Francis Lagier, « La terre cuite a su s’imposer sur de nouveaux marchés »

Francis Lagier,  « La terre cuite a su s’imposer sur de nouveaux marchés »

Francis Lagier, 48 ans, PDG de Wienerberger, fait un point sur les marchés de la terre cuite, en France.


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Chez Wienerberger, nous avons des passionnés de la Terre cuite, qui aiment la technique dans la brique, l’esthétique dans la tuile et la créativité dans la brique apparente… »  ©Emeline Hue

 

La terre cuite a souffert mais a su s’imposer sur de nouveaux marchés... et elle reprend son souffle aujourd’hui.

 

Bâtirama : Quels ont été les effets de la crise sur le marché de la brique ?

 

Francis Lagier 

: Dès les années 2008-2009, le marché a baissé, et ce jusqu’en 2015. Nous avons cependant gagné des parts de marché dans la maison individuelle et dans le collectif sur les produits concurrents, c’est à dire le bloc béton en maison individuelle et le béton banché en collectif.

 

Aujourd’hui, cette tendance se poursuit puisque nous avons connu une croissance + 6 % de croissance en 2016 par rapport à l’année 2015 pour la brique. Wienerberger est d’ailleurs leader sur le marché des briques de structure. Le bois a aussi gagné des parts de marché sur le logement individuel : terre cuite et bois, sont un peu les deux gagnants de la RT 2012 suite au changement des comportements des constructeurs.

 

En quoi les constructeurs ont-ils changé leurs habitudes ces dernières années ?

 

Lors de la RT 2012, nous avons travaillé sur le système alvéolaire de la brique de 20 cm, ce qui nous a permis d’obtenir une résistance thermique comprise entre 1 et 1,5 contre 0,5 pour les anciennes briques. En utilisant les mêmes épaisseurs d’isolants, on a pu augmenter la résistance du mur de l’ordre de 1 point. Les constructeurs ont pu remplacer la brique traditionnelle ou le bloc béton, moins performants thermiquement, par la nouvelle brique de 20 cm tout en conservant le système d’isolation par l’intérieur, sans forcément changerles épaisseurs d’isolants.

 

L’ajout de planelles terre cuite pour traiter les ponts thermiques et de coffres de volets roulants a permis d’améliorer le mur thermiquement parlant. La brique a donc progressé dans le marché de la maison individuelle avec 40 % de parts de marché en 2015 contre 28 % en 2005. De même, concernant la maison individuelle groupée, la brique atteint aujourd’hui 44 % de parts de marché contre 18  % en 2005. La part de marché a été prise sur le bloc de béton et le béton cellulaire.

 

Et sur le logement collectif, pourquoi la brique a-t-elle pu s’imposer ?

 

Face à la baisse du marché de la maison individuelle, l’industrie de la terre cuite a pris le virage de la construction de logements collectifs qui a moins souffert. Nous avons mis en place des forces de prescription : les architectes et constructeurs ont été intéressés par le discours thermique, notamment en ce qui concerne le traitement des ponts thermiques.

 

Avec cette solution de briques et de planelles, on a montré que l’on était capable de traiter la partie structure et thermique, à coût très compétitif. Comparée à la solution du béton coulé en place, notre système coûte environ -15 % moins cher. C’est ce qui a intéressé les promoteurs.

 

Ainsi, sur ce segment de marché, nous sommes passés de 5 % en 2005 à 30 % de parts de marché en 2015. Un produit dédié a été développéavec une performance thermique (R : 1 à 1,2) et a gagné en performances mécaniques avec de meilleures résistances à la compression.

 

Comment la tuile a-t-elle vécu les aléas de conjoncture ?

 

La tuile, c’est une histoire… plus compliquée. Le marché a longtemps été porté par le logement neuf en progression et la rénovation qui était positive année après année. Avec la crise en 2008, on a moins construit de MI et plus de logements collectifs, d’où moins de tuiles utilisées ; et ensuite, les surfaces des logements ont diminué. Par ailleurs, depuis 3 ans, la rénovation de toiture est en retrait, suite à la crise de confiance des ménages.

 

Dans la MI, il y a eu également la concurrence de la toiture plate. C’est une tendance européenne, avec des maisons d’architectes haut de gamme mais ça reste plus cher (10 à 12 % plus cher, selon les études et solutions retenues). Donc, le marché de la tuile a beaucoup baissé, d’environ 30 %, alors que la brique a perdu entre 5 et 10 % sur ces années de crise, grâce à la compensation de perte par des gains de part de marchés.

 

La tuile peut-elle reconquérir facilement le marché de la toiture ?

 

Les tuiliers ont dû réagir, pour remettre de la valeur dans la tuile en devenant créatifs. De nouveaux modèles contemporains, déclinés dans une large gamme (tuiles plates, grands moules, tuiles faiblement galbés,…), des coloris inédits (un blanc émaillé par exemple chez Wienerberger, du noir titane,…) et des solutions innovantes comme la Bellus, une ardoise céramique, ont vu le jour pour revisiter l’architecture de la toiture en pente.

 

Nous avons également réfléchi sur de nouvelles façons de dessiner la maison : on peut avoir une faible pente, voire une très faible pente (avec les tuiles adaptées), ou des mixages de pentes sur la même maison ce qui donne un autre look au bâtiment. On peut aussi utiliser la tuile contemporaine en parement de façade. La profession (industriels et la FFTB) organise enfin des concours d’architecture pour révéler des réalisations remarquables, appréciées des maîtres d’œuvre.

 

Que peuvent faire valoir les tuiliers sur le marché de la rénovation ?

 

Il s’agit d’un marché important qui représente 60 % du marché français de la tuile, et la créativité demeure importante en rénovation. C’est le cas chez Wienerberger, avec Aléonard, qui représente le haut de gamme sur ce marché.

 

On peut mixer différents types de cuissons et coloris, différentes matières premières, et proposer une offre large. L’intérêt des tuiliers, est que les usines existent depuis longtemps, l’usine Aléonard date de 1872, et l’usine de Lantenne-Vertière (25), existe depuis 350 ans. Avec un autre gros avantage : l’argile qui sert à fabriquer les tuiles, demeure une ressource locale abondante, et l’on est capable de maintenir des gammes de produits pendant très longtemps, pour rénover des toitures.

 

Dernier marché, celui de la façade, comment va-t-il évoluer ?

 

Sur ce marché, outre les bardeaux en terre cuite, il faut distinguer les marchés de la brique apparente ou la plaquette en Terre cuite. Sur le marché de la brique apparente, Wienerberger est très présent dans les pays d’Europe du nord, ainsi que dans le nord de la France et en région parisienne.

 

C’est un marché qui a connu des péripéties importantes, en France, puisque l’on a pratiquement divisé sa taille par trois depuis fin 2008. Mais ça se stabilise, depuis un an. Le marché a changé, c’était un marché de volume qui est devenu un marché de niches où les architectes recherchent des solutions différenciantes, originales et esthétiques. Le marché des plaquettes, lui, se développe bien grâce notamment à la rénovation et l’ITE…

 

Quelles seront vos actions pour 2017 ?

 

Nous sommes en train de compléter notre offre sur le logement collectif pour être plus pertinents sur ce marché. Par exemple, nous avons un produit destiné à la MI mais aussi au collectif, que l’on appelle la brique à bancher (ou la brique d’acrotère), pour terminer le dernier rang de briques plutôt que d’utiliser un produit béton. Ce produit assure ainsi l’uniformité de la façade. Et il complète notre offre en collectif avec la Citibric, donc nous disposons d’un système complet.

 

Nous travaillons sur les planelles pour l’isolation des ponts thermiques, au niveau des planchers entre deux étages, en logement collectif : nous améliorons leurs performances thermiques.

 

Concernant le système Dryfix, nous avons demandé et obtenudes avis techniques, pour l’utiliser sur les murs à fortes épaisseurs, de plus de 20 cm,… (sur les briques Climamur, de 30 à 42 cm). On peut les utiliser en logements individuels, petits collectifs et petits tertiaires, ou encore sur la maison individuelle haut de gamme pour concurrencer le bois.

 

*FFTB : fédération française des tuiles et briques regroupant 85 fabricants (grands groupes industriels, entreprises nationales et régionales)

 

 

Dryfix,  la révolution de la bombe !

 

 

« Après avoir lancé le système de pose à joint mince, Wienerberger a franchi une autre étape il y a 3 ans grâce un nouveau système de pose, le Dryfix. Il s’agit d’une colle à base de liants organiques, disponible en bombe, encore plus rapide à mettre en œuvre que la colle à joint mince. La prise est immédiate, et on peut l’utiliser même en cas de températures légèrement négatives. C’est devenu une solution classique pour de nombreux maçons puisqu’elle représente 30%des utilisations de la brique en maison individuelle et R+1 ».

 

 

 

 

Briques apparentes, des centaines de modèles !

 

 

« Il y a aujourd’hui beaucoup d’actions de prescriptions pour séduire les architectes et les constructeurs de maisons individuelles, pour leur montrer la largeur de nos gammes en façade. Nous disposons en effet de centaines de modèles en briques apparentes (contre des dizaines de modèles en tuiles). On sait tout faire avec les couleurs, on peut mixer les produits dans la pose, surprendre avec les jeux de lumière, c’est très apprécié par les architectes… »

 

 

 

Quelques chiffres

 

Wienerberger Groupe 2015

  • Chiffre d’affaires

     : 2,972 milliards d’euros
  • 14 800 collaborateurs


Wienerberger  est le 1er briquetier mondial et 1er tuilier européen

 

 

 

Bellus :La nouvelle tuile plate ardoise céramique pour toiture et façade

Wienerberger France 2015

  • Chiffre d’affaires

     : 169,6 millions d’euros
  • 783 collaborateurs


Wienerberger est leader en France sur la brique et 4e tuilier en France

 


Source : batirama.com / Fabienne Leroy

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