Domotique (5) : Confluens sort du bois

Domotique (5) : Confluens sort du bois

Faire communiquer entre eux les appareils de Legrand, Somfy, Schneider Electric, Delta Dore et d’autres, c’est le but de Confluens.





La lecture des quatre premiers articles consacrés à la domotique, amène le lecteur au constat suivant : la non-interopérabilité entre les différents langages et appareils constitue un frein au développement de ce marché.

 

La société Confluens SAS a été créée en 2012 à l’initiative d’Ignes pour y remédier. Présidée par Sophie Breton, Directeur Général de Hager France, Ignes est une association qui rassemble une soixantaine d’acteurs français et européens.

 

Objectif de Ignes : développer une filière d’excellence autour des installations électriques, depuis les infrastructures de transport d’électricité, jusqu’aux objets connectés.

 

Ignes, un lobby et une plate-forme d’échanges

 

Ignes n’est pas un syndicat professionnel, c’est le rôle de la FIEEC (Fédération des Industries Electriques Electroniques et de Communication). Même si Ignes suit l’évolution quantitative du marché français et publie les résultats.

 

C’est plus un lobby, en raison de sa participation aux travaux normatifs européens. Mais aussi une sorte de facilitateur des industries électriques, une plateforme d’échanges qui permet aux fabricants de se rencontrer entre eux déjà, et de rencontrer l’ensemble des acteurs du marché. En créant Confluens, Ignes poursuivait un but précis.

 

 

  1. L’installation de systèmes compatibles Confluens est extrêmement simple. Il suffit de relier les box compatibles à un réseau IP. Elles se déclarent toutes seules et sont reconnues par les autres. © PP

 

Confluens vise l’interopérabilité

 

Le but affiché par Confluens est ambitieux. Il s’agit de rendre interopérables toutes les fonctions de l’infrastructure numérique d’un bâtiment. C’est-à-dire de la domotique, voire de la GTB.

 

Pour y parvenir, 6 acteurs ont déjà rejoint Confluens : CDVI, Delta Dore, Hager, Legrand, Schneider Electric et Somfy. Tous sont connus, sauf peut-être CDVI. Créé en 1985 et présidée par David Benhammou, cette PME française conçoit et fabrique des solutions de contrôle d’accès sécurisé et de verrouillage.

 

A l’exception de CDVI justement, tous les participants à Confluens sont également actifs dans une ou plusieurs initiatives qui poursuivent un but similaire à celui affiché par Confluens : KNX (tous sauf CDVI), ZigBee (Legrand, Schneider Electric, Somfy), Z-Wave (Legrand, Somfy), Thread (Delta Dore, Legrand, Schneider Electric, Somfy). Ils doivent avoir leurs raisons. Et malgré nos efforts, ils ne souhaitent pas les partager.

 

 

  1. Confluens ne s’intéresse pas du tout aux applications, à ce qui se passe en aval des boîtes compatibles. Elle se contente de relier les boîtes entre elles. C’est un choix stratégique, dicté par les 6 fondateurs : Somfy, Legrand, Schneider Electric, Hager, Delta Dore, CDVI. © Schneider Electric

 

Un réseau collaboratif sur IP

 

Si le but affiché par Confluens est ambitieux. Ses premières réalisations, dévoilées jeudi 24 mars au cours d’une des Matinales d’Ignès, sont techniquement irréprochables, mais pour l’instant limitées dans leurs possibilités. Ce n’est sûrement qu’un début.

 

Le produit de Confluens est un petit logiciel, une “stack”, comme ils disent, très peu gourmand en puissance de traitement. Il s’ajoute aux logiciels déjà présents dans les boîtes existantes des participants : la boîte MyHome de Legrand, la boîte Tahoma de Somfy, les deux boîtes les plus évoluées de Delta Dore, la boîte Wizer de Schneider Electric, etc.

 

Les constructeurs doivent naturellement mettre à jour les logiciels de leurs boîtes respectives pour les rendre compatibles avec Confluens. Ces boîtes doivent ensuite être connectées entre elles par un réseau TCP/IP, WiFi ou CPL (courant porteur) dans le logement.

 

 

  1. De la même manière Confluens n’est pas associée à une application qui fédèrerait les applications des participants. Si l’installation compte trois box, il faut toujours les trois applications pour piloter l’ensemble, en plus des messages Confluens. © Somfy

 

Une étoile en IP

 

Chacune des boîtes – de MyHome à Wizer – possède une prise Ethernet. Pour les relier entre-elles, il faut toutes les raccorder à un switch Ethernet. C’est-à-dire à une sorte de multiprise Ethernet.

 

Les plus récents modèles des box internet d’Orange, Free, Numericable, SFR, etc. sont pourvues de plusieurs ports Ethernet et jouent le rôle de switch réseau. Sinon, un switch Ethernet de 5 ports coûte désormais moins de 12 € TTC.

 

Par exemple, le switch Netgear FS205-100PES qui offre 5 ports 10/100 RJ45 avec un débit de 1 Gbps est proposé à 11,99 € TTC sur grosbill.com. Des interfaces IP sur courant porteur ne sont guère plus coûteuses et la WiFi ne coûte rien si chaque boîte en est déjà pourvue. Sinon, il faut connecter les boîtes à un routeur WiFi : à partir de 32,80 € TTC.

 

 

  1. Tous les constructeurs participant à Confluens, sauf CDVI qui reste sur le contrôle d’accès, proposent des solutions domotique à visée universelle. C’est notamment la promesse de la box Lifedomus de Delta Dore. Il faut tout de même l’intervention d’un installateur capable de programmer ces box. Ce qui n’est pas le cas de Confluens qui vise une absolue simplicité. © Delta Dore

 

Douze messages standardisés

 

Installé dans l’une de ces boîtes, le logiciel Confluens est capable d’envoyer des messages sur le réseau IP qui connecte toutes les boîtes ensembles.

 

Dans la première version (V1 2016) de Confluens, il n’existe pour l’instant que 12 messages possibles : absence longue durée, absence courte durée, je vais rentrer, je rentre, je vais me coucher, je me lève, Mode éco ON, mode éco OFF, détection d’intrusion et trois messages libres qu’un intégrateur peut créer pour les besoins d’une installation spécifique.

 

L’utilisateur appuie sur une télécommande Somfy, Legrand, etc. programmée au préalable et envoie l’un des 12 messages sur le réseau IP. Les diverses boîtes le voient passer, le comprennent et réagissent si elles sont concernées. Par exemple si la boîte Tahoma de Somfy envoie le message “Absence longue durée”, elle-même descend les volets roulants, la boîte MyHome de Legrand éteint les lumières, celle de Delta Dore réduit le chauffage au hors gel, etc.

 

Des données d’état

 

En réalité, Confluens envoie également d’autres données sur le réseau IP, en plus de ses 12 messages standardisés.  Par exemple, si une boîte est reliée à un capteur de température, cette boîte peut décider de partager la donnée température sur le réseau IP de Confluens pour que les autres participants s’en servent s’ils en ont besoin.

 

Ce deuxième type d’échange – le second Mode, comme ils disent – est déjà prévu dans Confluens, mais pas encore exploité. Il devrait l’être à la faveur de la première mise à jour (Confluens V2 2016) à l’automne.

 

D’ici là, durant plusieurs mois, une intense campagne d’essais va être menée avec des utilisateurs sur le terrain pour valider ce qui est déjà disponible et envisager la suite du développement de Confluens.

 

Pas besoin d’internet, mais si quand même

 

Confluens prévoit en effet d’étoffer ses services : d’ajouter de nouveaux messages, de mettre au point une solution de mise à jour à distance de sa stack, etc. Confluens n’a pas besoin d’une connexion à internet pour fonctionner.

 

Aucune donnée n’est collectée et exportée. Mais, pour la mise à jour, il faut tout de même que les boîtes des participants soient connectées à internet. Confluens prévoit en effet une mise à jour en ligne de sa stack. Si dans une installation, plusieurs boîtes compatibles Confluens partagent le réseau TCP/IP, soit elles sont toutes connectées à internet et peuvent être mises à jour indépendamment.

 

Soit, il faut au moins une boîte connectée à internet avec la possibilité pour elle de pousser les mises à jour sur le réseau IP de Confluens vers les autres boîtes. Cette possibilité a été identifiée, mais pas encore implémentée dans Confluens. Nous n’en sommes qu’au début, vraisemblablement.

 

Aucune configuration

 

Confluens ne s’occupe pas des applications. Elle ne se substitue pas au savoir-faire de Legrand, de Schneider Electric, de Somfy, de Delta Dore, etc.

 

Confluens se contente de permettre un échange de messages aujourd’hui, de données d’état demain, de manière efficace et très simple. Aucune configuration n’est nécessaire.

 

Dès qu’une boîte compatible Confluens est branchée au réseau TCP/IP du logement, elle se déclare toute seule, les autres participants Confluens la reconnaissent et ça marche très bien. Jeudi 24 mars, une démonstration en a été faite durant la matinale de l’Ignes. Pas de problème, tout fonctionne.

 

Mais il faut plusieurs boîtes

 

Une idée vient toutefois immédiatement à l’esprit : pourquoi dans un logement aurait-on plusieurs boîtes domotiques de différents fabricants ? Chaque fabricant, dans son univers propriétaire, est capable d’assurer les fonctions domotiques les plus courantes : le pilotage de l’éclairage, du chauffage, des stores, des caméras IP, de l’anti-intrusion, etc.

 

De plus, s’il a choisi un univers non-propriétaire comme KNX ou ZigBee, il est toujours possible de trouver chez un autre fabricant, le composant nécessaire pour apporter une nouvelle fonctionnalité à l’installation. L’idée de Confluens – mise en musique de manière impeccable du point de vue technique – est commercialement très curieuse.

 

Multiplier les boîtes pour ajouter des fonctions

 

En effet, Confluens dit : « vous avez déjà une box domotique Legrand pour piloter l’éclairage et vous voulez en plus un pilotage du chauffage ? Ajoutez une box Delta Dore, compatible Confluens, avec en aval de cette box son protocole propriétaire ou ouvert, ses régulateurs et actionneurs pour le chauffage.

 

Mettez à jour le logiciel de la boîte Legrand pour la rendre compatible avec Confluens. Raccordez les deux boîtes au réseau IP du logement et elles pourront interagir grâce à nos 12 messages standardisés. Mais il faudra tout de même les deux appli – Legrand et Delta Dore – pour le contrôle-commande du chauffage ou des lumières ».

 

Si vous voulez le pilotage des volets roulants ou des protections solaires, alors ajoutez une boîte Somfy avec son protocole propriétaire radio RTS ou l’un des protocoles ouverts qu’elle parle aussi, les moteurs Somfy, etc.

 

Une approche coûteuse

 

Pourquoi procéder de cette manière, plutôt coûteuse, au lieu de rester dans l’univers initial de chaque fabricant ou bien de choisir une solution ouverte ? D’autant plus que chacun des participants à Confluens continue de développer ses propres solutions pour couvrir une part croissante des besoins domotiques des utilisateurs finaux.

 

Nous en avons parlé à propos de Somfy, Legrand et Schneider Electric dans nos compte-rendus du salon Light+Building 2016. De plus, dans le monde des protocoles ouverts, virtuellement n’importe quel type d’actionneur est disponible sous KNX ou ZigBee.

 

Et si le marché visé n’était pas celui de la domotique ?

 

Enfin, lorsqu’on regarde les spécifications Confluens de plus près - c’est une solution sur IP, compatible avec IPv6, qui pourra donc adresser des milliers d’appareils sur un même réseau – ses possibilités dépassent très largement les besoins de la domotique, même à long terme.

C’est donc que Confluens est en réalité conçu pour bien autre chose que la domotique. Deux possibilités semblent logiques et ne sont pas mutuellement exclusives : le tertiaire petit, moyen et même grand ou l’univers des objets intelligents connectés.

Pour en savoir plus, nous allons leur demander quelle est vraiment la stratégie de Confluens. S’ils nous éclairent, nous ne manquerons pas de vous le raconter.



Source : batirama.com / Pascal Poggi

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