Un voile mobile photovoltaïque sur La Seine Musicale

Un voile mobile photovoltaïque sur La Seine Musicale

Le constructeur métallique Baudin Châteauneuf  a relevé le défi de la grand voile mobile et photovoltaïque qui chemine autour de la bulle de l’auditorium, suivant la course du soleil.



Parmi les corps d’état qui sont intervenus dans le cadre du projet de La Seine Musicale, le charpentier métallique Baudin Châteauneuf est sans doute l’un de ceux qui ont le mieux répondu aux attentes en termes de démarche environnementale.

 

La voile élégante mais nécessairement lourde contraste avec la bulle à structure fine, mais d’une rondeur incertaine. ©JT

 

D’une part, à cause de la nature de l’ouvrage dont l’entreprise était chargée : une grande voile métallique de 240 tonnes, support de près de 800 m2 de panneaux photovoltaïques, auto-alimenté en énergie pour son mouvement qui en fait un immense brise-soleil orientable.

 

La voile et la voûte de l’auditorium constituent les deux éléments iconiques d’un projet architectural qui fait référence à la planète Terre, au vent, aux éléments naturels. Mais Baudin Châteauneuf s’inscrit également dans cette visée par sa démarche de constructeur, comme l’explique Alexandre Budon, en charge des opérations pour BC.

 

« L’assemblage des éléments s’est fait à Limay et leur acheminement vers le site s’est fait par voie fluviale, ce qui est une option courante chez nous ». De toute façon, il n’y avait pas d’espace de stockage sur le site, au point que l’entreprise générale avait également envisagé une telle solution pour la mise en place de la charpente en bois.

 

Selon BC, l’acheminement fluvial, qui dure une dizaine d’heures à partir de Limay, a été déterminant pour remporter le marché.

 

Deux demi-voiles supportent 825 m2 de panneaux photovoltaïques. © JT

 

Comment faire avancer la voile en fonction de la course du soleil ?

 

Alexandre Budon concède que cet ouvrage n’a pas de précédent dans toute l’Europe. Pour autant, l’entreprise était prédisposée à le réaliser, habituée qu’elle est des ouvrages métalliques mobiles comme les ponts tournants ou transbordeurs qui sont sa spécialité, tout come les toitures ouvrantes de piscines, les écluses et les machines scéniques.

 

Faire avancer la voile en fonction de la course du soleil, cela ne sera donc pas un gadget toujours en panne, ces moucharabiehs prismiques de l’Institut du Monde Arabe qui ont fondé à juste titre la renommée mondiale de l’architecte Jean Nouvel, mais dont le mécanisme d’adaptation à l’ensoleillement par seuil de lux a été bloqué depuis de longues années.

 

C’est d’ailleurs Baudin Châteauneuf qui vient de terminer leur rénovation pièce par pièce, ajoutant à la mécanisation par intensité lumineuse deux autres modes (manuel par fenêtre et général chaque soir entre 21h et minuit, toutes les heures, un festival visuel un peu comme pour le Tour Eiffel).

 

La motorisation extérieure, une grave source d’ennuis

 

Sur l’autre rive de la Seine, huit ans plus tard, l’architecte Aymeric Zublena livre à la ville de Paris la DASES, dotée côté Seine d’une immense porte métallique coulissante de 825 m2 qui ne remplira jamais vraiment son office non plus, même si Zublena co-signera ensuite le Stade de France.

 

Tous les architectes le savent, chaque motorisation extérieure est une grave source d’ennuis, y compris lorsqu’il s’agit de simples BSO. Mais dans le cas de l’auditorium, le droit à l’erreur n’existe pas car si la voile ne chemine plus, la bulle de verre devient impropre à sa destination.

 

En quelque sorte, on retrouve toute la complexité et la fragilité du référent planétaire confronté à un dérèglement climatique devenu hors de contrôle.

 

Dialogue de matière, de formes géométriques, de teintes © JT

 

Une voile bien amarrée

 

Justement, il ne faudrait pas non plus que la voile métallique en forme de spi subdivisé en deux parties emporte l’auditorium à la faveur de l’une de ces tornades à venir, comme l’île St Louis qui largue ses amarres dans la chanson de Léo Ferré.

 

Un enneigement intempestif n’est pas à exclure non plus, et pour que les panneaux photovoltaïques donnent leur pleine puissance dans la durée, des accès sécurisés sont aménagés du côté intérieur. Seuls les panneaux du sommet nécessiteront l’intervention de cordistes.

 

De face, la bulle s’aplatit et s’anime comme un manteau d’Arlequin © JT

 

Un ouvrage collectif

 

BC est garant de la livraison de l’ouvrage et de son bon fonctionnement, mais il s’agit en fait d’une œuvre collective, avec le BE Meca au départ en AMO, Cluster Méca pour les mécanismes, RFR pour la conception générale relayé par T/E/S/S pour la phase exécution ;

 

L’habillage solaire photovoltaïque sur mesure est mis en fabrication et conçu par ISSOL pour le compte de TCE Solar. C’est l’architecte Shigeru Ban qui a choisi la couleur et la réverbération de cellules solaires bi-verre.

 

 

 

L’ouvrage vu de l’intérieur © Baudin Châteauneuf

 

Développer un algorithme pour suivre la course du soleil

 

Il a fallu développer un algorithme pour que la voile suive fidèlement la course du soleil par tous les temps et en toute saison, si ce n’est que la voile ne peut se déplacer par vent supérieur à 60 km/h.

 

En temps normal, elle avance de quelques centimètres toutes les quinze minutes sur les rails de roulement et guidage de 90 m, et se recale sur la position initiale vers minuit. Il faut synchroniser les moteurs des galets en pied de voile, avec la couronne motorisée du pivot au sommet de la voile.

 

L’acousticien Jean Paul Lamoureux a bien stipulé que les vibrations générées par la prise au vent de l’ouvrage ne devront pas se transmettre à la structure et encore moins perturber l’intérieur de la salle de concert.

 

La voile rivalise d’élégance avec la bulle © Baudin Châteauneuf

 

Une architecture intérieure

 

Selon l’angle de vue, l’ossature métallique peut paraître un peu pesante au regard de la finesse de la charpente en bois. Un contraste exacerbé par le capotage en aluminium de la façade, et par sa teinte dorée.

 

De l’extérieur, l’œil ne perçoit d’ailleurs pas tant la trame de la charpente, mais plutôt les irrégularités de la réflexion des vitres dont les orientations diffèrent toutes. De sorte que, par superposition des vitrages presque continus et des panneaux photovoltaïques, l’architecture finalement se dérobe et se retourne vers l’intérieur. 

 

Dialogue entre deux géométries © Baudin Châteauneuf

 

Maquette du bogie motorisé © Baudin Châteauneuf

 

Maquette du pivot au sommet de la voile © Baudin Châteauneuf



Source : batirama.com / Jonas Tophoven / Photo d'ouverture : © Baudin Châteauneuf

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