Le 10 avril 2025, Sébastien Lecornu a prononcé un discours qui contient trois annonces importantes pour le bâtiment. Premièrement, les chaudières gaz seront interdites en construction neuve à compter du 1er janvier 2027, soit dans huit mois.
Deuxièmement, deux millions de logements sociaux doivent abandonner leur solution gaz d’ici 2050.
Troisièmement, la France doit toujours fabriquer et installer un million de pompes à chaleur d’ici 2030.
Le Premier ministre ne l’a pas précisé, mais sa décision s’applique probablement à toute la construction neuve : maisons individuelles, logements collectifs, tertiaire et même industrie.
Naturellement, les industriels qui fabriquent des chaudières gaz en France – Auer-Gianola, Atlantic, Saunier-Duval, elm leblanc, Vergne, De Dietrich, Chappée, Frisquet, … – n’ont pas été prévenus. Il n’y a eu aucune concertation préalable.
Selon les statistiques publiées par Uniclima en février 2026, le marché français des chaudières gaz et fioul a atteint 422 000 pièces en 2025, dont sans doute plus de 80 % en rénovation. Selon le SDES (Statistique publique de l’énergie, des transports, du logement et de l’environnement), en 2020, dernière année connue, seulement 22 % des logements neufs étaient chauffés au gaz. Bref, les industriels perdront environ les ventes de 60 000 à 65 000 chaudières en France en 2027. Ce n’est pas négligeable. Et il ne restera que le chauffage urbain et les solutions électriques en construction neuve.
Le solaire thermique est déjà menacé et perd des ventes d’année en année, il est peu probable que cette décision le fasse repartir. Les solutions électriques sont :
– les pompes à chaleur ;
– Les chauffe-eaux électriques, dont les thermodynamiques ;
– Et tous les types de radiateurs électriques.
Les pompes à chaleur sont déjà devenues la règle en maison individuelle neuve, mais pas du tout en collectif. Des pac individuelles en collectif sont difficiles à caser, même s’il apparait des pac à installation intérieure spécifiquement conçues pour le collectif. Des pac collectives en construction neuve n’ont aucune chance, parce que les maîtres d’ouvrage n’installent plus de chauffage collectif en construction neuve, sauf le raccordement à un réseau de chaleur, parce qu’ils y sont contraints pour obtenir leur permis de construire.
En ce qui concerne les deux millions de logements HLM, s’ils sont à proximité d’un réseau de chauffage urbain, ils peuvent s’y raccorder. S’ils sont chauffés par une chaufferie, ils peuvent remplacer les chaudières par des pompes à chaleur collectives. Intuis s’est fait une spécialité de ce genre d’appareils : air/eau, mais gainables et haute température. Sinon, pour les logements collectifs chauffés par des chaudières gaz murales individuelles, il ne restera que l’adoption de pompes à chaleur individuelles intérieures.
Nous en avons récemment croisé deux au salon Nordbat à Lille : le Zé7 d’Intuis et le NanoClima HDX de Domusa Teknik. Déjà disponible, le Zé7 est une pac monobloc air/eau au R290 qui fournit l’ECS, et un système air/air qui assure chauffage et rafraîchissement. Le Zé7 s’installe directement à l’intérieur de chaque logement et contient un ballon de 200 l pour l’ECS. Le Zé7 prend l’air extérieur par deux conduits, puis souffle l’air chaud ou froid dans la pièce principale. Le NanoClima HDX sera disponible en version chauffage seul fin avril et avec production d’ECS dans le courant de l’année 2026.
Selon Uniclima, 179 377 pac air/eau ont été installées en France en 2025, ainsi que 2 513 pac géothermique et 803 661 pac air/air. Il n’est pas certain que le gouvernement ait compris que des pac air/eau et géothermiques – 180 000 par an environ – soient fabriquées en France. Tandis que les pac air/air sont fabriquées en Asie et en Europe de l’Est et importées en France et qu’il y a peu de chance qu’un industriel français se mette à en fabriquer en France à un prix acceptable pour le marché.
Bref, les concepteurs vont devoir réfléchir pour trouver des solutions électriques adaptées à la construction neuve, toujours sous la RE2020.