RE2020 : un modeste progrès selon Thierry Rieser et Pascal Lenormand

RE2020 : un modeste progrès selon Thierry Rieser et Pascal Lenormand

Partie d’une démarche idéale avec le label E+C-, la RE2020 aboutit finalement à un modeste progrès par rapport à la RT2012, loin de la révolution annoncée.





Jeudi 22 avril, Pascal Lenormand, fondateur d’Incub’, un bureau de design énergétique, et Thierry Rieser, dirigeant d’Enertech, le Bureau d'études Fluides bien connu, ont organisé un séminaire, en ligne, sur la RE2020.

 

Ils ont commencé par rappeler la genèse de la RE2020, partant de la création en 2016 de la démarche E+C-. C’était, selon eux, une démarche de co-construction de la future réglementation avec les acteurs du bâtiment. Ceux qui étaient intéressés, en tout cas, et qui semblent avoir été nombreux.

 

La démarche E+C- était un idéal

 

Pour la première fois, E+C- introduisait la prise en compte de l’impact carbone des bâtiments, permettait d’expérimenter une méthode, d’apprendre des retours d’expérience à la fois sur la réduction des consommations d’énergie (E+) et sur l’impact carbone (C-) des bâtiments.



Thierry Rieser rappelait d’ailleurs que dès 2014, un consensus existait, inscrit dans la loi Grenelle 1, sur le fait que l’étape réglementaire suivante concernant l’énergie dans les bâtiments neufs serait le Bepos ou Bâtiment à Energie POSitive. Et que le Bepos interviendrait au plus tard le 1er janvier 2020.

 

Tous ces travaux, toutes ces expérimentations, consensuelles et utiles, devait aboutir à la RBR 2018 ou Règlementation Bâtiment Responsable 2018. Bon, nous sommes en 2021, le nom a été changé en RE2020, qui ne sera de toutes manières appliquée qu’en janvier 2022 au logement et plus tard au tertiaire, sans que l’on sache quand.

 

Enertech et de nombreux autres BET appréciaient notamment dans E+C-, le fait que toutes les consommations d’énergie étaient prises en compte. On dépassait les cinq usages traditionnels des RT en ajoutant les AUE ou Autres Usages de l’Energie.

 

Toujours un seul bâtiment E4C2

 

Enertech, qui conduit depuis longtemps des campagnes de mesures sur des bâtiments, a compris depuis plusieurs années que ces AUE constituent le principal poste de consommation dans un bâtiment neuf. Et que ce poste croît régulièrement.

 

Bon, admettent-ils, on trouvait bien quelques imperfections dans E+C-. Thierry Rieser souligne que le contenu en énergie primaire du bois combustible était nul. Ce qui, premièrement ne reflète pas la réalité et, deuxièmement, introduisait une distorsion nette en faveur du bois énergie en chauffage et production d’ECS.

 

Peu de temps avant l’apparition d’E+C-, Enertech avait commencé la construction de son propre siège social à Pont-de-Barret (26). Enertech a recalculé son bâtiment dans E+C-. Il a été certifié E4C2 et, à ce jour, est toujours le seul bâtiment de bureaux à atteindre ce niveau.

 

Dans la réalité, souligne Thierry Rieser, l’AUE consommée par leur siège social est d’ailleurs dix fois inférieure à l’AUE calculée selon la méthode E+C-. Ce qui permettait d’ouvrir un dialogue utile pour orienter cette méthode vers plus de réalisme.

 

Mais, tout bien pesé, la démarche E+C- leur semble avoir été exemplaire et a permis à de nombreux acteurs – Maîtres d’Ouvrage, architectes, BE et entreprises – d’aborder calmement le domaine des bâtiments très performants.

 

Première inflexion en Mars 2019

 

Puis, en Mars 2019, une «Note de Cadrage : Révision de la méthode de calcul des facteurs d’émission et du facteur de conversion en énergie primaire de l’électricité », tout à fait inattendue, a remis en cause deux fondamentaux des méthodes de calcul RT2012, E+C- et celle de la future RE2020 : le coefficient de conversion de l’électricité en énergie primaire et le poids carbone du kWh d’électricité.

 

L’idée avancée était que le mix énergétique de la France évoluait, qu’il ne serait pas le même en 2035 qu’aujourd’hui grâce à la masse d’ENR, et puisque les bâtiments sont construits au moins pour 50 ans, pourquoi ne pas se caler sur les valeurs à venir plutôt que sur celles d’aujourd’hui ? Gros soupirs tout autour.

 

Résultat, la future RE2020, mais aussi le DPE, adopteront la valeur de 2,3 pour le coefficient de conversion de l’électricité en énergie primaire, au lieu de 2,58 aujourd’hui. D’un seul trait de plume, la consommation d’électricité des bâtiments, exprimée en énergie primaire, a baissé de 8,7%.

 

Quant au poids carbone du kWh d’électricité, toujours grâce à la généralisation prévisible des ENR dans la production d’électricité, passe de 210 g/kWh dans la base carbone de l’Ademe, valeur utilisée dans E+C-, à 79 g/kWh : une petite baisse de 62%.

 

Le communiqué de presse de Novembre 2020

 

Puis est intervenu le communiqué de presse de Novembre 2020, dont l’existence est attestée sur le site du Ministère de la Transition Ecologique, mais qui n’est plus accessible.

 

Ce communiqué, comme dit Pascal Lenormand, était formidable et posait quatre objectifs ambitieux pour la future RE2020 : augmentation de la performance énergétique des bâtiments, meilleure prise en compte du confort d’été, prise en compte de l’empreinte carbone des bâtiments à travers un ACV « dynamique », …

 

Dans le détail, cependant, tout n’est pas rose. La réduction du Bbio de 30% comprend en plus les besoins de froid. Mais comme le souligne Thierry Riesler, le vrai système de ventilation du bâtiment n’est toujours pas pris en compte. Le calcul repose sur un ventilation « forfaitaire », dont le rendement est à mi-chemin de celui d’une VMC simple flux et de celui d’une VMC double flux.

 

De plus, un Bbio - 30%, insiste Thierry Rieser, c'est encore très loin d'une enveloppe passive.

 

Les coefficients de 2,3 pour la conversion de l’électricité en énergie primaire et de 79 g CO2/kWh sont maintenus. Ce qui, au passage, introduit une incohérence puisque les FDES et les PEP contenus dans la base Inies utilisent un coefficient de 3,7 pour leurs calculs.

 

Le Bepos a disparu

 

Le Bepos disparaît complètement. La prise en compte des AUE est abandonnée et l’on revient aux 5 usages. Le Cep ne tient pas compte de l’exportation des ENR exportées, mais seulement des ENR autoconsommées., …

 

L’ACV dynamique est une méthode exclusivement française qui ne permettra donc pas de comparer des bâtiments E+C- avec des bâtiments RE2020 ou des bâtiments construits hors de France.

 

De plus, dans un complexe calcul d’ACV, il est facile d’oublier – intentionnellement ou pas – des composants pour faire baisser le poids carbone du bâtiment. Et rien, dans la méthode, ne permet de vérifier la « complétude » de l’ACV, le fait que tous les composants du bâtiments on bien été pris en compte.

 

De plus l’ACV dynamique, en donnant un poids plus important au carbone émis aujourd’hui par rapport à celui qui sera émis dans 30 ans, incite à isoler moins. Puisque la méthode comprend l’isolation comme une dépense carbone aujourd’hui.

 

Côté positif, tout de même, la TIC qui traduisait l’inconfort d’été dans la RT2012 est remplacé par un indice cumulatif en Degrés-heures. Thierry Rieser s’en félicite. Même s’il reste quelques incertitudes sur le calcul de ce nouvel indice.

 

La surface de référence des calculs devient la SHAB – surface habitable – plutôt que des surfaces qui ne signifiaient rien pour personne.

 

La RT2012, la RE2020, c’est pas la vraie vie

 

Thierry Rieser et Pascal Lenormand ont terminé leur présentation en expliquant que les réglementations expriment une sorte de performance minimale acceptable à un moment donné. Elles ne sont surtout pas faites pour dimensionner des bâtiments et leurs installations techniques.

 

Le risque, concluent-ils, est que la voiture-balai que constitue en réalité la RE2020 soit, au contraire, prise par de nombreux acteurs comme le plafond à ne pas dépasser, plutôt que comme un minimum à partir duquel on peut nettement mieux faire.

 


Source : batirama.com / Pascal Poggi

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