La façade bois, discipline olympique

Les façades préfabriquées cadrent bien avec des parois tramées

Successeur logique de la façade légère en aluminium, le bois sait jouer de son adaptabilité, qui implique le travail de préfabrication et de pose de charpentiers ou l’adaptation des façadiers.




La case B4 du Forum Bois Construction, le vendredi matin de bonne heure, est devenue un peu le repère du thème de la façade bois. En principe, il s’agit d’un atelier B, donc technique. Et si l’on n’y prend garde, l’information prend la forme d’un enseignement des possibilités constructives réglementaires, décentré de la réalité des prescriptions sur les chantiers.

 

Sous la modération d’Estelle Billiotte du bureau d’études FaçadeBois, l’atelier B4 a tenté un échange sans doute prématuré sur le thème d’une hypothétique évolution du marché vers des systèmes complets de façade bois, à l’instar de la démarche suivie par Techniwood, Sybois et le Groupe Feu.

 

La façade a horreur du vide

 

Cela veut dire que, face à une réglementation complexe, en perpétuelle adaptation et pas toujours lisible, des acteurs du marché développent une offre globale bois avec des solutions déclinées pour toutes les configurations. Ceci simplifie le travail de prescription des architectes mais fragilise le rôle de BE spécialisés qui se sont développés pour aider la maîtrise d’œuvre à s’en sortir face à une situation ubuesque que les améliorations progressives du catalogue bois construction ne parviennent pas à compenser.

 

L'ingéneur bois Yves-Marie Ligot et Yvon Debeaumont (Sivalbp) font une présentation posthume du Groupe Feu, mais avec des projets concrets.

 

Grotesque est cette situation essentiellement par les conséquences de la mise en application du DTU 31.4 sur les façades légères en bois. En principe, c’est une très bonne nouvelle, même si des spécialistes internationaux de la façade comme VS-A construisent leur conférence sur les limites du périmètre de ce DTU. Mais le problème principal est actuellement que les solutions du marché ne se réfèrent pas au DTU 31.4 et que les demandes d’avis de chantier et d’ATEx pleuvent. La catastrophe climatique est la nouvelle vache à lait du Bâtiment.

 

La façade bois sans architecte  

 

Pour les prescripteurs, la façade bois est une carte de visite de l’œuvre. Masquer le bois en se reportant sur des solutions standard qui s’appliquent à n’importe quel mode constructif est parfois pénible. Quand les règles se rapportant à la façade bois sont adaptées, c’est parfois dans un sens technique et sans consultation des architectes qui n’ont qu’à s’adapter, comme si les problèmes à résoudre étaient déjà assez compliqués comme cela.

 

Coupe de la solution de façade développée par le Groupe Feu, crédit Sivalbp.

 

L’histoire du Groupe Feu, désormais quasiment terminée, est épique. Un groupe d’industriels et de BE rassemblant des intervenants puissants décide de s’associer pour financer un essai Lepir (grandeur réelle) qui lui permettrait de proposer une alternative aux nouvelles recommandations. Et l’on sent que cette initiative a fait la même erreur, qui est de ne pas intégrer suffisamment les architectes en amont. C’est qu’il semblait logique de leur proposer des déflecteurs moins volumineux, par exemple.

 

Sur le plan de la coordination des industriels, Groupe Feu est un succès. Le Forum attendait des projets pour présenter l’option, en pensant également que tous les architectes se rueraient dessus, mais il n’en fut rien. Le Groupe Feu se présente au Forum au moment de disparaître, même si la solution alternative devrait être intégrée notamment dans le catalogue en ligne. Un projet est en cours de réalisation et fera sans doute l’objet d’une présentation dans un prochain Forum.

 

Techniwood s’impose

 

Il en va autrement de l’approche Panobloc de Techniwood. Certes, la route était longue depuis 2010, le coût de la solution semblait rédhibitoire. Heureusement, Techniwood a pu décrocher un avis technique qui le place hors concurrence sur les grandes hauteurs. Parallèlement, Techniwood a développé une expertise dans le développement de solutions intégrées en amont, et cela cadre tout particulièrement avec les opérations de rénovation thermiques d’immeubles tramés, ou, dans le cas de la Cité administrative de Lyon, en cours, dans une écriture de façade sommée de s’intégrer à celle dominante du crayon de la Part Dieu.

 

Cet exemple montre que Snøhetta (Paris) et Z Architecture (Lyon) ont compris comment exploiter les ressources de la préfabrication sans tomber dans une grammaire répétitive insupportable. Même apprentissage pour Eiffage, mandataire de cette opération en conception-réalisation. C’est un autre major, Léon Grosse, qui vient de reprendre Techniwood.

 

Un DTU 31.4 réducteur

 

L’intervention finale du BE VS-A tenait compte à Lille du génie du lieux, puisque l’équipe de Nicolas Delplanque agit en France et à l’international comme aucun autre BE spécialisé. De même, VS-A a développé une division façade bois étoffée et même si intrinsèquement VS-A ne pouvait que se placer en faux d’une évolution vers des systèmes industriels propriétaires (car cela assècherait leur business), il allait les écouter.

 

Que disent-ils ? Le DTU 31.4 est trop restreint, notamment face à des situations de façades fortement vitrées. Ce qu’ils développent pour le neuf et la rénovation ressemble à une extension du DTU intégrant des situations réelles fréquentes. La fabrique VS-A est d’autant plus impressionnante que leur réflexion va au-delà de la façade légère sans fonction structurelle, ce copié-collé de la façade légère aluminium.

 

Vers les façades porteuses bois

 

VS-A avance vers des solutions de façades porteuses qui intègrent la menuiserie, un peu comme elles existent déjà depuis des lustres en Allemagne, mais adaptées à la conception architecturale élargie et véritablement porteuses de la structure. Car il ne s’agit pas forcément de reproduire une façade entièrement vitrée portée par des poteaux en lamellé-collé, mais des solutions à clair de jour adapté mais portées par des poteaux ; si possible dans une trame un peu élargie par rapport aux standards de la construction bois, notamment en trame de 1,35 m.

 

Et c’est là que revient le petit coup de génie de l’agence Graam à la caisse d’épargne de Dijon, avec sa trame bois de 2,70 m (3 x 90 cm) qui offre une flexibilité sans pareil tout en rentrant dans les grilles de la construction bois.

 



Source : batirama.com/ Jonas Tophoven / Photos ©Jonas Tophoven

L'auteur de cet article

photo auteur Jonas TOPHOVEN
Jonas Tophoven est journaliste de la presse professionnelle de la construction et du bois en France et en Allemagne depuis 30 ans. Le thème qui lui tient particulièrement à cœur est la réduction drastique des émissions de GES dans la construction, première émettrice humaine du monde devant l'agriculture, avec un impact renforcé en France. Il a d'abord travaillé pendant 12 ans sur la construction sèche, puis depuis 15 ans sur la construction bois préfabriquée et il collabore depuis 10 ans à la programmation des quelque 150 conférences annuelles du Forum Bois Construction, congrès des acteurs de la construction biosourcée.
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