Le Pavillon Keller, porte-drapeau de la construction biosourcée à Paris

La Pavillon Keller fait entrer la botte de paille dans Paris. © Luc Boegly

Rénovation et surélévation atypique, le nouveau bâtiment d’enseignement supérieur à partir d’une crèche sur la dalle de Beaugrenelle à Paris symbolise la beauté de la nouvelle architecture du climat et son isolement.



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Il y a 50 ans, l’opération très corbuséenne Beaugrenelle démarre avec un complexe signé Grégoire et Choquart comprenant une tour d’habitation de près de 100 m, une piscine, des bureaux, des parkings, une cafétéria et une crèche, en béton et sur une dalle béton qui doit mener à un centre commercial. Outre la structure en béton massive de la crèche, en porte-à-faux et qui libère les façades, ces éléments de construction intègrent de l’amiante.

La crèche a déménagé en 2021, le curage a permis de récupérer une structure susceptible d’accueillir une surélévation, avec des façades bien dégagées. L’agence Nunc, qui venait d’achever à Paris le grand complexe d’habitations avec façade MOB de la rue René Clair (18e), a décidé de pousser loin des curseurs qui nous paraissent désormais évidents.

 

Une certaine ressemblance avec la rénovation, mais la façade initiale avait bien vieilli. © 11h45

 

 

Un projet presque passif

La structure béton se fond dans un ensemble dont la façade donne une expression limpide qui fait oublier l’opération de rénovation lourde. La façade imaginée à l’époque en mélèze rompt sa régularité par un effet de camaïeu qui évoluera tout de même avec le temps. Derrière, des caissons de paille avec côté façade une protection en plaques Weather Defence de Siniat, très dispersifs et donc parfaitement adaptés aux isolants biosourcés comme la paille.

Côté intérieur, le pare-vapeur est masqué par des briques de terre crue de Wienerberger, intervenu sans doute en recours après l’arrêt de Cycle Terre à Sevran, et qui propose des briques stabilisée en partie basse et non stabilisées en partie haute. Ainsi, la profondeur des baies acquiert un caractère noble et les briques apportent de l’inertie. Les bottes de paille rapprochent le projet du niveau passif de fait, et l’intervention du BE Solares Bauen semble témoigner d’une intention d’origine qui n’a pas été menée à terme.

 

Une base de travail très pratique pour les bottes de paille. © Luc Boegly 

 

 

Façade biosourcée cohérente

Le charpentier Méha de Valenton (la machine de taille à commande numérique la plus proche du point zéro de Notre-Dame) recourt à une solution globale de façade que Piveteaubois, dans la présentation faite sur le site Share is More, revendique comme un exemple de ses propositions globales de murs biosourcés. Les garde-corps font partie des matériaux réutilisés en réemploi, l’objectif étant de réutiliser tout ce qui est possible, et n’a pas été contaminé par l’amiante.

Encore une fois, l’agence Nunc propose malgré ce réemploi une façade intemporelle et qui semble avoir été conçue comme telle. Il ne s’agit pas seulement de réemployer pour limiter les émissions de carbone, mais aussi de renforcer le lien entre le projet et tout le contexte architectural de la dalle Keller.

 

L'image qui dit tout, la structure, la protection extérieure de la paille, le bardage, l'alignement. © Luc Boegly 

 

 

Un travail exemplaire

Le toit semble s’appuyer sur des poteaux fins qui délimitent de profondes terrasses-balcon du niveau surélevé et se prolongent dans l’épine de la façade pour une descente de charge parfaite et fluide. Pour autant, la végétalisation du toit, qui complète celle prévue de toute la dalle Keller, est facilitée par la structure béton préexistante (circulations). Les larges déflecteurs sont oubliés par la profondeur du dernier niveau et la façade devrait profiter de cette double protection, sachant que le bardage est lui-même placé en retrait des épines. La rigueur du projet et ses éléments de réemploi cadrent bien avec l’approche architecturale initiale de la dalle, voire avec ses tentatives de modernisation sous Valode et Pistre. Après 50 ans, on aboutit peu à peu à quelque chose qui a un sens. Et ce projet devient un must de l'enseignement de la construction bois.

 

 

Une rénovation-extension de bon augure

Le pavillon Keller a beaucoup de classe et il a déjà fait l’objet de nombreuses visites, notamment en septembre 2025 dans le cadre des Rencontres de la Frugalité Heureuse, ou des visites de FiBois IDF et le feu CNDB. Pour La Poste Immobilier, qui a aménagé l’espace sous dalle pour ses propres services, la transformation de la crèche pour accueillir une extension d’une école d’enseignement supérieur déjà présente sur la dalle est une entrée en matière en ce qui concerne l’immobilier en bois. Commencer avec un ouvrage de cette beauté préfigure d’autres projets de ce maître d’ouvrage puissant, même si, malgré les retards de livraison, il n’y a rien en cours pour le moment.

 

 

Une dalle Keller pour 2050

Les retards sont dus entre autres au désamiantage comme à la difficulté de réaliser les travaux au cœur d’une dalle qui ne supporte pas des engins de levage comme ceux que le charpentier Méha a l’habitude d’employer. Ce n’est pas la faute à Grégoire, mais au concept qui prévalait un peu partout à l’époque, avec une dalle surélévée pour les piétons alors qu’il était inconcevable que la rue parisienne soit comme aujourd’hui confisquée aux voitures, et où personne de calculait le poids émissif de ce type d’ouvrages. Mais maintenant qu’ils sont là, le pire est de la "recycler" après concassage pour faire encore des routes. La dalle Keller semble partie pour relever les défis de la catastrophe climatique sans en rajouter.



Source : batirama.com / Jonas Tophoven / © Luc Boegly

 

L'auteur de cet article

photo auteur Jonas TOPHOVEN
Jonas Tophoven est journaliste de la presse professionnelle de la construction et du bois en France et en Allemagne depuis 30 ans. Le thème qui lui tient particulièrement à cœur est la réduction drastique des émissions de GES dans la construction, première émettrice humaine du monde devant l'agriculture, avec un impact renforcé en France. Il a d'abord travaillé pendant 12 ans sur la construction sèche, puis depuis 15 ans sur la construction bois préfabriquée et il collabore depuis 10 ans à la programmation des quelque 150 conférences annuelles du Forum Bois Construction, congrès des acteurs de la construction biosourcée.
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