Rabia Enckell promeut la démarche groupée participative… en bois

Rabia Enckell promeut la démarche groupée participative… en bois

Livré cet été, l’immeuble de 26 logements en bois ’Arche en l’Ile, se distingue par une élaboration participative dont l’assistant à la Maîtrise d’Ouvrage est Rabia Enckell, fondatrice de Promoteur de Courtoisie Urbaine.






Dans l’habitat participatif, quels sont les modes constructifs les plus demandés ?

 

Nous remarquons régulièrement que les projets d’habitat groupés veulent être en bois, en tout cas au début. S’ils ne sont finalement pas en bois, c’est pour des raisons de moyens. D’ailleurs, tout l’Ecoquartier Fluvial de l’Ile-St Denis aurait dû initialement se faire en filière sèche, comme il était fléché bas carbone. Et quand je les ai rencontrés, les élus souhaitaient que l’immeuble soit en bois, car il n’y en avait pas encore, à part quelques immeubles habillés en bois.

 

Est-ce pour cela que vous avez fait appel à l’architecte Julien Beller ?

 

 Je voulais travailler avec Julien Beller pour sa démarche participative éprouvée dans le cadre de ses projets antérieurs. Je savais qu’il manie bien le bois, mais c’est tout. Et quand on a commencé à travailler avec les habitants, nous sommes réellement partis d’une page blanche. Tous les acteurs, dont l’urbaniste de la ZAC, le promoteur Quartus, l’aménageur SEM Plaine Commune Développement, le bailleur Plaine Commune Habitat, ont joué le jeu du participatif pleinement, autant que possible. Plus tard, il a bien fallu faire quelques arbitrages, mais nous avons respecté la volonté des futurs habitants autant que possible.

 

 

Le bâtiment de l’Arche en l’Ile, au fond à droite, vu du futur Village Olympique des JO de 2024 ©Rabia Enckell

 

Comment la volonté des habitants s’est-elle exprimée ?

 

Les futurs habitants ont participé à différents ateliers collaboratifs tels que : un atelier sur les procédés constructifs, un atelier stratégie de desserte horizontale (par coursive ou par couloir intérieur), un atelier imaginaire architectural… En fait, nous avons constitué plus de 15 ateliers, à un rythme d’un atelier toutes les trois semaines, dont les thématiques se suivaient. Dès le début, lors de l’atelier imaginaire architectural, les membres du groupe constitué au début sont arrivés tous avec des photos d’ouvrages en bois, de Fribourg, de Genève, Montreuil…

 

Un souhait inconditionnel ?

 

Pas tout à fait. Quand, dans un second temps, on a travaillé sur les coursives, très vite, des inquiétudes ont pointé : le bois ça brûle, est-ce que ça dure vraiment longtemps, qu’est-ce qu’on en fait quand on construit haut ? Il faut dire qu’en 2012-2013, un R+4 en bois était inhabituel, osé.

 

Il y avait parmi les futurs habitants des fanas du bois, il leur fallait du bois partout, mais il y en avait aussi qui disaient qu’ils ne veulent pas habiter dans le bois du matin au soir, d’où l’habillage en plaques de plâtre qui l’a emporté même si cela a été frustrant pour certains. De toute façon ; on n’a pas pu faire autrement pour des raisons acoustiques et thermiques.

 

La performance acoustique d’un immeuble d’habitation multi-étage en bois a-t-elle été un enjeu ?

 

Oui. L’ingénieur Yves-Marie Ligot, BE bois de cette opération (conception et réalisation), nous a tous convaincu, et le maître d’ouvrage, Quartus, lui a fait confiance, il a engagé sa responsabilité morale. A l’époque, nous craignions tous que le procédé de certification Cerqual soit bloquant pour le volet acoustique, avec des escaliers et des cages d’escalier en bois.

 

Quartus craignait cette étape, qui arriverait trop tard, et le promoteur était lui-même redevable de cette certification vis-à-vis de ses repreneurs (habitants, bailleur social Plaine Commune Habitat). On était encore en phase APS, nous nous sommes tous soutenus et nous n’avons pas voulu aller contre la volonté des habitants. Il fallait faire confiance à Yves-Marie Ligot jusqu’à la phase des tests acoustiques sur le chantier. On ne voulait pas lâcher le tout bois à cause de ça.

 

Comment avez-vous géré le surcoût du bois ?

 

Le bois, c’est facilement plus cher de 7 ou 8 %. Le prix de vente n’est pas extensible. Les foyers étaient limités dans leurs moyens et il n’était pas possible d’augmenter les moyens du promoteur, via le prix de vente. Nous avons eu beaucoup de chance, car le promoteur Quartus a accepté un deal inhabituel et risqué pour le promoteur : on a consommé l’aléa dit « chantier » en phase études.

 

Là aussi, nous nous sommes fait confiance et la magie du participatif a opéré, une seconde fois. On savait que la situation était fragile et qu’il ne fallait pas avoir de problème de chantier. Heureusement, on n’a pas eu une entreprise défaillante à remplacer, comme cela est quand même assez régulier.

 

 

Promoteur de Courtoisie Urbaine a élu temporairement domicile sur le site très apaisé des Grands Voisins (ex Hôpital St Vincent de Paul à Paris 14e), qui lui va bien. © JT

 

Est-ce que cette réussite ouvre la voie à d’autres projets ?

 

Cela fait une référence, en France. L’Arche en l’Ile est un projet particulièrement mixte (socialement, âges, parcours résidentiels…) et les habitants ne se connaissaient pas pour la plupart, avant le projet, qui est à l’origine de la communauté habitante, et non l’inverse, comme c’est souvent le cas.

 

On est sur 26 foyers, 57 personnes environ et plus de 27 gamins. 12 foyers sont de niveau PLA-I (dont 9 seront locataires des logements sociaux, les autres accédant à TVA réduite). Du coût, l’objet social est vraiment là, ils sont en mixité avec d’autres qui accèdent, avec une charte de fonctionnement. Il y a quand même beaucoup d’innovations sociales qui ne se voient pas.

 

Nous avons réussi à créer un antécédent, pour le participatif, pour la construction bois. Car auparavant, j’ai entendu certaines personnes du territoire qui m’ont dit : « Tout ça, c’est bien, mais pas possible sur notre territoire ! » Collectivement, nous avons démontré que si !

 

Cela dit, vous avez bénéficié sur cette opération d’appuis importants…

 

Il est vrai que c’est un projet qui a été particulièrement soutenu, politiquement mais aussi financièrement, de la part de grandes fondations et institutions nationales. A présent, on a d’autres projets, on est en train de travailler des heures et des nuits pour obtenir 10 000 euros d’aides.

 

Celui-là, il a reçu pas moins de 580 000 euros d’aides, surtout pour porter des performances que les habitants ont souhaitées et pour lesquelles on n’avait pas de moyens. Il s’agit de performances sociales : tout le monde a accès à tout, soit plus de 100 m2 d’espaces communs construits et 400 m2 de toiture-terrasse collective.

 

L’accessibilité PMR va au-delà des exigences réglementaires. La grande terrasse est pour le coup vraiment démocratique, elle est accessible à tous parce que l’ascenseur monte jusqu’au 5e alors qu’il peut s’arrêter au 3e, cela a été rendu possible grâce à la CNAV.

 

L’opération est-elle pour vous reproductible ?

 

Promoteur de Courtoisie Urbaine travaille beaucoup dans le diffus. C’est rare que l’on nous propose une parcelle comme celle de l’Arche en l’Ile. J’ai pensé qu’on nous proposerait la parcelle la plus « ingrate ». Nous avons eu accès au contraire à la parcelle vitrine sur le vallon et orientée nord-sud, ce que nous voulions pour une architecture bioclimatique.

 

Notre actualité, ailleurs, n’est pas de cet ordre. Assez souvent, nous nous retrouvons sur des parcelles dites « dents creuses », des sites très contraints, et dans lesquels pour le coup le bois s’impose parce que c’est la filière sèche, qu’il y a des voisins, qu’on est limité dans la base vie, l’accueil d’engins.

 

Quid des coûts réels ?

 

Le problème du surcoût du bois est frustrant. Actuellement, nous menons une petite opération à St Denis avec Julien Beller et Yves-Marie Ligot, on est dans un site contraint qui invitait à recourir au CLT, à la préfabrication complète en usine. Mais on peine à boucler le budget et j’espère que nous obtiendrons des aides. Il n’est pas possible d’augmenter, là aussi, l’effort des ménages, sauf à en exclure certains, ce qui est antinomique avec la démarche d’habitat groupé et participatif.

 

Vous vous positionnez actuellement sur la Zac des Groues à Nanterre, n’est-ce pas ?

 

Il s’agit du lot 3, porté par Lamotte Brémond, et qui devrait compter 150 logements. Un quartier en bois pensé par l’urbaniste Sonia Cortesse, avec les architectes Christian Hackel et Julien Beller. Mais nous n’en sommes encore qu’aux prémisses.

 

La promesse de vente du terrain devrait être signée cet été avec Paris La Défense (Epadesa). Le lot est découpé en micro-lots, et dans l’un d’eux, avec Julien Beller, il y a une opération mixte : coopérative, un immeuble en autopromotion, du locatif social et de l’accession avec co-conception. C’est une très belle opération qui associe la production d’énergie, la construction bois. Mais c’est encore très tôt, le projet peut encore changer plusieurs fois avant de se stabiliser. La volonté d’en faire là aussi un site d’excellence est très forte. Je suis confiante.

 


Source : batirama.com / Jonas Tophoven

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