Construction21 présente les lauréats des Green Solutions Awards

La Maison Circulaire, sous la neige, en cours de rénovation

Le 3 juillet, Construction21 a dévoilé les 29 opérations françaises récompensées lors du concours des Green Solutions Awards. Voici la "Maison Circulaire", une rénovation portant sur le réemploi en maison individuelle.




Le concours des Green Solutions Awards, géré par Construction 21, est une compétition internationale. Le volet français a déjà abouti à 29 lauréats ou mentions. Nous n’osons imaginer combien de réalisations seront distinguées dans le volet international qui sera annoncé lors de la COP 28 à Dubaï du 30 novembre au 12 décembre prochains.

 

Les 29 gagnants français du concours réunis

Selon Construction 21, le concours des "Green Solutions Awards a pour but de faire émerger des territoires des solutions durables réelles, de les promouvoir et de contribuer à leur adoption par un nombre croissant de professionnels". Voici les gagnants des 29 prix attribués le 3 juillet au titre du volet français. ©PP

 

Le concours est organisé en trois grandes catégories : bâtiments, quartiers et infrastructures. Chaque catégorie donne lieu à la délivrance de plusieurs prix, dont le Prix low-tech, le Prix des étudiants, le Grand Prix Nouveau Quartier, le Grand Prix Infrastructure Durable et le Grand Prix des Green Solutions Awards, ainsi qu’à des mentions selon la volonté de certains jurys. D’où le nombre impressionnant de 29 réalisations distinguées. Ces chantiers étaient plutôt intéressants, mais n’ayez pas peur : nous n’allons pas tous les passer en revue. Nous avons, pour l’instant, choisi de vous parler de deux opérations : la "Maison circulaire" à Porte des Pierres Dorées (69) dans cet article, puis la réhabilitation au standard Energiesprong d’un quartier de 160 maisons accolées à Wattrelos (59) dans un second article. C’est une sorte de grand écart : nous passons de la réhabilitation d’une seule maison à celle de tout un quartier.

 

La "Maison Circulaire"

 

La réhabilitation de la Maison Circulaire à Porte des Pierres Dorées est due entièrement à sa propriétaire Naomi Scherer. Il s’avère que nous la connaissons bien : pendant plusieurs années, elle était directrice de clientèle "Marché Salle de Bains" pour le salon Ideobain. Depuis janvier 2022, elle travaille pour Circouleur, le seul fabricant de peintures recyclées en France. Lors de son installation à Porte des Pierres Dorées, son mari et elle ont fait le choix de réhabiliter plutôt que de construire et de privilégier au maximum les matériaux de réemploi. Convaincue par le réemploi, elle a créé maison-circulaire sur Instagram et signe tous ses mails "Bien réemploiment".

 

Remise de prix à Naomi Scherer, pour la réhabilitation de sa maison

Pour la réhabilitation de sa maison, Naomi Scherer, troisième en partant de la droite, s’est faite accompagner de l’architecte Julie Teule, seconde en partant de la droite. ©PP

 

Pour sourcer des matériaux de réemploi, Naomi Scherer a fait appel à des plateformes spécialisées comme Minekamateriaux, Articonnex Matériaux, la robinetterie italienne Nobili Rubinetterie et même au Bon Coin qui lui a permis de trouver plusieurs matériaux de finition.

 

Ses objectifs étaient :

  • d’améliorer la performance énergétique du bâtiment en passant du niveau F à B au sens du DPE,
  • de réduire considérablement l'impact carbone de son chantier, en utilisant un maximum de produits déjà présents dans l'habitation ou issus du réemploi,
  • de montrer que même les particuliers peuvent rénover en économie circulaire,
  • de faire du beau et du qualitatif avec des matériaux issus du réemploi,
  • et surtout de démocratiser le réemploi parmi les particuliers. Ce processus peut en effet être massifié et très facilement reproduit.

 

Une répartition des tâches

 

Avant rénovation

Avant rénovation, le bâtiment était une maison individuelle de deux étages à usage habitation, construite en 1978 pour une famille de vignerons. Avec au rez-de-chaussée, un garage, une cave, la zone chaudière, une chambre pour loger des vendangeurs et, au 1er étage, un appartement avec 3 chambres, cuisine, salon, SDB, WC. ©Naomi Scherer

 

Après rénovation, l’aménagement intérieur a changé : au RDC, une pièce de vie qui rassemble cuisine, salle à manger et salon, une chambre d'amis avec salle d'eau, une buanderie, un cagibi, un bureau pour télétravail et pièce technique. Au 1er étage, une zone nuit avec trois chambres, un bureau/chambre d'amis, 2 salles de bain et 1 dressing.

 

Le couple s’est réparti le travail : l’un en charge de la rénovation énergétique et de la mobilisation des aides CEE et MaPrimeRenov’, l’autre attelée à la maximisation du réemploi : évaluation des besoins, recherche des matériaux susceptibles de convenir, sourcing, commande, livraison, stockage et suivi de l’entreprise qui effectuait les travaux. Si c’était à refaire, dit Naomi Scherer, des panneaux solaires auraient été ajoutés sur le toit dès le début, des portes fenêtres d'une largeur standard (120x220 cm) auraient été retenues, à la place de celles de dimensions moins courantes 143x220 cm qui ont été posées. Cela aurait permis de trouver plus facilement des volets de réemploi à intégrer dans le projet.

La Maison circulaire offre 200 m² SHON (surface hors œuvre nette). La rénovation de la façade extérieure reste à faire, mais les occupants se sont déjà procuré les lames de la future terrasse en bois, issues de la déconstruction d'une résidence étudiante et achetées auprès de la plateforme de Réemploi Nantaise qui les a déposées.

 

Deux fois primée

 

La Maison Circulaire a été deux fois distinguées dans le cadre des Green Solutions Awards et a reçu la mention "Coup de Cœur" du jury, ainsi que le "Prix du Public" dans la catégorie Bâtiment.

 

Avant rénovation, la maison consommait 475 kWhep/m².an. Après rénovation, la consommation est descendue à 40 kWhep/m².an, soit pratiquement une division par douze (11,875). Les murs en béton ont fait l'objet d'une isolation intérieure en ouate de cellulose de 20 cm, les combles ont été isolés par 40 cm de ouate de cellulose et le plancher bas par une mousse polyuréthane de 6 cm. Toutes les fenêtres ont été remplacées par des menuiseries PVC en double vitrage. Le chauffage et la production d’ECS sont assurées par une chaudière à granulés, en remplacement de la chaudière fioul antérieure. Le chauffage est distribué par plancher chauffant au RDC et par radiateurs à l’étage. Une VMC hygroréglable a été installée. Naturellement, toutes les peintures ont été fournies par Circouleur et sont des peintures recyclées.

 

Le coût de la rénovation intérieureisolation thermique et restructuration, aménagement des salles de bains de la cuisine, … - a coûté 165.000 €, soit 825 €/m², dont 2.000 € d’études, 40.000 € pour la pose de la chaudière biomasse, de son silo et de son conduit de fumées. Les aides financières ont atteint 22.000 €.

 

De nombreux produits de réemploi

 

Les lots concernés par le réemploi sont les menuiseries intérieures, les menuiseries extérieures, les revêtements de sol, l’isolation thermique, la ventilation et le chauffage, la plomberie et les aménagements extérieurs.

 

Les matériaux et produits issus du réemploi sont les lattes de bois de la terrasse (50 m²), les pierres pour un muret (5 m³), beaucoup d’appareils sanitaires avec leur robinetterie, dont un robinet de cuisine, deux ensembles de douche, trois éviers, un bidet, une baignoire, deux lave-mains.

 

anciens radiateurs en fonte démontés avant nettoyage et réutilisation

Cinq radiateurs en fonte sont également issus du recyclage. Les cinq radiateurs en fontes étaient déjà dans la maison. Ils ont été démontés, nettoyés, repeints et posés à nouveau. ©Naomi Scherer

 

15 m² de carrelage mural et 25 m² de carrelage au sol dans les salles de bains et dans la salle d’eau proviennent du réemploi.

 

après travaux

70 m² de parquet flottant, 16 portes intérieures et portes de placards, une porte de garage, deux fenêtres, une paire de volets sont également issus du réemploi. ©Naomi Scherer

 

isolation intérieur

243 m² d’isolation intérieure en ouate de cellulose, 270 m² de plaques de plâtre et 32 m linéaires de rails pour les plaques de plâtre, 10 pots de 15 l de peinture, 25 m linéaires de corniche en PU, 33 m de plinthes, tous les meubles de cuisine (13 caissons et 13 placards). Les peintures sont fournies par Circouleur et issues du recyclage à 95%. ©Naomi Scherer

 

La provenance de ces produits est très diverse, leur recherche et leur collecte ont pris pas mal de temps. Dans le réemploi, il ne faut clairement pas se décourager.

 

salle de bain après rénovation

Toutes les robinetteries sont de marque Nobili et sont d’anciens produits de show-room qui ne pouvaient plus être vendus sur le marché. La baignoire provient du chantier d’un hôtel Accord. Le maître d’ouvrage avait décidé en cours de chantier de remplacer les baignoires de son hôtel par des douches. Les baignoires ont été revendues par Articonnex, une plateforme spécialisée en réemploi des matériaux du bâtiment. ©Naomi Scherer

 

L’évier de la buanderie est l’évier en grès de l'ancien atelier au RDC, relocalisé dans la buanderie. L’évier en grès de la cuisine a été récupéré chez un particulier. Une partie des carrelages muraux de salle de bains provient de fins de chantiers. Le reste est constitué de lots de fins de collections qui ne pouvaient plus être vendus normalement. Certains carrelages ont été achetées chez Minéka, une plateforme spécialisée dans le réemploi de matériaux du bâtiment. Le carrelage au sol dans les salles de bains est un reste en fin de chantier, sauvé de la benne.

 

Le parquet flottant est une fin de collection d'un fabricant allemand, destinée à la benne et achetée sur la plateforme Articonnex.

 

En termes de coût, le montant des travaux consacré à la mise en œuvre des matériaux de réemploi atteint 8.000 €, soit 5% du coût total de la rénovation. Naomi Scherer estime avoir économisé 25.000 € grâce au réemploi.




Source : batirama.com / Pascal Poggi

L'auteur de cet article

photo auteur Pascal Poggi
Pascal Poggi, né en octobre 1956, est un ancien élève de l’ESSEC. Il a commencé sa carrière en vendant du gaz et de l’électricité dans un centre Edf-Gdf dans le sud de l’Île-de-France, a travaillé au marketing de Gaz de France, et a géré quelques années une entreprise de communication technique. Depuis trente ans, il écrit des articles dans la presse technique bâtiment. Il traite de tout le bâtiment, en construction neuve comme en rénovation, depuis les fondations jusqu’à la couverture, avec une prédilection pour les technologies de chauffage, de ventilation, de climatisation, les façades et les ouvrants, les protocoles de communication utilisés dans le bâtiment pour le pilotage des équipements – les nouveaux Matter et Thread, par exemple – et pour la production d’électricité photovoltaïque sur site.
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