À Rennes, la reconquête de la Vilaine entre dans son ultime phase. Une pelleteuse de 50 tonnes installée sur un ponton flottant démolit les derniers vestiges du parking construit dans les années 1960 au-dessus du fleuve. Derrière ce chantier hors norme de 29 millions d'euros, la métropole entend redonner sa place à l'eau en centre-ville et créer un important îlot de fraîcheur pour faire face au réchauffement climatique.

Inauguré en 1963 sous la municipalité d'Henri Fréville, l'ouvrage avait été conçu pour répondre au manque de places de stationnement dans l'hyper-centre rennais. La dalle de béton, longue de 270 mètres, recouvrait alors une partie de la Vilaine, dont l'aspect était jugé peu valorisant à l'époque. Plus de soixante ans plus tard, cette infrastructure emblématique du "tout automobile" est démantelée afin de redonner sa place au fleuve et adapter le centre-ville aux enjeux climatiques actuels. Une démolition qui illustre parfaitement l'évolution des politiques urbaines entre les années 1960 et aujourd'hui. © Sigismond Michalowski
Chaque jour, le même spectacle se répète au cœur de Rennes : installée sur une barge flottante, une pelleteuse de 50 tonnes grignote méthodiquement la dalle de béton qui recouvre la Vilaine depuis plus de soixante ans. L'objectif est désormais d'en démolir environ cinq mètres par jour, entre le pont de la Mission et la rue de Nemours, à proximité des Galeries Lafayette.

Le parking Vilaine à Rennes, situé entre les quais Duguay Trouin et Lamennais, après sa fermeture au 1er septembre 2025. © Hoolen / Wikipédia
La première phase de ce chantier hors norme touche désormais à sa fin. Les deux kiosques de l'ancien parking ont déjà disparu et les derniers mètres de béton sont en cours de démolition. Construite en 1963, à une époque où l'automobile façonnait les centres-villes, cette infrastructure recouvrait près de 6 600 m2 du fleuve sur 270 mètres de longueur et accueillait près de 300 places de stationnement en plein hypercentre.

L'opération représente un défi logistique considérable car au total, 6 000 tonnes de béton et 1 000 tonnes de bitume doivent être évacuées. Les gravats sont progressivement chargés sur des barges puis acheminés jusqu'à un site de recyclage situé route de Lorient, limitant ainsi le trafic de poids lourds dans le centre-ville. © David Ademas / Ouest-France
Lors d'une visite du chantier, la maire de Rennes, Nathalie Appéré, a rappelé "l'ambition climatique mais aussi la volonté d'embellissement de la ville" qui sous-tendent cette transformation majeure du paysage urbain.
Une fois la phase de démolition achevée, un second chantier prendra le relais jusqu'à la mi-2028. L'objectif n'est pas seulement de rendre la Vilaine visible à nouveau, mais de réinventer complètement les berges du fleuve.

Perspective du projet d'ensemble. À partir du printemps 2026 jusqu'à l'été 2028, se succéderont par phases le renforcement de la dalle qui structure la place de la République, l'aménagement des espaces publics et la construction des ouvrages sur et autour de l'eau. © Phytolab
Selon les projections évoquées par Nathalie Appéré, Rennes pourrait connaître d'ici 2050 des conditions climatiques comparables à celles de Toulouse aujourd'hui. Dans ce contexte, la réouverture du fleuve et le renforcement de la végétation apparaissent comme des outils d'adaptation essentiels. En sus, la suppression du parking n'aurait par ailleurs pas affecté l'attractivité du centre-ville puisque la maire assure que les données GPS ne montrent "aucun impact sur la fréquentation du centre-ville" malgré la disparition de plusieurs centaines de places de stationnement. Et certains riverains se réjouissent déjà de profiter d'une "jolie vue sur la rivière".
À l’issue des travaux de démolition, le site accueillera plusieurs nouveaux aménagements destinés à renforcer les continuités piétonnes et à rétablir un lien direct avec la Vilaine. Une passerelle réservée aux piétons sera notamment réalisée dans l’axe de la rue Lanjuinais afin de faciliter les traversées du fleuve et améliorer les connexions entre les deux rives. Deux gradins seront également aménagés de part et d’autre du secteur découvert, à proximité de la place de Bretagne et du pont de Nemours. Conçus comme des belvédères surplombant la Vilaine, ils offriront des points de vue dégagés vers l’est et vers l’ouest. Sur le quai Duguay-Trouin, des pontons flottants accessibles par une rampe et un escalier aujourd’hui masqués par le parking permettront aux usagers de se rapprocher du cours d’eau, tandis que plusieurs jardins flottants viendront compléter les aménagements paysagers.
Les quais nord feront l’objet d’une reconfiguration complète afin d’intégrer le Réseau Express Vélo (REV) et une promenade piétonne continue. Les flux cyclistes et piétons seront dissociés grâce à des aménagements paysagers associant arbres et végétation. La circulation automobile sera maintenue selon le principe de la vélorue, garantissant l’accès aux riverains et aux véhicules de livraison tout en donnant la priorité aux mobilités actives. Sur le quai Lamartine, la séparation entre les cheminements piétons et la piste cyclable sera matérialisée par une bordure physique afin de sécuriser les déplacements.
Sur la rive sud, face au musée des Beaux-Arts, un encorbellement sera construit au-dessus de la Vilaine afin d’élargir le trottoir du quai Zola. Cette extension permettra notamment d’absorber les flux attendus autour de la future station de Trambus comme d’améliorer les conditions de circulation des usagers.
Le secteur du Palais du Commerce bénéficiera également d’une requalification d’envergure. La placette Joffre, actuellement occupée par plusieurs arrêts de bus, sera transformée en un espace public ouvert favorisant les traversées et les usages piétons. Dans le même temps, la rue du Pré-Botté sera entièrement réaménagée afin d’accompagner l’ouverture du Palais du Commerce vers le sud. Cette voie deviendra majoritairement piétonne tout en conservant les accès indispensables aux riverains, aux livraisons, aux services de collecte des déchets et aux véhicules de secours.
L’opération s’accompagnera enfin d’un important volet environnemental avec la plantation de 184 arbres et la création de plus de 5 000 m2 d’espaces végétalisés ou désimperméabilisés, dans le triple objectif de :
– renforcer l’infiltration des eaux pluviales ;
– Limiter les effets d’îlot de chaleur urbain ;
– Et améliorer durablement le confort climatique du centre-ville.

Perspective de la future passerelle dans le prolongement de la rue Lanjuinais, des pontons et jardins flottants à l'ouest du projet. © Phytolab

La place de la République est directement intégrée aux ouvrages qui recouvrent la Vilaine. Construite en 1912, la dalle République nécessite aujourd’hui une intervention d’envergure, les diagnostics réalisés ayant mis en évidence la nécessité de réhabiliter sa structure afin d’en garantir la pérennité. À l’issue des travaux, la place fera l’objet d’un réaménagement complet : le projet prévoit notamment la création de vastes pelouses en relief, aménagées en pente douce et bordées de gradins, ainsi que la plantation d’arbres le long du quai Lamartine. © Phytolab