À Rennes, un bâtiment de 40 logements est certifié passif

À Rennes, un bâtiment de 40 logements est certifié passif

Le « Mouvement Perpétuel » un bâtiment tout neuf de 40 logements à Rennes, est certifié Passif. Ce bâtiment est le plus grand jamais labellisé Passivhaus à l’Ouest de la France.


Espacil, un Maître d’Ouvrage social à Rennes, veut toujours rester un pas en avant par rapport à la règlementation thermique en vigueur. Le raisonnement de Jean-Yves Loury, Directeur du Développement et de la Construction chez Espacil, est simple et parfaitement logique : « il faut toujours être en avance pour être prêt à temps ».

 

Entre la prise de décision et la livraison, il faut 5 à 7 ans pour développer une opération de logements collectifs neufs. Si Espacil se contentait de respecter la Réglementation Thermique (RT) en vigueur au moment du dépôt de permis de construire, il est très probable qu’à la livraison, le bâtiment serait techniquement dépassé, rattrapé par les exigences d’une nouvelle RT.

 

Par conséquent, autant faire mieux que la RT en vigueur. Sous la RT 2005, Espacil construisait en BBC qui préfigurait la RT2012. Sous la RT2012, Espacil construit en Passif, bientôt en BEPOS (Bâtiment à Energie Positive).

 

 

 

Le déhanchement du bâtiment s’effectue au 5ième étage. C’est aussi un étage doté d’une hauteur sous plafond supérieure. Les architectes y ont installé la centrale double-flux collective Swegon, plutôt que de la placer en terrasse comme d’habitude. ©PP

 

Une torsade sombre

 

Espacil a donc commandé à Anthracite Architecture 2.0, le cabinet d’architectes animé par Marie-Caroline et Nicolas Thébault, un bâtiment de 40 logements sociaux au standard Passivhaus. Les architectes se sont entourés de Christophe Lemmonier (économiste, Cabinet Lemmonier), de Thomas Primault (BE Fluides et Thermique Hinoki), de MiKael Dutay chargé de la mission d’OPC (Organisation, Pilotage et Coordination du chantier, BE Arbatt).

 

Le bâtiment est situé dans la ZAC Beauregard Quincé au carrefour de deux trames d’aménagement de la ZAC. Plutôt que le construire face à l’une des deux voies, les architectes l’ont tordu – ils disent l’avoir déhanché - à partir du 5e niveau. Chaque partie – les niveaux 1 à 4, puis 5 à 7 – est donc alignée avec l’une des deux trames.

 

Ce bâtiment est le plus grand jamais labellisé Passivhaus à l’Ouest de la France, le deuxième plus grand dans la France entière. Selon Jean-Yves Loury, le bâtiment a convaincu dès la présentation du projet.

 

Pour les 1600 m² de façade, les architectes ont choisi le complexe isolant M62 de Myral, dont le revêtement aluminium arbore une teinte sombre. Les architectes considèrent qu’il s’agit plutôt « d’une teinte neutre, qui ne passera pas de mode, pour leur bâtiment « Mouvement Perpétuel », à la fois totémique et performant ! »

 

 

 

Les vêtures Myral M62 ont été recommandées par l’économiste de l’opération, Christophe Lemmonier. Les architectes étaient intéressés par leurs grandes longueurs qui permettaient de les poser d’un seul tenant sur toute la hauteur du bâtiment, sans joint horizontal. ©PP

 

Isolation par l’extérieur en deux couches

 

Il existe d’ailleurs à Rennes une sorte de pépinière d’acteurs de la construction passive, avec des cabinets d’architectes et des BE expérimentés. Il faut dire que la ville de Rennes exige de la performance énergétique dans les bâtiments neufs et Rennes Métropole – la communauté de communes rassemblant Rennes et les communes alentour -  a décidé en 2016 que chacune de ses opérations d’aménagement développerait désormais un îlot en label Passivhaus.

 

Pour obtenir un bâtiment passif, il faut concevoir une enveloppe performante. C’est le rôle des architectes et de Thomas Primault du BE Hinoki, l’un des spécialistes du passif en France. L’ITE (Isolation Thermique par l’Extérieur) a été retenue. Elle se compose ici de deux couches différentes.

 

Contre la structure béton banché de 180 mm du bâtiment, sont appliqués 160 mm de laine de verre, puis sans vide de construction, les panneaux M62 alu/PIR/alu de Myral, conformément à son Avis Technique n°2/14-1634, valable jusqu’au 30 septembre 2020. Ce qui donne une résistance thermique des parois de R = 7,64. Les ponts thermiques sont traités. Il ne reste que les ponts thermiques ponctuels des équerres métalliques qui fixent les vêtures M62 de Myral à la paroi maçonnée à travers la laine de verre.

 

 

 

Les panneaux MYRAL M62 pèsent 6 kg/m². Sur ce chantier, les dimensions des plus grands panneaux atteignent 0,5 x 12 m, soit 36 kg au maximum. Il faut 5 personnes et une nacelle pour poser un panneau de 12 m. ©PP

 

Fenêtres triple vitrage

 

Initialement, les concepteurs avaient choisi des fenêtres triple vitrage Internorm avec vitrage collé et protection solaire par store intégré entre les vitres 2 et 3 (en partant de l’intérieur). Mais voilà, elles n’avaient pas d’Atec et le Bureau de Contrôle, comme on dit, ne le sentait pas.

 

Les concepteurs ont donc choisi des fenêtres triple vitrage à menuiserie bois-Alu Tenso 66 du français Minco. Au moment des études de conception du bâtiment, les modèles Extrem 66 et Tenso 66 de Minco étaient les seules fenêtres bois/alu triple vitrage disposant de tous les certificats nécessaires (Atec, marquage NF Fenêtres bois, marque Acotherm, …) nécessaires pour apaiser le Bureau de Contrôle de l’opération. Pour minimiser les coûts, les concepteurs ont réduit le nombre de modèles utilisés pour bénéficier d’économies d’échelle.

 

 

 

En cours de chantier, un engin a embouti plusieurs lames M62. Elles ont pu être changées. Elle se composent d’un sandwich alu/PIR/alu. La densité du PIR atteint 55 kg/m3. Ce qui donne à la vêture une résistance R = 2,65 m².K/W. ©PP

 

Moins de 15 kWh/m².an pour le chauffage

 

Le résultat de tous ces efforts est un bâtiment de logements collectifs neufs dont les besoins de chauffage annuels n’atteignent que 14,3 kWhEP/m².an et un dimensionnement du chauffge inférieur à 10 W/m². Du coup, le chauffage est assuré par le vecteur air. Une centrale de ventilation double-flux Swegon Gold avec un rendement de récupération de chaleur > 85%, se charge de la ventilation hygiénique.

 

L’air neuf arrive à chaque logement par une gaine de 125 mm de diamètre. Cette gaine alimente un caisson équipé de bouches de soufflage, à raison d’une bouche par pièce à vivre dans le logement. Chaque bouche de soufflage possède un registre motorisé et une batterie eau/air alimenté par la station de chauffage urbain installé au rez-de-chaussée du bâtiment.

 

Ces bouches sont commandées par un thermostat par pièce à vivre. Il agit sur l’ouverture du registre et sur la vanne motorisée qui alimente chaque batterie air/eau. Il n’y a aucun autre émetteur de chaleur dans les logements. L’eau chaude sanitaire est collective, produite par la sous-station de chauffage urbain, accumulée dans deux ballons pour passer les pointes de puisage et distribuée par colonne dans les logements.

 

 

 

Tous les bâtiments de la ZAC Beauregard Quincé ont obligation de se raccorder au réseau de chauffage urbain. Dans ce bâtiment, il assure le complément de chauffage, avec régulation par sonde extérieure et par thermostat d’ambiance dans chaque pièce à vitre de chaque appartement, et la production d’ECS. ©PP

 

16% de surcoût

 

Le Mouvement Perpétuel, ce bâtiment de 40 logements certifié passif, a coûté 1425 €/m², soit environ 200 €/m² de plus qu’un bâtiment RT2012, soit un surcoût de 16%, selon Espacil et l’économiste Christophe Lemmonier.

 

Pour l’instant, Espacil ne sait pas encore construire Bepos avec un surcoût raisonnable. Mais du point de vue technique, la voie est claire : il suffit d’ajouter du photovoltaïque sur leurs bâtiments passifs.

 

 

 

Les panneaux M62 donnent au « Mouvement Perpétuel » un aspect compact, lisse et monochrome, rompu par le revêtement bois apparent dans les loggias, en sous-face du déhanchement au 5e étage et derrière les volets coulissants. ©PP

 

 

 

 

L’entreprise Feratte, dirigée par Deborah Gaignard, s’est chargée de la pose de l’isolant thermique : pare-vapeur sur le béton banché, laine de verre de 16 cm, équerres métalliques à travers la laine de verre et fixation des panneaux M62 de Myral. ©PP

 

 

 

Pour minimiser le coût, les concepteurs ont retenu un petit nombre de modèles de fenêtres TENSO 66 de Minco, dont seulement deux pour les porte-fenêtres : 1 ou 2 battants. Avec un triple vitrage de 48 mm, ces fenêtres atteignent Uw = 0,84 W/m².K pour une valeur Ug de vitrage de 0,5 W/m².K. Elles offrent aussi une isolation acoustique très importante avec RAtr de 43 dB. ©PP

 

 

 

 

 

Le déhanchement au 5e étage a permis aux architectes de créer des appartements inhabituels : plus haut sous plafond, dont un T7 avec deux belles terrasses. ©PP

 

 

 

 

 

 

Thomas Primault, du BE Fluides et Thermique Hinoki possède les diplômes CEPH et CEPH+ qui atteste sa compétence en conception de bâtiments passifs en construction neuve et rénovation, en tertiaire et en logement. ©PP

 

 

 

Le caisson double-flux Swegon Gold est installé au 5e étage. Des gaines d’air de 500 mm de diamètre montent et descendent depuis le local technique pour desservir les autres niveaux. A chaque étager, la distribution de l’air et la reprise sont assurées par des gaines installées sous le plafond des couloirs. ©PP

 

 

Source : batirama.com / Pascal Poggi

Articles qui devraient vous intéresser

Laissez votre commentaire

Saississez votre Pseudo (votre commentaire sera publié sous ce nom)

Saississez votre email (une alerte sera envoyée à cette adresse pour vous avertir de la publication de votre commentaire)

Votre commentaire sera publié dans les plus brefs délais après validation par nos modérateurs.

ARTIDEVIS Autopub

Produits





Articles

Votre avis compte

Le projet du nouvel aéroport Notre-Dame-des-Landes près de Nantes, vous êtes plutôt... (1350 votants)
pour
contre
indifférent
 

Boutique

Le petit dicobat