À Gassin, Amelia Tavella imagine une crèche-paysage, refuge poétique pour l’enfance

Amelia Tavella remporte le concours de la crèche de Caruby à Gassin. ©

L’architecte Amelia Tavella signe un projet sensible pour la crèche et le centre de loisirs de Caruby à Gassin (Var), pensé comme un abri dispersé dans le paysage méditerranéen.




L’architecte Amelia Tavella a remporté le concours de maîtrise d’œuvre pour la crèche et le centre de loisirs de Caruby, à Gassin, dans le Var. Imaginé comme un ensemble d’abris disséminés dans le paysage méditerranéen, le projet s’inscrit avec discrétion dans son environnement. La pierre, le bois et la lumière y deviennent des éléments fondateurs, accompagnant l’éveil et l’apprentissage. À travers cet équipement, l’architecture se fait à la fois protection, transmission et ouverture au monde.

"Construire pour l’enfance, c’est inventer l’avenir. L’architecture doit réparer, apaiser, transmettre – elle accompagne la croissance, elle protège, elle relie. À Gassin, nous avons conçu un abri dispersé dans le paysage, où l’enfance dialogue avec le vivant, la lumière et la nature" raconte Amelia Tavella.

 

 

Une architecture du soin, à hauteur d’enfant

La crèche (30 enfants) et le centre de loisirs (80 enfants) s’organisent en deux bâtiments reliés par un porche voûté, à la fois seuil, abri et lieu de passage. Les volumes, tous de plain-pied, sont pensés à l’échelle de l’enfant, favorisant la sécurité, l’autonomie et une compréhension immédiate des espaces. L’architecture d’Amelia Tavella se distingue par sa justesse : rien d’excessif, ni de superflu. L’essentiel prévaut.

 

 

Cet équipement public dédié à la petite enfance regroupe également des locaux associatifs et des espaces extérieurs pédagogiques pour 1 650 m2 de surface totale et 3 500 m2 d'aménagements paysagers pensés par le paysagiste Christophe Gautrand. © Amelia Tavellla

 


Le paysage comme premier apprentissage

Ici, le paysage ne se contente pas d’accompagner l’architecture : il la structure. Pins, restanques, vent et pierre chauffée par le soleil composent un environnement qui instruit, invite à nommer, à se situer, à ressentir. Patios, verger préservé, transparences et cadrages sur le grand paysage replacent la nature au cœur de l’expérience. Grandir, c’est apprendre à regarder ; à Gassin, l’architecture initie à la lumière, au végétal et au rythme des saisons.

 

La pierre naturelle du Var est choisie non pour son apparence, mais pour ce qu’elle contient : le temps, les savoir-faire et la mémoire collective. Associée au bois massif et au verre, dans un vocabulaire discret et intemporel, elle compose une architecture pensée pour durer, capable de traverser les années et d’accueillir, bien après son inauguration, d’autres générations d'enfants. © Amelia Tavella

 

 

Une approche bioclimatique inscrite dans la durée

Le projet adopte une démarche bioclimatique attentive au temps long, où les choix constructifs répondent à la fois au climat méditerranéen et aux usages quotidiens. L’ossature bois, combinée à un béton végétal de chaux et de chanvre projeté, puis à un parement en pierre naturelle, forme une enveloppe performante, durable et profondément ancrée dans son territoire.

Ce dispositif garantit de hautes performances thermiques, un confort intérieur constant tout au long de l’année et une empreinte carbone limitée, tout en offrant une mise en œuvre maîtrisée, en cohérence avec l’écriture architecturale du projet. Les qualités hygrothermiques du béton de chaux et de chanvre permettent au bâtiment de réguler naturellement température et humidité, réduisant les besoins énergétiques et favorisant un environnement sain.

 

 

Ici, le bioclimatisme ne relève pas d’une projection technologique, mais d’un héritage adapté au climat méditerranéen. Au-delà de la technique, ce choix traduit une manière de construire fondée sur le bon sens, nourrie par l’architecture vernaculaire et réinterprétée à travers des solutions contemporaines. © Amelia Tavella

 

Le projet s’affirme comme un démonstrateur de construction durable, conciliant exigence architecturale, responsabilité environnementale et qualité d’usage, dans une logique de sobriété et de transmission.

 

 

Une architecture du lien et de la transmission

La démarche d’Amelia Tavella se déploie autour de trois gestes essentiels : 

– transmettre, c’est offrir à l’enfant un rapport sensible au monde, fait de paysage, de lumière et de matière, avant même l’apprentissage des mots ;

– Réparer, c’est retisser le lien entre l’architecture et la nature, entre l’enfance et le dehors, en laissant le sol, les arbres et le vent participer pleinement à l’expérience quotidienne ;

– Relier, enfin, c’est concevoir des lieux qui rassemblent, qui apaisent et accompagnent, où l’on grandit entouré plutôt qu’isolé.

 

Dans cette approche, l’architecture devient une présence attentive, capable d’accueillir, de rassurer et de soutenir les premières étapes de la vie.

 

"Quand je construis, je ne défais pas. Il n’y a aucune trahison. Je procède par inclusion. La nature envahit mes projets. Elle n’est ni un obstacle, ni une entrave, elle est mon hôte que je célèbre. Je m’adapte aux arbres, à la lumière, au relief. Nul n’est plus grand que la nature, y bâtir est faire vœu d’humilité. Mon île m’a appris la lumière, la couleur, la pente, me rappelant sans cesse qu’il n’y a pas de création valable sans éthique et que l’histoire est le berceau du présent. A chaque fois, c’est un pari : inscrire l’édi ce dans l’espace originel sans rien, déplacer, ni maltraiter. C’est un prolongement et non une amputation." explique Amelia Tavella. © Jelena Barraud




Source : batirama.com / Laure Pophillat / © Amelia Tavella

L'auteur de cet article

photo auteur Laure Pophillat
Après un doctorat en Littérature française, puis un passage de quelques années dans l'enseignement (du français, notamment aux Compagnons du Devoir et du Tour de France), Laure Pophillat s'est tournée vers la rédaction web, ainsi que le journalisme. Curieuse, éclectique et investigatrice, tous les thèmes pertinents (et donc passionnants) l’intéressent !

Aujourd'hui rédactrice en chef du bimédia Batirama, elle oriente la ligne éditoriale vers un large spectre de sujets couvrant l’entièreté de la filière bâtiment et construction, avec une prédilection pour les portraits de femmes et d’hommes engagés, inspirés et inspirants, dans un environnement, celui du BTP, toujours en mouvement.
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