Après deux années de contraction historique, le marché du logement aborde 2025 dans un état de convalescence fragile. C'est du moins ce qu'il ressort de la conférence de presse du Pôle Habitat FFB donnée ce mardi 24 février 2025. Les indicateurs confirment un mouvement paradoxal : l’accession à la propriété redémarre, tandis que l’investissement locatif privé continue de s’enfoncer. Cette divergence structurelle menace l’équilibre de la chaîne du logement et compromet l’ambition du plan "Relance Logement", fixant un cap de 2 millions de logements construits d’ici 2030.
Dans ce contexte, la création du dispositif Jeanbrun constitue un signal politique fort. Mais pour transformer l’intention en levier réel, son périmètre doit être élargi, notamment à l’habitat individuel.
Le rétablissement du PTZ (Prêt à Taux Zéro), désormais accessible sur tout le territoire et pour toutes les typologies d’habitat, a enclenché une dynamique positive. Les ventes de maisons individuelles atteignent 67 800 unités en 2025, soit une progression de 33,5 % par rapport à 2024.
Cette amélioration confirme l’efficacité des dispositifs ciblés. Elle doit toutefois être relativisée : le volume observé reste inférieur de 42,1 % à la moyenne annuelle de long terme (117 125 ventes). Le marché se redresse, mais il demeure structurellement affaibli.
À l’opposé, le segment de l’investissement locatif poursuit son décrochage. En l’absence d’un cadre fiscal incitatif et stable, les ventes aux investisseurs particuliers tombent à 9 469 logements en 2025, soit :
– en contraction de 51,1 % par rapport à 2024 ;
– en retrait de 77,2 % par rapport à la moyenne annuelle de long terme (41 613 ventes).
Ce décrochage d’ampleur désorganise l’ensemble du parcours résidentiel : l’offre locative se contracte, les tensions s’intensifient dans les bassins d’emploi les plus dynamiques et, par ricochet, la production neuve s’en trouve mécaniquement freinée.
L’instauration du dispositif Jeanbrun traduit une prise de conscience bienvenue : l’investissement locatif des particuliers constitue un pilier de la chaîne du logement. Il alimente l’offre, soutient la construction et facilite la mobilité résidentielle. En reconnaissant ce rôle structurant, le gouvernement pose les bases d’une relance plus équilibrée.
Afin de produire un effet d’ampleur, le dispositif doit cependant évoluer. Deux orientations apparaissent déterminantes : d'une part, renforcer son efficacité dans l’ancien, afin de soutenir la rénovation et la remise sur le marché de logements existants ; d'autre part, ouvrir explicitement le mécanisme à l’habitat individuel, neuf comme ancien. Sur les vingt dernières années, le seuil des 400 000 mises en chantier annuelles n’a été atteint ou approché que lorsque l’individuel neuf représentait au moins 150 000 ventes par an. Sans un segment individuel dynamique – en accession comme en locatif – l’objectif de 2 millions de logements d’ici 2030 restera hors de portée.
Dans de nombreux territoires périurbains et semi-urbains, où l’emploi progresse et où l’offre locative se tend rapidement, l’habitat individuel constitue par ailleurs une réponse adaptée aux attentes des ménages comme aux stratégies des élus locaux. L’écarter des dispositifs incitatifs reviendrait à ignorer la réalité des dynamiques territoriales.
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Selon Grégory Monod, le président du Pôle Habitat FFB, le "ré-élargissement du PTZ montre que lorsque l’on remet un levier lisible, sans opposer individuel et collectif, les ménages reviennent et l’activité repart. Il doit en être de même pour l’éligibilité de l’individuel au dispositif Jeanbrun, comme l’a rappelé le Premier ministre le 23 janvier. C’est une question d’équité sociale et de cohésion territoriale, ainsi qu’une condition de réussite indispensable à la relance." © Pascal Poggi