Lundi 22 février 2026 au matin, la Seine déborde sur les quais, le ciel dégagé annonce une journée de décrue. Au Grand Palais, le traçage a eu lieu le dimanche, le montage de l’essentiel doit se faire lundi pour accueillir les exposants mardi. C’est court. L’an dernier, le temps de montage avait été rogné d’une journée à cause de la programmation d’un événement sur l’IA. On s’est habitué. Marie et Marina, les maîtres à bord, savent que le Pan’Auditorium seconde édition et les stands Belleville se posent quasiment en un clin d’œil. La grande équipe du Quadrilogue a été préparée, le gâcheur de la flèche de Notre-Dame est venu en personne au montage à blanc chez Guillet Production fin janvier pour se faire une idée des temps de montage et de démontage.

L'Arbri par Carlos Barba de AR+TE en pavillon d'accueil du 15e Forum, flanquant le Mur du climat. Ironie du sort, ce climat trop doux a fait la joie des sportifs jusqu'à tard le soir dans un environnement magique. © Jonas Tophoven
C’est jouable, mais il y a aussi les autres émergences : les Bouquets de Douglas, le Mur du Climat, Arbri, le vestiaire, Surf and Curve et ce Lens Pavillon arrivé sur le tard, repéré au Forum d’Innsbruck début décembre. Sans compter le montage de l’exposition sur la mezzanine, mais là aussi, on a pu l’an dernier mesurer la rapidité et estimer précisément le nombre des étudiants nécessaires.
Le montage du Mur du Climat a l’air si simple ! Un camion, quatre panneaux CLT dressés et emboîtés, le système proposé par James Vitrac est tout aussi performant qu’impressionnant. Le vestiaire par l’ENSA Belleville part d’une structure Douglas assez banale, mais révèle progressivement sa grâce par le tartan de ses faces extérieures, une merveille. Sur le parvis, Carlos Barba a besoin de deux charpentiers sur deux nacelles pour sceller son ARBRI en bois de récupération à 6 m de haut. Il l’a dit, on l’a noté, mais… où les trouver ? Chez Le Bras Frères ? Chez Méha ? Chez Charpente Cénomane ? On en cherche finalement au Lens Pavillon qui ne se décide pas à monter malgré l’accaparement de deux grosses grues. En fait, un couple de charpentiers allemands devraient aider à accrocher les fleurs de Bloom Bloom sur les Bouquets de Douglas dès 14h, les voici maintenant sur le parvis d’entrée et le montage est laborieux.

Le Chien-Loup et ses offrandes en Bouquets de Douglas (Chomette-Lupi) et fleurs Bloom Bloom. © Jonas Tophoven
Sous la nef l’équipe du Quadrilogue s’impatiente, elle a prêté sa grue pour une demi-heure et trois ont passé, il faut encore poser le toit et les poteaux gigognes. Marie et Marina, les responsables techniques du montage et démontage, broient du noir. Les stands Belleville sont posés et il ne reste presque plus de place pour faire revenir la grue vers le Quadrilogue. Si le levage du Lens Pavillon et du Quadrilogue n’ont pas lieu lundi, tant pis, demain, aucune grue ne pourra circuler car ce sera le moment de l’équipement des stands par les exposants. Il est tard, le responsable du Lens Pavillon a chassé tout le monde pour réfléchir à la façon de faire, les charpentiers allemands qui l’avaient à nouveau rejoints sont rentrés après une longue journée de montage.
Ni la scénographe Milena Karanesheva, ni l’organisatrice du Forum Nicole Valkyser ne veulent d’un Lens Pavillon à plat et elle a pitié de son concepteur autrichien, tandis que d’autres s’insurgent car il n’a pas fait, lui, son montage à blanc de Pavillon sans élingues suspendues à un plafond. Enfin, l’une des grandes grues se faufile entre les stands Belleville et revient au Quadrilogue, le travail de montage est acharné, au point qu’une petite erreur de manipulation de la nacelle esquinte l’un des magnifiques panneaux bleus. C’est là que se révèle le professionalisme de l’équipe, Guillet Production à Saint-Hilaire ayant dégagé un hall entier, fin janvier, pour un montage à blanc de tout ce qu’il avait taillé, soit les poutres maîtresses dans le tout nouveau LVL de Thébault, la charpente en Douglas, les clavetages, les piliers gigognes. À présent, même dans l’urgence et la fatigue, tout roule.

Toute la finesse de l'approche Pan'auditorium par l'agence Karawitz se résume ici. Le choix du TeboLVL apporte encore un surcroît de grâce et il a permis de mettre presqu'encore davantage en avant les panneaux que la structure supporte. © Jonas Tophoven
De l’autre côté de la grande nef, les deux charpentiers allemands sont revenus, le Pavillon est hissé avec une seule grue, mais il faut encore parer au risque d’un repliage avec un étaiement assez voyant. Dehors, Carlos Barba a achevé son trépied porteur, mais il aura besoin de toute la journée de mardi, avec son équipe d’étudiants, pour finir l’ARBRI. Ce n’est du tout le montage high-tech du Lens Pavillon, ni le montage fluide du Quadrilogue, et il n’y a pas eu de montage à blanc comme chez Guillet Production, les Ateliers Diderot de Pantin ne le permettent pas, l’ARBRI est une expérimentation de bout en bout, difficile mais symbolique avec son approche de réemploi.
Sous la nef, la rage au ventre, l’équipe du Quadrilogue parvient avant minuit à poser le bouquet sur le dernier élément posé, tandis qu’on s’affaire à remettre un coup de peinture plus bas.
Les charpentiers allemands iront se coucher après 2 heures du matin. Le lendemain, le Pavillon est interdit d’accès, avec sa poutre d’étaiement centrale. On attend la commission de sécurité et on craint le pire. Mais vers midi, miracle, la construction cousue à base de troisplis tient quasiment comme elle devrait. Entre temps, le Chien-Loup, ce chef d’œuvre collectif des Compagnons, a pu monter par le monte-charge et s’est installé à sa bonne place, au-dessus du Paddock dont les Bouquets de Douglas sont comme un comité de vénération. Le chien-loup observe comment les exposants ne cessent d’embellir eux-aussi le parterre avec des stands qui révèlent la diversité du bois, tandis qu’au dessus se dressent deux dirigeables et trois ballons.

James Vitrac a parfaitement réussi son coup en installant le Mur du climat sur le parvis du Grand Palais, et ainsi, le Douglas a pu rayonner comme jamais. © Jonas Tophoven
Ah oui, le dirigeable de Flying Whales, qui avait tant marqué le Grand Palais … de Lille, en 2023, au sein du Layon Guyanais. Autre histoire que ce layon… En tout cas, l’an dernier, la protection intumescente de la maquette du dirigeable n’avait pas été reconnue et donc pas question de le suspendre au garde-corps. Pour cette fois, le dirigeable a été ignifugé une nouvelle fois, l’accrochage est limite, mais finalement consenti. Il flotte et en plus il a son petit cousin placé sur une perche au dessus du stand de filière, estampillé Bois de France. Ainsi, la certification Bois de France marque son territoire non seulement dans les allées, au sol, mais aussi dans les airs, une solution logique une fois que l’on connaît ce lieu et la fréquentation de la mezzanine. Ainsi, petit à petit, le Forum au Grand Palais renoue avec les images du salon de l’aéronautique des années 20 et autres expositions internationales.
Tout sur le Forum Bois Construction
Au Grand Palais, un événement polymorphe et foisonnant, difficile à saisir en un seul regard : à chacun son Forum. Batirama a néanmoins pu en suivre les temps forts et les coulisses, au plus près de son effervescence.