Les équipements de protection individuelle, chaussures de sécurité et casques professionnels en l'occurrence, sont censés constituer la première barrière de protection des travailleurs face aux risques présents sur les chantiers, dans les ateliers et plus largement sur les lieux de travail. Encore faut-il que les équipements vendus remplissent réellement les fonctions de protection annoncées. Or, les résultats de deux campagnes de tests menées à l’échelle européenne montrent que ce n’est pas toujours le cas.
Lesdits contrôles ont été réalisés dans le cadre de l’édition 2025 de la campagne "Actions conjointes sur la conformité des produits" (JACOP), menée dans les pays de l’Union européenne et de l’AELE, une coopération visant à harmoniser les pratiques des autorités nationales de surveillance du marché – la Commission européenne finance et coordonne les opérations, tandis que les autorités participantes mettent en commun leurs méthodes et leurs résultats afin de renforcer les contrôles sur le marché unique. "Les campagnes de surveillance du marché contribuent à protéger les entreprises de la concurrence déloyale et à garantir que les produits vendus sur le marché unique sont sûrs pour les consommateurs", a déclaré Vanessa Capurso, chargée de mission à la DG GROW.
Les autorités de surveillance du marché ont testé 83 modèles de chaussures de sécurité dans huit pays : Chypre, Allemagne, Luxembourg, Pays-Bas, Norvège, Portugal, Espagne et Suède. Les achats ont été réalisés à 65 % sur Internet et à 35 % dans des magasins physiques. En combinant les essais de performance et l’examen des documents accompagnant les produits, 82 % des chaussures se sont révélées non conformes.
Les principales défaillances concernent directement les capacités de protection de ces équipements. Les autorités ont notamment relevé des propriétés antistatiques insuffisantes, ainsi que des problèmes concernant la résistance aux chocs et à la perforation. Autrement dit, certains produits présentés comme des chaussures de sécurité ne remplissaient pas correctement les fonctions pour lesquelles ils sont destinés.

Les contrôles ont également mis au jour de nombreuses irrégularités plus formelles. Certaines chaussures étaient accompagnées d’instructions d’utilisation absentes, imprécises ou non conformes. Dans d’autres cas, la catégorie de protection ou la déclaration UE de conformité comportait des erreurs ou faisait défaut. Le marquage CE pouvait lui aussi être absent ou ne pas être apposé de manière indélébile. © JACOP
Les contrôles ont déjà entraîné plusieurs mesures :
– la vente ou la commercialisation de 24 modèles a été interdite ;
– Quinze opérateurs économiques ont reçu des avertissements ou des amendes ;
– Quatre modèles ont fait l’objet d’un rappel.
Certaines plateformes de vente en ligne ont également été invitées à retirer les produits concernés. Dans un cas, un opérateur économique a été condamné à une amende de 7 000 euros pour avoir commercialisé des chaussures dont les caractéristiques de protection ne correspondaient pas aux performances mises en avant dans ses supports publicitaires. Il a également reçu l’ordre de retirer le produit de son site internet.
Le constat est sensiblement différent pour les casques de sécurité professionnels puisque sur les 65 modèles testés, 46, soit 71 %, satisfaisaient aux exigences contrôlées. Dix-neuf échantillons, représentant 29 % du total, ne répondaient toutefois pas aux critères.
Les tests ont porté sur plusieurs caractéristiques essentielles : absorption des chocs, résistance à la pénétration, résistance à la flamme, efficacité du système de fixation de la jugulaire, mais aussi durabilité des marquages et des étiquettes. Les essais d’absorption des chocs et de résistance à la pénétration ont notamment été réalisés après avoir soumis les casques à différentes conditions susceptibles de dégrader leurs performances, telles que des températures extrêmes, une immersion dans l’eau et un vieillissement sous rayonnement ultraviolet. La principale faiblesse relevée concerne l’absorption des chocs.

Les 65 casques ont été prélevés dans huit pays : Belgique, Chypre, Allemagne, Grèce, Irlande, Pays-Bas, Espagne et Suède. Contrairement à la campagne consacrée aux chaussures, les informations fournies ne distinguent pas ici la proportion d’achats réalisés en ligne et en magasin. © JACOP
Les défaillances constatées sur les casques n’ont pas été considérées comme anodines dans tous les cas. Huit produits ont été classés comme présentant un risque grave et quatre autres comme présentant un risque élevé. Les autorités de surveillance du marché ont retiré six produits du marché, rappelé deux produits auprès des consommateurs et interdit la vente d'un autre. Sept avertissements ont également été adressés à des opérateurs économiques, tandis que d’autres mesures correctives sont encore en cours.
Huit produits ont par ailleurs été référencés dans Safety Gate, le système européen d’alerte rapide consacré aux produits non alimentaires dangereux. Trente-neuf ont été enregistrés dans l’ICSMS, le système d’information et de communication utilisé par les autorités européennes pour échanger des informations sur la surveillance du marché et les mesures prises.
Pour les professionnels qui achètent des EPI, les résultats de ces contrôles rappellent l’importance de ne pas se limiter à la présence apparente d’un marquage CE. En effet, les utilisateurs doivent avant tout vérifier que le niveau de protection correspond aux risques auxquels ils sont exposés. Les instructions doivent être consultées et les informations fournies avec l’équipement vérifiées. Pour les casques, la déclaration UE de conformité doit être jointe au produit ou accessible à l’adresse Internet mentionnée dans les instructions. Le marquage CE doit également être présent et correctement apposé.
Les autorités européennes recommandent par ailleurs de se méfier des arguments commerciaux vagues ou excessifs et de vérifier, avant utilisation, si un produit a fait l’objet d’un signalement ou d’un rappel dans Safety Gate.

Une règle particulière concerne les casques : après un choc, un équipement doit être remplacé même si aucun dommage n’est visible à l’œil nu. © IA / Laure Pophillat
Les fabricants et opérateurs économiques qui mettent des EPI sur le marché européen doivent respecter le règlement (UE) 2016/425 relatif aux équipements de protection individuelle, ainsi que les normes harmonisées applicables. Cela implique notamment de disposer d’une documentation technique complète, de fournir des instructions comme des informations de sécurité exactes, de respecter les exigences de marquage et de garantir la cohérence entre les produits effectivement fabriqués et les modèles ayant fait l’objet de la certification.
Les informations commerciales doivent elles aussi correspondre au niveau de protection réellement fourni par l’équipement. Un produit présenté comme offrant une protection particulière doit effectivement être capable de l'assurer. Les opérateurs économiques doivent également veiller à ce que le nom et les coordonnées d’un responsable établi au sein de l’UE ou de l’EEE figurent sur le produit, conformément aux exigences applicables.
En cas de non-conformité, les conséquences peuvent être lourdes : interdiction de vente, retrait du marché, rappel auprès des consommateurs, amendes ou encore actions en responsabilité. Les équipements dangereux ou non conformes peuvent également être bloqués au niveau douanier.