs de même au cours de la vie du bâtiment.

 

La façade souvent lisse pour les immeubles tertiaires nécessitera le cas échéant, notamment à la suite du virulent typhon Mongkut en septembre dernier, la construction d’un échafaudage aussi vite érigé que masqué. Il en va de même pour les façades plus dentelées des grands immeubles, avec leurs places assignées à chaque étage pour les blocs de climatisation, et des réseaux de fluides apparents car à l’abri du gel et d’autant plus complexes qu’il s’agit d’alimenter les sprinklers.

 

 

Le plus haut gratte-ciel atteint la hauteur du sommet des collines escarpées.

 

Composite buildings

 

Hong Kong n’est pas la seule mégapole confrontée à une sur-densification, mais c’est sans doute l’une de celle où le mécanisme est poussé le plus loin en termes de surélévation. Car il n’y a pas de favelas à Hong Kong, pas de mitage de l’espace suburbain. Jusqu’au début du XXe siècle, la hauteur des immeubles, notamment dans les quartiers chinois, était strictement contingentée à la Haussmann, en fonction de la largeur des rues. S’ajoutaient les quartiers en bordure immédiate de la mer, couverts de bicoques en bois.

 

A partir des années 30, en prolongement direct du Bauhaus, apparaît le modèle des ‘composite buildings’ : le socle occupe l’intégralité de la parcelle jusqu’à une hauteur de 15 mètres, et il est consacré aux activités diverses.

 

Au-dessus se dressent des immeubles d’habitation occupant une surface au sol plus réduite, permettant une ventilation et un éclairage de la rue. Après la guerre, les vagues successives d’afflux de réfugiés chinois ont fait grimper inlassablement les immeubles. Une main d’œuvre laborieuse nouvelle et nombreuse ne demandait qu’à exercer son activité sur un territoire étroit et pénalisé par l’embargo occidental de la Chine Populaire.

 

Les centaines de gratte-ciels qui ont surgi plus récemment suivent encore cette approche mixte sur un autre mode : zone commerciale en bas, hôtels, bureaux et parfois logements de luxe au-dessus.

 

 

Exemple de bâtiment d’angle à fonction composite dont la courbure rappelle le Bauhaus.

 

Baux emphytéotiques

 

Jusqu’à maintenant, le système un peu particulier de ce territoire a fonctionné : tout le foncier lui appartient, il commercialise des terrains pour des baux emphytéotiques de 50 ans vendus aux enchères.

 

Le territoire attire les investisseurs car il prélève peu de taxes, le foncier est libéré au compte-goutte, y compris pour préserver les flancs abrupts des collines, et s’arrache à prix d’or, de sorte que les constructions montent toujours plus haut.

 

Chaque leader coté à la bourse de Hong Kong veut avoir sa tour qui symbolise aussi son cours. La ville attire une population aisée et cosmopolite, et l’on voit émerger par ailleurs la catégorie des logements incluant le service, en partie proposée par les grands hôtels, ou de façon autonome, afin de répondre aux attentes d’une population étrangère de passage.

 

A l’autre extrémité, une partie de la population autochtone se tasse dans des appartements subdivisés en cellules d’habitation. Il existe aussi des logements sociaux, depuis peu quelques appartements pour primo-accédants proposés à un prix nettement inférieur à celui du marché (-38%). Mais le problème est si vaste que le gouvernement hésite entre une relocalisation contestée de la population sur la terre ferme chinoise de provinces proches, ou la construction de nouvelles tours sur des polders, voire des îles artificielles.

 

 

Une dent creuse en centre ville, qui ne le restera pas longtemps.

 

Course contre la montre

 

Hong Kong se doute bien que les choses ne pourront pas continuer éternellement ainsi, ne serait-ce qu’à cause des conséquences du changement climatique, de la remontée inéluctable du niveau de la mer (1 mètre d’ici la fin du siècle). Le territoire s’est rangé sous la bannière de la déclaration de Paris sur le climat de 2015, et procède en conséquence.

 

Comme en France, les bonnes intentions et les objectifs ambitieux affichés souvent à un horizon pas trop proche ont un peu de mal à changer la donne dans les faits. Ce qui ne veut pas dire que rien n’est fait. La ville est riche et elle a tout intérêt à préserver son capital immobilier face notamment aux typhons de plus en plus violents.

 

Ainsi, des programmes de stabilisation des versants sont exécutés sans attendre, et d’immenses réservoirs souterrains ont été créés pour accueillir d’éventuelles précipitations massives. Cela suffira-t-il ? Au début de l’automne 2018, le typhon Mangkut a dépassé les bornes, déracinant 1500 arbres du Territoire et faisant vibrer les gratte-ciel au point d’en briser certaines fenêtres que les échafaudeurs s’appliquent désormais à rendre accessibles aux réparations.

 

 

Les engins de construction doivent savoir agir dans un mouchoir de poche.

 

Changement climatique social

 

Le match ne se joue pas seulement sur le plan de la résistance aux cyclones, mais prendra sans doute des formes plus insidieuses. L’été de Hong Kong a toujours été perçu comme pénible, au point que les Anglais se sont approprié les hauteurs en exclusivité pour accéder à un peu de brise et de fraîcheur.

 

Désormais, le métier d’échafaudeur peine à éveiller des motivations, tant les interventions sont éprouvantes le long de façades absolument pas bioclimatiques, dont les interminables rangées de climatiseurs réchauffent encore davantage l’air. De sorte que les échafaudeurs n’interviennent alors souvent que la nuit. 

 

Quant à la main-d’œuvre du Bâtiment, chiffrée à plus de 400 000 personnes, elle vieillit sans parvenir à se renouveler, sans doute pour des motifs analogues. Difficile dans ces conditions d’envisager sereinement la mise en œuvre d’investissements constructifs estimés à près du double dans les dix années à venir, en comparaison de la bouillonnante décennie accomplie.

 

 

Le chantier s’effectue derrière un portail provisoire en acier.

 

Le vivre bio du village global

 

Malgré quelques opérations-phares portées notamment par Bouygues et ses filiales implantées de longue date, la construction durable en est encore à ses balbutiements. Le recours aux panneaux photovoltaïques n’est pas nouveau du tout mais il n’imprime guère sa marque sur les ouvrages.

 

Les donneurs d’ordre auront tendance à suivre davantage les préceptes du feng shui que ceux de l’architecture bioclimatique. Les labels anglo-saxons dominants, Bream et dans une moindre mesure Leed, permettent d’atteindre des niveaux de performance rassurants sans aborder de front la consommation d’énergie et le bilan carbone, et sans remettre en cause les codes architecturaux internationaux associés à ces expressions de puissance.

 

Au point que le Territoire a décidé de montrer l’exemple à partir de son propre parc immobilier. D’ailleurs, l’autorité monétaire multiplie actuellement les initiatives pour devenir le leader mondial de la finance verte. Et des voix s’élèvent pour dénoncer l’inadéquation entre ces velléités et la pratique constructive, en comparaison avec d’autres mégapoles asiatiques plus volontaristes, comme Singapour.

 

Les raisons invoquées sont alors moins d’ordre moral que pragmatiques : Hong Kong veut attirer les talents du monde ; or, ces derniers sont de plus en plus sensibles à un environnement constructif adapté. De sorte que la construction verte, durable, peu émissive, devrait connaître ici un bel avenir.

 

 

Le rez-de-chaussée d’un ouvrage en construction et son fatras

 

 

Discrète intervention pour réparer une verrière suite au passage du typhon Mangkok

 


Source : batirama.com/ Jonas Tophoven

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