Carrelage : comment éviter les sinistres des sols carrelés

Carrelage : comment éviter les sinistres des sols carrelés

Le dernier rapport* de l’AQC montre que les pathologies des revêtements de sol intérieur sont en première ligne du Flop 10, en nombre et en coût de réparation. Voici le rappel de quelques préconisations.





Légende : dégradation des joints du sol carrelé

 

Pas de surprise, les pathologies des revêtements céramiques restent une des plus récurrentes dans le flop 10 récemment publié par l’observatoire de la Qualité de la construction (1). Si le corpus normatif abondant (DTU, règles professionnelles, voir encadré) est en constante évolution, il faudra sans doute quelques années avant d’observer une régression de ces pathologies, avec la modification des pratiques qu’induira l’évolution des textes de référence.

 

Selon Jean-Pierre Thomas, directeur technique adjoint de la branche Construction du groupe Stelliant, ces pathologies engendrent des coûts moyen de réparation de 11 000 euros en résidentiel.

 

Rapporté au coût de la construction d’une maison individuelle (à partir de 100 000 euros en primo-accession), ce coût de réparation est important (10 % du coût de la maison).

 

Inadaptation du support en résidentiel dans 40 % des cas

 

Les données détaillées sur les pathologies proviennent d’un rapport AQC réalisé par Jean-Pierre Thomas il y a 4 ans. Cet ouvrage (Sols carrelés - Points de vigilance) analyse 428 rapports d’expertise couvrant 333 dossiers, sur une période de 12 ans. Le délai de déclaration de ces sinistres est en effet particulièrement long et varie de 6,1 ans après réception en pose collée, à 7 ans en pose scellée.

 

Plus de 40 % des cas relèvent d’une inadaptation du support en résidentiel (chape, plancher, ancien revêtement), souligne J.P. Thomas. Autre enseignement : plus d’un cas sur trois concerne une insuffisance de collage ou de scellement en non résidentiel. Enfin, un cas sur quatre concerne une absence ou insuffisance de joint.

 

Autre information : 90 % des pathologies concernent des bâtiments résidentiels, dont la moitié en logement individuel (43 % pose collée, 37 % pose scellée) et l’autre moitié en collectif (66 % pose scellée).

 

La taille des carreaux n’a pas d’impact sur les pathologies

 

L’expert relève que la taille des carreaux n’a que très peu d’impact sur la sinistralité observée, tout comme le type de carrelage (terre cuite, émaillé, grès cérame…). De même, la présence ou non d’un plancher chauffant ou encore les conditions météorologiques de mise en œuvre ne sont pas des facteurs de sinistralité.

 

En revanche, les conditions de mise en œuvre sont davantage impliquées dans les sinistres. Et ces pathologies revêtent trois formes principales dont la fissuration dans 64 % des cas étudiés. Les deux autres formes concernent d’une part le décollement (descellement et soulèvement) et d’autre part, la dégradation superficielle des carreaux, la détérioration des joints entre carreaux, la glissance…

 

La fissuration des carreaux est surtout liée à la pose scellée

 

Ainsi, la fissuration des carreaux (64 % des cas) est une pathologie affectant trois fois plus la pose scellée que la pose collée. En effet, elle a été relevée dans 49 % des cas de la pose collée mais aussi et surtout dans 92 % des cas de la pose scellée (soit 44 % de la totalité des cas étudiés).

 

Quelques explications sur la fissuration : elle est provoquée par le lent (et même très lent) retrait différentiel du mortier de pose du carrelage scellé désolidarisé (accru par son épaisseur). Ce retrait favorise son raccourcissement en partie inférieure alors qu’il est contrarié par l’adhérence aux carreaux en partie supérieure. Le délai d’apparition du phénomène est lié à la perte en eau du mortier qui ne peut se faire que de façon très lente par la seule évaporation au travers des joints de carrelage.

 

Résultat, ce retrait génère un effort de cisaillement, dit effet « bilame » entre carreaux et support et un effort de flexion dans les carreaux, d’où leur rupture (effet de cintrage du mortier de scellement et du revêtement, jusqu’à la fissuration).

 

Notons par ailleurs, que le carrelage scellé peut être posé sur une sous-couche isolante (destinée à amortir le bruit de choc lié à la marche sur le revêtement dur). Or, le retrait et le cintrage du lit de mortier peut poinçonner la sous-couche isolante et générer l’apparition de vides sous-plinthe en périphérie.

 

Fissuration et surdosage de ciment et insuffisance de joints de fractionnement

 

Deux facteurs peuvent accroître ce phénomène de retrait amplifié et donc la fissuration : le surdosage en ciment (une réduction des dosages a été prévue en locaux P2 et P3 dans le DTU 52.1 depuis 2010) et une exposition à l’ensoleillement (face à une porte-fenêtre orientée Sud par exemple).

 

A noter que les effets sont accrus en cas d’absence ou d’insuffisance de joints de fractionnement (surtout aux seuils ou aux angles rentrants) ou de joint périphérique. Le retrait se traduit en effet par un raccourcissement du mortier de pose dont l’effet des mouvements peut être en partie compensée au niveau des joints de fractionnement, qui sont donc véritablement nécessaires.

 

Autre pratique pouvant accentuer la fissuration des carreaux : l’absence de mise en œuvre d’un ravoirage pour incorporer les canalisations qui va affaiblir localement l’épaisseur de scellement et sa résistance.

 

 

Soulèvement de carrelage collé


 

    

Les autres pathologies : le décollement de carreaux en pose collée

 

Associés à plus de 80 % à la pose collée (4,7 ans en moyenne après la pose), les décollements de carreaux peuvent être dus à :

 

  • Un défaut d’adhérence du ragréage
  • Un défaut d’écrasement des sillons de colle et l’absence de double encollage nécessité par la faible porosité des carreaux ou leurs dimensions
  • Un non-respect de la largeur des joints, une butée en périphérie ou un support trop jeune dont le retrait n’est pas suffisant stabilisé
  • Les déformations du support
  • Un défaut de préparation du support en cas de pose sur un revêtement existant
  • L’inadaptation du support à la destination des locaux (chape sulfate inadaptée en local avec siphons de sol, par exemple)

 

A noter : Attention de ne pas propager le dommage ! Comme précisé dans l’annexe B du DTU 52.1 P 1-1 et l’année A du DTU 52.3-2 P 1-1-3), il ne faut pas laisser le carreau endommagé en l’état. Il est en effet primordial de procéder à la réparation de la zone concernée dès qu’un défaut est constaté, afin d’éviter une extension des dommages.

 

 

Un double encollage est requis sur ce type de carreaux grand format (au-delà de 60 cm x 60 cm) dont la pose au sol ne concerne que les locaux classés au plus P3 et E2 (sans siphon de sol). La planéité du support est limitée à 3 mm sous la règle de 2 m et un 1 mm sous réglet de 20 cm. Le DTU préconise une chape fluide ciment ou sulfate sous Avis Technique ou Document Technique d’Application, une chape traditionnelle (DTU 26.2), une dalle béton + enduit de sol certifié QB. Ces carreaux peuvent être posés sur un plancher chauffant à eau chaude (NF DTU 65.14) ou réversible avec canalisations en matériau de synthèse sous certaines conditions. A noter pour le marouflage, des carreaux battus, pressés et encore mieux vibrés.

 

 

 

             

    

Sols carrelés : de nombreuses normes à connaître

 

  • NF DTU 52.1 : Revêtements de sols scellés (février 2020)
  • NF DTU 52.2 : Pose collée de revêtements céramiques et assimilés (décembre 2009 et amendement A1 octobre 2014)
  • NF DTU 52.10 : Sous-couches isolantes sous chape ou dalle flottantes et sous-carrelage scellé (juin 2013)

 

Pour les autres configurations

 

  • Cahier 3526 V4 (juillet 2013) ; pose collée en travaux neufs dans les locaux P4 et P4S (soumis à de fortes sollicitations)
  • Cahier 3527 V3 (mai 2011) : pose collée en travaux neufs sur chape fluide à base de sulfate de calcium
  • Cahier 3529 V4 (novembre 2012) : pose collée en rénovation des sols intérieurs dans les locaux classés P3 au plus
  • Cahier 3530 V4 (juillet 2013) : pose collée en rénovation des sols intérieurs dans les locaux P4 et P4S => ex : Grandes surfaces alimentaires/hypermarchés
  • Cahier 3666 V4 (avril 2021) : pose collée en travaux neufs de carreaux de grand format et format oblong dans les locaux P3 (désolidarisation périphérique et imposition de la règle de planéité du carreau et du support)

 

Textes normatifs relatifs aux supports

 

  • Chapes : NF DTU 26.2 d’avril 2008 et amendement A1 de mai 2015, Cahier 3578 V4 de mars 2019 (chapes sulfate), Cahier 3774 V3 de mars 2019 (chapes fluides ciment) et Recommandations professionnelles RAGE chapes et dalles sur planchers en bois, neuf et rénovation de juillet 2013

 

  • Planchers chauffants : DTU 65.7 (planchers chauffants électriques) de janvier 1986 et NF DTU 65.14 (planchers chauffants à eau chaude) de septembre 2006 + cahiers 3606 V3 de février 2013 (planchers rayonnants électriques) et 3164 d’octobre 1999 (planchers réversibles).

 

  • Etanchéités : NF DTU 43.6 de mars 2007 (étanchéité des planchers intérieurs), Règles professionnelles SEL de mars 2010 (planchers intermédiaires) et juillet 2021 (balcons), DTU 43.1 de novembre 2004 et amendement A1 de septembre 2007 (étanchéité des toitures-terrasses en climat de plaine) et cahier 3680 de septembre 2010 (système d’étanchéité liquide en toitures)

 

  • Planchers en bois : DTU 51.3 de novembre 2004

 

  • Autres supports : Cahiers 3634 V2 et 3635 V2 de novembre 2012 pour les enduits de sols intérieurs, 3756 V3 de juillet 2021 (pour les SPEC Résine, destiné à être remplacé par le DTU 52.2 P 1-1-4) et 3788 d’août 2017 pour les SPEC Nattes

 

  • Carreaux posés sur plots en extérieurs : Cahier 3798 de septembre 2018

 

  • Guide pour la mise en œuvre d’une douche de plain-pied dans les salles d’eau à usage individuel en travaux neufs locaux EB + privatifs, de juillet 2012

 

A signaler également pour les carrelages muraux, la publication récente de Règles professionnelles Pose collée des revêtements céramiques grand format, très grand format, et format oblong en murs intérieurs en travaux neufs de janvier 2021, acceptées par la C2P, ce qui fait entrer cette pose dans les techniques courantes reconnues par les assureurs.

 

 

 

*L’observatoire de la qualité de la construction a collecté les données 2020 des quatre dispositifs d’observation de l’Agence qualité construction (AQC), dont le dispositif Sycodès (rapport des experts appelés par les assureurs lors de la mise en œuvre de l’assurance Dommages-Ouvrage).

 


Source : batirama.com/ Fabienne Leroy

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