Artbois, le sauveteur méconnu de Notre-Dame

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Le lamelliste wallon Artbois a su réagir avec une extrême rapidité pour livrer les premiers ouvrages de consolidation de la cathédrale Notre-Dame dans un contexte dramatique.



Près de quatre ans après l’incendie, l’histoire technique du sauvetage et de la reconstruction de Notre-Dame commence à s’écrire. L’un des tous premiers chapitres est resté largement méconnu pour le public français. Mais pas pour les Wallons, qui ont relayé avec fierté l’intervention de l’entreprise d’Etalle mi-avril 2019, puis, en octobre, la réception par Artbois d’une longue lettre de remerciement émanant de la présidence de la République Française, comme l'explique Ligne Bois, centre d'information et d'animation de la filière forêt-bois wallonne.

 

 

Une histoire technique encore méconnue

 

 

En France, en avril 2019, insister sur le recours à un fournisseur étranger fait désordre. Le projet qui vient d’être esquissé dans la perspective d’une reconstruction avant cinq ans doit montrer les capacités de réaction française, pas sa dépendance de l’étranger. Et la question de l’origine des éléments passe bien après celle du sauvetage de la cathédrale, une opération qui durera finalement plusieurs années. Pendant toute cette durée, les passations de commande vont demeurer confidentielles car non soumises à des appels d’offre publics. Il est encore difficile de résumer qui a livré quoi en termes d’éléments de consolidation, sur cet immense chantier de lamellé-collé que devient la cathédrale.

 

 

Une intervention en un temps record

 

 

Les ruines fument encore, le mardi 16 avril 2019 quand Le Bras Frères, dont une filiale s’était chargée des échafaudages de la flèche, cherche une solution pour étayer les murs de la cathédrale qui risquent de s’effondrer. Ce n’est pas tout à fait un hasard s’il téléphone à Artbois, connu dans le milieu pour sa rapidité de production. Mais de là à livrer au quart de tour des poutres de 20 mètres…

 

 

Même pas deux jours après le début de l'incendie, un miracle : des poutres en BLC sont livrées par Artbois pour étayer les murs branlants de l'édifice.

 

 

Patrick Van Hoorenbeck, patron de l'entreprise Artbois, raconte : "Nous avons en permanence des grands ouvrages en cours. On a découpé dans des poutres prêtes pour un autre chantier. Artbois est capable de produire très rapidement, grâce à un process unique. Nous avons donc produit dans les heures qui ont suivi. Nous sommes certainement le seul lamelliste capable de répondre aussi rapidement." Les poutres font 20 mètres de long, 1m20 de haut et 20 cm de large, pour un poids de 1,6 tonne. La commande est prête en fin de soirée de mardi. Roulez la nuit va faciliter l’entrée dans Paris. Quatre convois partent sans attendre escortés à partir de la frontière par des motards français.

 

 

Une présence mesurée

 

 

Le cortège arrive mercredi vers 5h30. Il est temps car la façade est en mouvement. Le déchargement dure 3 ou 4 heures, puis la grue, également mobilisée en urgence, s’active pour monter les poutres jusqu’à 70 mètres de haut. Il faut coûte que coûte stabiliser des parois qui penchent de plus en plus du côté de la grue. Ce ne sera que la première opération de consolidation, dont le succès conditionne celui de tous les suivants.

 

 

Mercredi 17 avril 2019 au petit matin, arrivée du convoi Artbois avec les précieuses poutres, inaugurant la noria ininterrompue jusqu'à aujourd'hui des fournitures de la reconstruction, qui passe aujourd'hui également par l'acheminement fluvial.

 

 

Après déchargement, le convoi extrêmement encombrant retourne le plus vite possible en Belgique. Plus tard, Artbois livrera aussi du lamellé-collé en mélèze, spécialité de l’entreprise, afin de soutenir les arcs-boutants, d’après des relevés effectués par les équipes sur place. C’est tout pour Artbois. Sans doute, les commandes postérieures ont impliqué davantage des entreprises françaises.

 

 

Chez Arbois en Wallonie (Belgique) : un producteur de BLC pas tout à fait comme les autres.

 

 

Patrick Van Hoorenbeck : "Nous n’avons pas parlé de prix. On a travaillé dans l'urgence, ensuite facturé au prix du marché, coût réel sans supplément. Notre nouvelle ligne de production haute performance nous a permis de revenir rapidement au respect du planning, malgré ce supplément de travail. Le personnel est à féliciter !"

 

 

L’heure est à la reconstruction

 

 

La plupart des ouvrages de consolidation sont encore en place, mais l’agenda a évolué avec l’attribution en mai dernier des lots pour la reconstruction de la flèche et du transept, ainsi que celui de la charpente médiévale. Pas question de placer du lamellé-collé, à la différence de la flèche de 35 mètres qui vient d’être livrée par les confrères de Stabilame pour l’église d’Arlon en Belgique. A Paris, deux lots charpente sont en cours. La doloire qui doit équarrir les poutres comme au Moyen-âge est en action, de même qu’est terminé l’échafaudage comblant le transept, au-dessus duquel le tabouret particulièrement massif de la flèche doit être posé pour le 15 avril 2023, date anniversaire.

 

 

Autour de Patrick Van Hoorenbeck, les héros de Notre-Dame.

 

 

Ce chantier de charpente, qui montre comment les entreprises françaises sont en mesure de mener à bien à la fois une reconstruction selon les critères du Moyen-âge, et une autre selon ceux du siècle de Viollet-le-Duc, revêt un intérêt mondial. Jonathan Truillet de l’Etablissement public en charge de la reconstruction de Notre-Dame est venu au Forum Holzbau d’Innsbruck, début décembre 2022, pour le présenter.

 

De son côté, le Forum Bois Construction a fait la demande d’une présentation des lots charpente en cours, dans le cadre du 12e Forum Bois Construction français qui aura lieu à Lille du 12 au 14 avril 2023. Difficile de mobiliser les acteurs juste avant la date fatidique du 15 avril, qui sert de délai. Mais si une présentation à Lille venait tout de même à se faire, une pensée pour Artbois et l’intervention des Wallons serait de mise.

 



Source : batirama.com/ Jonas Tophoven / Photos © Artbois
 

L'auteur de cet article

photo auteur Jonas TOPHOVEN
Jonas Tophoven est journaliste de la presse professionnelle de la construction et du bois en France et en Allemagne depuis 30 ans. Le thème qui lui tient particulièrement à cœur est la réduction drastique des émissions de GES dans la construction, première émettrice humaine du monde devant l'agriculture, avec un impact renforcé en France. Il a d'abord travaillé pendant 12 ans sur la construction sèche, puis depuis 15 ans sur la construction bois préfabriquée et il collabore depuis 10 ans à la programmation des quelque 150 conférences annuelles du Forum Bois Construction, congrès des acteurs de la construction biosourcée.

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