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Le biosourcé à bicyclette

10e Parcours Philléas à vélo en IdF avec 7 architectes estoniens. © Jonas Tophoven

La nouvelle infrastructure de mobilité douce du Grand Paris permet à la profession du Bâtiment de porter un autre regard sur le développement de la nouvelle architecture climatique.



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Il existe peu d’endroits au monde comme le Grand Paris, où un professionnel de la construction dispose en concentré d’une telle richesse de bâti passé et en devenir, dans un cadre aussi foisonnant en termes d’urbanisme, avec des enjeux de survie climatique aussi patents, et avec un outil d’investigation aussi pratique et apaisant que le vélo loué 20 euros la journée pour des surfaces généralement plates et des pistes cyclables sécurisées qui permettent de se concentrer sur les ouvrages et leur contexte.

 

 

Le vélo, média émergent

Pour autant, il n’existe pas encore à ce jour de proposition de visite de presse d’un nouvel ouvrage à vélo. Pas de parcours de visite de la Frugalité ou du Forum International Bois Construction (avec partenaires) à vélo. Pas d’initiative des dix ENSA pour systématiser la découverte de l’architecture francilienne à vélo, pas d’initiative de la Maison de l’architecture ou de l’Arsenal, ou bien pas encore.

Il y a certes ces "Parcours Philléas" démarrés en septembre 2024 avec le soutien du Forum International Bois Construction, pour relier les nouveaux projets biosourcés. Le 2 mai 2026 a eu lieu le 10e parcours, avec sept architectes estoniens. Un 11e parcours est prévu avec les mêmes étapes le 4 juin avec une vingtaine d’étudiants d’architecture de Lübeck en Allemagne du Nord. Une goutte d’eau, mais aussi une expérimentation.

 

Il faut le coup d'œil : près de la Cité de la mode, en second rang, un Zulu, ces barges plates à grue intégrées qui pourrait faire exploser l'acheminement fluvial de la construction bois dans le Grand Paris. © Jonas Tophoven

 

 

Le vélo, Hausmann du 21e siècle

Les architectes Estoniens ont choisi l’étape de Paris sur leur long parcours architectural vers la Biennale de Venise, en passant par la Suisse et l’Autriche, non pas à cause de la tour Eiffel ou de la tour Triangle, mais parce que l’animateur Erik Konze sait proposer une balade architecturale à vélo.

Les architectes et ingénieurs étrangers sont contents de voir des projets biosourcés, mais aussi la végétalisation de la capitale et sa pacification. Ils peuvent désormais, avec l’extension des pistes cyclables, appréhender non seulement le Paris de façade, mais le vrai Paris, le Grand Paris, avec ses contrastes et ses espoirs. Petit à petit, le développement des loueurs de vélo ouvre à ces professionnels du monde entier un champ d’investigation infini.

 

 

Tout est sur komoot

Il y a le tour de Paris qui permet de faire la boucle en 60 km : assez sportif, il peut être divisé en segments. Il existe aussi le tour de Montmartre sans grimper, le parcours olympique incluant la passerelle de Dugny, un premier parcours banlieue Est entre Vincennes et Saint-Denis, et désormais un parcours hybride partant du Marais pour rejoindre l’école vétérinaire de Maisons-Alfort par les berges avec un retour par le bois de Vincennes, le 12e et le 11e.

Reste entre autres un gros potentiel de développement autour de l’Isle Saint-Denis, et aussi autour de la dalle de Beaugrenelle et de son pavillon Keller. Quant aux RER praticables à vélo entre 9h30 et 16h30 ou les jours fériés, ils ouvrent un champ d’exploration unique au monde dans toutes les directions, en banlieue proche ou en seconde voire troisième couronne.

 

Passage Amelot, énorme rénovation lourde transformant entre autre un garage en appartement et site d'escalade, par Le Penhuel et SAM avec Bouygues. © Jonas Tophoven  

 

 

Lever la tête

La bicyclette n’est pas un moyen de locomotion fatigant et soumis aux intempéries, mais un moyen d’appréhension des contextes. Elle n’induit pas d’exclure le regard intérieur des visites guidées de projets, ni surtout les pauses à l’occasion des averses qui permettent de se parler. Le vélo est une pratique architecturale, mais les agences parisiennes préfèrent encore la charrette. C’est aussi parce que l’architecture est focalisé sur le lieu et pas assez sur le mouvement. Pour lever la tête du guidon, encore faut-il en avoir un.

 

 

L’Estonie si européenne

Les architectes estoniens aiment construire avec du bois pour se distinguer de l’architecture brutaliste soviétique, mais actuellement, les populistes estoniens et russes ont reconquis la municipalité de la capitale et veulent transformer les projets cyclables "à la parisienne" en couloirs de la mort. La jeune nation estonienne s’imprègne comme nulle autre de l’architecture climatique européenne – Scandinavie, cercle alpin, Biennale de Venise… – et apprécie Paris dans son extrême diversité qui inclut les développements urbanistiques actuels. Pacifier et végétaliser la rue qui mène à une école ; surélever pour créer des logements sociaux ; limiter la voiture et transmuter les parkings ; bâtir au dessus des voies ferrées sans surcharger ; imaginer d’autres types de convivialité.

 

Le groupe estonien devant le 2 de la rue Richard Lenoir, surélévation à 6000 euros / m2 pour des logements sociaux. © Jonas Tophoven

 

 

Parcours fluvial

En partant de Paris à vélo rue Alphonse Baudoin, cette fois, pas de recueillement à côté chez Charlie Hebdo, mais en fin de parcours le souvenir du Bataclan en empruntant le passage Amelot. Le Marais, ce n’est pas que la Place des Vosges, c’est aussi, justement en cette saison, la splendeur cachée du square Saint-Gilles et de ses roses. Le trajet de la Bastille à la Bibliothèque de France, par les berges, est toujours un émerveillement. En plus, on y trouve accosté un Zulu, les barges plates de Sogetrans avec grue intégrée, qui permettent en principe de livrer des éléments de construction bois un peu partout.

 

 

Sous l’invocation de Roland Schweitzer

Les abords de la Bibliothèque de France sont comme toujours en transformation. On attend l’hôtel de Kengo Kuma pour achever le recouvrement de la dalle côté Austerlitz, tandis que la première des deux tours de l’Air du temps, par Data Architectes, est levée. C’est aussi le morceau de bravoure de Wewood. Il est toujours émouvant de remémorer que Roland Schweitzer signe, désormais avec sa fille Marie Schweitzer, le pionnier des bâtiments d’habitation en bois du nouveau Paris, rue Domrémy, mais qu’il est aussi l’urbaniste des immeubles entourant la Bibliothèque, certes sans bois, mais avec une cohérence qu’on ne retrouve plus ailleurs sur la ZAC Rive Gauche ou Bruneseau.

 

 

Des ZAC sans âmes

Côté Ivry, les derniers gestes de la ZAC Rive Gauche et Bruneseau sont désespérants. À défaut d’une invention géniale sur le dernier recouvrement par de la gare Masséna, les urbanistes parisiens ont créé une nouvelle fois un quartier mort-né, où l’on vole les bicyclettes dans l’abri dédié du Nudge d’AAVP et Catherine Dormoy, au point que les propriétaires se recroquevillent à double tour, dézinguent la démarche architecturale et tuent le quartier à leur tour. C’est tout de même incroyable car l’APUR est juste en prolongement, dans sa cage de verre sous l’ombrière des tours Duos. Tout de même, chaque fois, les participants des Parcours Philléas sont impressionnés par les jardins de Babylone autour de la Tour de la biodiversité.

 

 

L’intuition de Ghotmeh

Que l’université de Chicago, les Persiennes, le Nudge, la surélévation de la tour Watt, les façades bois attenantes, la petites surélévation de la gare Masséna, les trois tours de l’avenue Simon à 50 m soient faites avec pas mal de bois, soit. Mais c’est l’aporie de ce projet d’urbanisme au-dessus des rails qui intrigue le plus. 35 ans de débauche d’émissions de carbone. Avec de bonnes intentions et de belles choses, tout de même. Et toujours l’espoir de voir la vie s’installer malgré tout. Si le dernier coin de dalle ne devient pas un supermarché, mais un marché alimentaire sain à acheminement fluvial direct, pour tous les riverains du tram et de la ligne 14. Bref, reprendre l’intuition de Lina Ghotmeh, réalimenter Masséna.

 

 

L’insupportable légèreté de l’hêtre

Quand devant le Wood Up l’ascenseur fonctionne, on descend sur les berges et on peut faire un écart vers la cantine du CROUS par KOZ désormais AAgroup, plus tard, pour rejoindre la crèche Daumesnil, le Messager et Ground Control. Cette fois on remonte les centrales à béton et leurs créations le long de la Seine vers Alfortville et Maisons-Alfort pour l’ONF et possiblement l’Agora, puis la Marne et la montée vers le Bois de Vincennes, la rue Claude Decaen, la rue de gravelle, la rue de picpus, la Nation, la rue Richard Lenoir, l’Avenue Parmentier : cinq exemples de surélévations biosourcées (Equateur, Maud Caubet, Pélegrin, Boman, Téqui). Si on passe rue Léon Frot avec l’opération CBS-CBT on en a 6. Car le Paris des surélévations, c’est un peu ce qu’étaient les pistes cyclables de la dernière mandature. C'est le grand enjeu, avec un objectif de 2 500 d'ici la fin de la mandature, intra muros

 



Source : batirama.com / Jonas Tophoven / © Jonas Tophoven

L'auteur de cet article

photo auteur Jonas TOPHOVEN
Jonas Tophoven est journaliste de la presse professionnelle de la construction et du bois en France et en Allemagne depuis 30 ans. Le thème qui lui tient particulièrement à cœur est la réduction drastique des émissions de GES dans la construction, première émettrice humaine du monde devant l'agriculture, avec un impact renforcé en France. Il a d'abord travaillé pendant 12 ans sur la construction sèche, puis depuis 15 ans sur la construction bois préfabriquée et il collabore depuis 10 ans à la programmation des quelque 150 conférences annuelles du Forum Bois Construction, congrès des acteurs de la construction biosourcée.
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