Le SEDIF ou Syndicat des Eaux d’Île-de-France, contraint par le réaménagement de l’échangeur routier devant la Manufacture de Sèvres, réaménage son réseau de distribution d’eau potable qui, à cet endroit, alimente 60 000 foyers à Sèvres, Chaville et Viroflay. Le Conseil départemental des Hauts-de-Seine engage d’importants travaux d’aménagement de l’échangeur de la Manufacture de Sèvres, pour améliorer la qualité de circulation aux abords du pont de Sèvres : élargissement du pont de Sèvres, création d’un bassin à ciel ouvert au titre du Plan de Prévention des Risques Inondations et terrassements de chaussée au niveau de la rue Troyon.

Voici le territoire du SEDIF. © SEDIF
En raison des contraintes du site – six voies très empruntées par des milliers de véhicules chaque jour – la nouvelle conduite à poser représente un linéaire total d’environ 410 mètres, sur trois zones de travaux :
– pose de canalisation de diamètre 800 mm en béton armé, à âme en tôle à joints soudés, en tranchée classique sur environ 260 mètres, avec création d’un espace technique souterrain équipé d’un appareil de mesure du débit d’eau ;
– Modification d’installations rue Troyon, la rue le long du quai côté Sèvres, avec démolition de l’ancien local technique abritant les vannes et remplacement par de nouveaux équipements enterrés ;
– Et, ce qui nous intéresse, intervention d’un micro-tunnelier sur 115 mètres pour poser deux conduites de transport d’eau potable en acier de diamètre 400 mm. Deux canalisations complémentaires en diamètre 800 mm de 35 mètres au total, réalisées en tranchée, feront la jonction avec les canalisations existantes. Enfin côté Seine, 6 mètres de conduite en diamètre 800 mm seront fixés le long de la structure du pont de Sèvres pour se raccorder à la conduite existante.
Ces travaux sont contraints par les aménagements de la voirie en cours, mais le SEDIF en profite pour moderniser ce segment de son réseau. En 2025, le SEDIF a investi environ 27 M€ pour moderniser les conduites de transport d’eau et plus de 33 M€ pour la distribution, renouvelant ainsi 41 kilomètres de canalisations. Ces investissements portent leurs fruits, puisque le réseau du SEDIF affiche un rendement de 91,6 % en 2024, très largement supérieur à la moyenne nationale d'environ 80 %. Cela signifie concrètement que moins de 9 % de l'eau produite est perdue dans le réseau du SEDIF, contre 20 % en moyenne sur le territoire français.
D’ici 3 ans, le SEDIF veut atteindre 93 % de rendement – 7% de perte seulement – sur l’ensemble du réseau qu’il dessert.

Pour descendre le mini-tunnelier, un puits de 20 m de profondeur a été creusé. Ses parois sont faites de fourreaux en béton qui, remplis de béton et protégés par une paroi en béton armé côté puits, constituent une gaine structurante descendant à 20 m. Le béton utilisé est bas carbone, fabriqué avec du ciment CEM III pour alléger l’empreinte carbone du chantier. © PP
Ce chantier, d’un coût total de 11,7 M€ HT, a commencé en septembre 2025 et se terminera mi-septembre 2026. Nous l’avons visité le 13 avril, jour du baptême du mini-tunnelier avant sa descente dans le puits d’accès. Il s’appelle désormais Estelle, le prénom de l’une des assistantes du services réseau du SEDIF.
Les deux puits ont été parfaitement étanchés par rapport au sol environnant : ils descendent à 20 m et traversent la nappe phréatique peu profonde en bord de Seine. Le terrain est calcaire et très fracturé. Le tunnelier est placé à 15 m de profondeur dans le puits d’accès. Il est propulsé par des vérins qui développent 500 t de poussée. Son parcours horizontal est étanché au fur et à mesure de sa progression.
Tous les 3 m, au fur et à mesure que le tunnelier avance, un segment de conduite en béton de 800 mm de diamètre est posé. Ces segments seront raccordés les uns aux autres de manière à constituer une galerie étanche dans laquelle sont installées deux canalisations de 400 mm de diamètre qui distribueront l’eau sous une pression de 6 à 8 bars. © PP
Le mini-tunnelier est filoguidé depuis la surface par un opérateur dans cette cabine de chantier. © PP
Les déblais de la galerie sont extraits par marinage hydraulique : de l’eau sous pression est envoyée dans le tunnelier et constitue une boue liquide. © PP
La boue du marinage est d’abord tamisée, puis passe dans une centrifugeuse qui en extrait les particules jusqu’à 40 μm, avant que le fluide ne soit réinjecté vers le mini-tunnelier. © PP
Le mini-tunnelier est fourni et opéré par Bessac , un spécialiste du creusement de tunnels et de micro-tunnels qui appartient au groupe Soletanche Bachy, qui a également creusé le tunnel de la nouvelle 15 du métro du Grand Paris, à proximité immédiate du chantier. © PP
Une fois les 117 m de forage terminés, le mini-tunnelier sera remonté par le puits d’arrivé, examiné et remis en état et il repartira vers un autre chantier. Le prix d’achat d’un mini-tunnelier comme Estelle atteint 1,5 M€, selon Nicolas Didion, responsable du Chantier pour le groupement d’entreprises. © PP
Plusieurs entreprises ont participé à ce chantier. Le groupement Artelia/Merlin a réalisé les études de déplacement et de dimensionnement du réseau d’eau et assuré la maîtrise d’œuvre, tandis qu'Urbaine de Travaux et Darras et Jouanin, tous deux du groupe Fayat, plus Bessac, se sont chargé des travaux dans le cadre d’un autre groupement. © PP
Comme le rappelle Nicolas Didion, responsable du chantier, creuser sans bouleverser l’activité en surface, avancer sans mauvaise surprise – Darras et Jouanin s’est chargé de la recherche préalable d’explosifs oubliés – c’est un défi collectif que le groupement de travaux a pleinement réussi. La partie forage du chantier a nécessité deux semaines d’installation, 2 à 3 semaines de creusement, et il faudra 1 à 2 semaines pour démonter et vérifier. Les travaux se déroulaient 8 h par jour au début, puis sont passé à 16 h/jour et 6 jours sur 7 pendant le creusement.