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Palais Farnèse : cinq ans de chantier… et une découverte signée Michel-Ange !

Palais Farnèse : cinq ans de restauration dévoilent ses secrets. © Andreas Solaro / AFP

Au-delà de la prouesse patrimoniale, le chantier de restauration du palais Farnèse, à 8,5 millions d'euros, a aussi livré son lot de découvertes, jusqu'à révéler une tête de lion sculptée par Michel-Ange.



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Les derniers échafaudages viennent de disparaître du palais Farnèse. Cinq ans après le lancement d'un conséquent programme de restauration, le monument emblématique de la Renaissance romaine retrouve son visage d'origine. Mais derrière les façades de travertin et de brique se cache un chantier bien plus riche qu'une simple opération de conservation : les restaurateurs ont mis au jour des vestiges inattendus, dont une tête de lion attribuée à Michel-Ange et d'anciennes balles de jeu de paume retrouvées dans les interstices de la façade.

Pour Pierre-Antoine Gatier, l'architecte en chef des Monuments historiques et maître d'œuvre de l'opération, "ce fut un chantier de découvertes permanentes".

 

 

 

Le palais Farnèse retrouve son visage de la Renaissance. Après cinq années de restauration et un investissement de 8,5 millions d'euros, les façades et les toitures de l'édifice ont retrouvé leur éclat, tandis que le chantier a permis plusieurs découvertes inédites, dont une tête de lion attribuée à Michel-Ange. © Photo 1 : Mauro Coen / Photo 2 : Andreas Solaro / AFP

 

 

Un chantier de 8,5 millions d'euros

Lancée en 2021 sous la maîtrise d'ouvrage de l'ambassade de France en Italie, de l'École française de Rome et du Service des travaux et bâtiments français en Italie (STBI), l'opération représente un investissement de 8,5 millions d'euros, financé par les ministères français de l'Europe et des Affaires étrangères et de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.

 

Les travaux se sont achevés cet été, après quatre grandes phases successives couvrant l'ensemble des façades, les toitures, les menuiseries extérieures et le mur d'enceinte côté Tibre. Iici, la cour en cours de travaux avec des échafaudages sur l’aile ouest (juin 2026). © Mauro Coen

 

Le chantier a été conduit sous la direction de l'agence de Pierre-Antoine Gatier, en étroite collaboration avec la Surintendance spéciale pour l'archéologie, les Beaux-Arts et le paysage de Rome. Un comité scientifique franco-italien a accompagné l'opération depuis les premières études engagées en 2017.

 

 

Quatre grands architectes de la Renaissance

Édifié tout au long du XVIe siècle, le palais Farnèse est considéré comme l'un des chefs-d'œuvre de la Renaissance italienne. Commencé par Antonio da Sangallo le Jeune, il fut poursuivi par Michel-Ange, qui dessina notamment l'imposante corniche et modifia la façade principale. Vignola intervint ensuite sur l'aile de la via del Mascherone, avant que Giacomo della Porta n'achève la façade tournée vers le Tibre en 1589.

Depuis 1874, le palais accueille l'ambassade de France en Italie, tandis que l'École française de Rome y est installée depuis 1875.

"Cet engagement constant à en prendre soin met en valeur les valeurs partagées entre la France et l'Italie", a salué l'ambassadrice de France en Italie, Anne-Marie Descôtes, rendant hommage aux nombreux artisans, architectes, ingénieurs et restaurateurs mobilisés sur ce chantier hors norme.

 

 

Restaurer sans trahir

L'intervention ne consistait pas à redonner un aspect neuf au palais, mais bien à préserver la matière historique. Les équipes ont ainsi appliqué les principes italiens de restauration patrimoniale, qui considèrent chaque matériau comme un document à conserver : les maçonneries en travertin et en briques ont été nettoyées et consolidées, les décors restaurés, tandis que les couvertures ont été reprises en conservant autant que possible les tuiles romaines anciennes.

Les nouveaux aménagements ont également intégré plusieurs solutions destinées à améliorer les performances du bâtiment sans dénaturer son architecture :

– isolation des combles en liège ;

– Nouvelles menuiseries en bois offrant un meilleur confort thermique ;

– Réemploi des tuiles existantes ;

– Recours à des matériaux naturels traditionnels et approvisionnement régional.

 

Les entreprises italiennes Ceccaranelli, Lares et Picalarga se sont partagé les différents lots portant sur les échafaudages, la maçonnerie, les charpentes, les couvertures et les menuiseries.

 

 

Les surprises du chantier

Au fil des interventions, les restaurateurs ont progressivement révélé des éléments masqués depuis des siècles. La découverte la plus spectaculaire concerne une tête de lion sculptée directement par Michel-Ange, identifiée sur la façade principale du palais. Autre trouvaille, plus inattendue : d'anciennes balles de jeu de paume en cuir, retrouvées dans les interstices de la façade. Elles témoignent d'un usage aujourd'hui oublié des lieux.

Les recherches ont également permis d'identifier d'anciennes ouvertures murées, des traces de portes cochères, des renforcements successifs du mur d'enceinte ainsi que plusieurs campagnes de consolidation réalisées au fil des siècles. Le blason du cardinal Alessandro Farnèse, longtemps peu lisible, a lui aussi retrouvé son relief après restauration.

Pour Daniela Porro, surintendante spéciale de Rome, cette intervention a permis de rendre à la ville "un chef-d'œuvre universel de l'architecture". Elle confie avoir ressenti une "vive émotion" en montant sur les échafaudages pour "caresser" les centaines de sculptures qui couronnent le palais.

 

La façade du Palais Farnèse côté jardins à l’issue des travaux. © Mauro Coen

 

Parmi les éléments les plus emblématiques figurent les quelque 300 têtes de lion qui ornent la corniche monumentale. Toutes différentes, elles ont nécessité un patient travail de nettoyage, de consolidation et de restauration afin de retrouver leur finesse d'origine. Réalisées au XVIe siècle sous la direction de Michel-Ange, elles constituent l'une des signatures les plus remarquables du palais.

Le nettoyage des parements a également fait réapparaître les nuances originelles des façades, où alternent le blanc du travertin, les briques rouges et les briques ocre.

 

 

Un laboratoire scientifique

Le chantier ne s'achève pas avec le démontage des échafaudages. Les nombreux relevés, carottages et prélèvements réalisés pendant les travaux alimenteront désormais un vaste programme de recherche conduit par l'École française de Rome. "Nous sommes ravis de célébrer l'achèvement de ce long chantier et reconnaissants de l'occasion qui nous a été offerte : celle de redécouvrir et d'étudier à nouveau ce monument emblématique", souligne sa directrice, Brigitte Marin.

Les analyses doivent permettre d'actualiser les connaissances sur les techniques de construction du palais et sur les différentes campagnes de restauration qui se sont succédé depuis plus de quatre siècles.




Source : batirama.com / Laure Pophillat / © Andreas Solaro / AFP

L'auteur de cet article

photo auteur Laure Pophillat
Après un doctorat en Littérature française, puis un passage de quelques années dans l'enseignement (du français, notamment aux Compagnons du Devoir et du Tour de France), Laure Pophillat s'est tournée vers la rédaction web, ainsi que le journalisme. Curieuse, éclectique et investigatrice, tous les thèmes pertinents (et donc passionnants) l’intéressent !

Aujourd'hui rédactrice en chef du bimédia Batirama, elle oriente la ligne éditoriale vers un large spectre de sujets couvrant l’entièreté de la filière bâtiment et construction, avec une prédilection pour les portraits de femmes et d’hommes engagés, inspirés et inspirants, dans un environnement, celui du BTP, toujours en mouvement.
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