Christian de Portzamparc, premier architecte français récompensé du prix Pritzker, livre à Pékin un nouveau flagship, sa troisième collaboration avec Dior et l’une des plus grandes boutiques de la Maison. Au cœur du quartier de Sanlitun, le bâtiment allie virtuosité technique et poésie architecturale.
Situé dans un ensemble urbain conçu par Kengo Kuma et Oval à Sanlitun, l’un des quartiers symbolisant le renouveau culturel de Pékin, le flagship s’inscrit dans un site composé de quatre bâtiments autour d’une place en contrebas. Le bâtiment est issu d’une réhabilitation.

Le bâtiment accueille des espaces de vente, des salons VIP avec une terrasse privée au dernier étage et un restaurant. © Zhu Yumeng
Architecte et urbaniste, premier lauréat du prix Pritzker, équivalent du prix Nobel, en 1994, Christian de Portzamparc, né en 1944 à Casablanca, est diplômé de l’École des Beaux-Arts de Paris. Dès la fin de ses études, il marque le paysage de la ville nouvelle ville de Marne-la-Vallée avec un monument poétique, le château d’eau. En 1979, l’ensemble de logements des Hautes Formes illustre une vision renouvelée de la structure urbaine, qu’il théorise avec le concept "d’îlot ouvert", une manière de "concevoir la ville comme un équilibre entre les vides et les pleins, le dehors et le dedans, le public et l’intime".
En 1981, Elizabeth et Christian de Portzamparc partagent leur passion pour l’art, l’architecture et la musique et décident d’associer leurs vies tout en gardant leur indépendance créative. Depuis dix ans, ils forment une société commune où chacun est reconnu par son propre travail.
Pour Christian de Portzamparc, l’architecture se "pense avec et à travers l’urbanisme mais aussi le patrimoine contextuel et historique des lieux qu’il investit". Pour lui, l’espace est le vide qui nous accueille entre les objets bâtis : "j’adore prendre des espaces contraints et les ouvrir pour qu’ils deviennnent non claustrophobiques" explique-t-il souvent ; une conception architecturale de l’espace se qui se retrouve notamment à l’ambassade de France de Berlin (2003), conçue avec Elizabeth de Portzamparc, au musée Hergé à Louvain-la-Neuve en Belgique (2009) et à l’Université Sorbonne Nouvelle (2020).
Christian de Portzamparc a construit aussi des "bâtiments symboles", points de repère et d’attraction des métropoles, en majorité consacrés à la musique, à la danse et à la culture,et d’attraction des métropoles, ou, dans les métropoles qui ont développé un urbanisme vertical, des tours.
En 2011, Bernard Arnault confie à Christian de Portzamparc la conception d’un bâtiment pour Dior, à Séoul, en Corée du Sud. Inspiré par le mode de création de Christian Dior et ses toiles, l’édifice possèdent des lignes blanches ondulant vers le ciel dans une subtile dissymétrie. Le même esprit se poursuit en 2024 avec l’ouverture du flagship Dior à Genève, puis en 2025 avec celui de Pékin.
Avec ces flagships, Christian de Portzamparc affirme la création d’une ligne d’architecture consacrée à Dior. "Il nous faut la douce puissance de la beauté pour que l’architecture nous rassemble et répare le monde abîmé" raconte-t-il.



L’architecture des flagships Dior est pensée par Christian de Portzamparc comme une collection, dans la continuité de l’architecture sculpturale qu’il a réalisée pour les flagships à Séoul en 2015 et Genève en 2024. À Pékin, il imagine un écrin porté par quatorze coques blanches en forme de feuilles incurvées, souvent enroulées en spirales. La nuit, la boutique s’illumine de l’intérieur, révélant la silhouette majestueuse des pétales. © Zhu Yumeng
Ce nouvel écrin est l'une des plus grandes boutiques de la Maison Dior. Pensé dans l'esprit de collection des flagships Dior conçus par Christian de Portzamparc, le bâtiment se distingue par une architecture sculpturale composée de quatorze coques blanches en forme de feuilles incurvées. Ces pétales évoquent les drapés des toiles que Christian Dior modelait pour créer ses robes. Ils soutiennent un grand plan de toiture unifiant l'ensemble du bâtiment.

Le flagship Dior de Pékin, vue de l'intérieur. © Zhu Yumeng
Réalisées avec la précision d’une construction aéronautique, les coques de résine et les façades de verre sont assemblées de manière unique pour venir s’effleurer dans un jeu subtil d’ombre et de lumière. Les pétales, de 20 à 25 mètres de hauteur, dialoguent avec les surfaces planes des murs de tuiles de verre dorées.

La construction des pétales. © Zhu Yumeng
Les tuiles, dont la forme varie légèrement, créent une vibration de la surface et participent au traitement de la lumière sur l’enveloppe du bâtiment. L’assemblage spécifique des différents éléments génère un jeu d’ombres et de transparences évoluant selon les conditions d’éclairage.

L’enchaînement des tuiles, de forme légèrement variable, crée une vibration sur la surface de ces façades. Leur processus de fabrication, élaboré de manière artisanale, est le fruit de
recherches aussi poussées que celui des pétales. © Zhu Yumeng