Woodrise : la technique bois en hauteur encore dans les limbes

Woodrise : la technique bois en hauteur encore dans les limbes

La 1ere journée du congrès à Bordeaux révèle un fort intérêt pour la la construction bois moderne en hauteur. Mais tout le monde cherche encore les bonnes solutions...





Légende : Stand Suteki sur le magnifique espace d’exposition du congrès

 

Il a suffi d’une journée de congrès pour remettre les pendules à l’heure. En matière de construction bois de grande hauteur, le savoir technique et architectural ne se trouve ni vraiment au Canada, ni en France ni au Japon.

 

Un peu en Scandinavie et sans doute beaucoup dans les pays germaniques qui brillaient par leur absence, malgré une animation joviale de la séance plénière de l’après-midi par le professeur Stefan Winter de l’université de Munich.

 

Le Japon en quête de ses racines

 

Les Japonais admettent que suite à la réglementation d’après-guerre, la construction bois d’immeubles a connu une longue période noire dont la filière ne se remet que progressivement depuis 2010. Elle dispose certes d’une magnifique et spécifique tradition du bois séculaire, mais peine visiblement pour l’instant à y retrouver la source de son inspiration technique propre pour construire en hauteur.

 

C’est sans doute aussi ce qui explique la très forte présence japonaise au congrès, du moins à l’écoute de l’Europe. Les Japonais sont venus parce que pour l’heure, à une courte tête il est vrai, le cœur de la construction bois bat en Europe.

 

Avec tout de même une exception qui confirme la règle : le concept Suteki du groupe intégré Nice. Cela fait déjà plusieurs éditions que Suteki expose à Batimat avec endurance et insistance, sans qu’on ne voie le moindre effet sur le terrain en France. Et pourtant, cette approche pour le coup si japonaise de l’assemblage subtil d’ouvrages en poteau-poutre fait son chemin dans le monde.

 

Construire pour démonter et reconstruire

 

Le groupe Nice est une entreprise familiale dont l’activité va de la forêt à l’immobilier. Sa forêt couvre la surface de Bordeaux, par exemple. Et il faut avouer que rares sont les systèmes constructifs européens qui comme Suteki vont de l’avant sur les cinq continents.

 

S’ajoute à cela que Suteki s’inscrit dans l’une des grandes questions émergentes de la construction bois en ce moment : comment construire en ayant la possibilité de démonter et de reconstruire ailleurs, peut-être dans une autre configuration ?

 

Ne cherchez plus, Suteki est la solution, si ce n’est que la réponse est encore anecdotique sur le marché européen. Et, en passant, que ce n’est pas vraiment le mode constructif adapté à la grande hauteur.

 

L’Amérique change de braquet

 

Il en va un peu de même chez les Canadiens. Quelle culture de la construction bois ? Toute une génération a rêvé des maisons en cèdre. L’Amérique sait tout faire avec les 2’’x4’’, même du multi-étage. A présent, le continent adopte le CLT et il apprend à le manier, mais sans vraiment apporter pour l’instant quelque chose de nouveau par rapport à ce qui se fait en Europe.

 

Si ce n’est que l’évolution réglementaire est saisissante, passant d’abord péniblement de 4 à 6 étages en bois, puis régionalement à 12, et bientôt plus. On a l’impression que la locomotive est en marche, à l’américaine, sans états d’âme, et qu’elle risque bien d’avancer plus vite que chez nous.

 

Une incertitude subsiste quant à la validité des produits reconstitués massifs qui sont maniés notamment par l’architecte Green mais pas commercialisés en Europe pour l’instant. A l’inverse, le LVL d’inspiration européenne n’est pas beaucoup pensé là-bas.

 

Quoi qu’il en soit, les Canadiens sont en train de pointer du doigt les points faibles de l’Europe qui discute beaucoup de grande hauteur mais avance très lentement dans le concret, et en désordre. Les démonstrateurs, le Canada les construit déjà. Même chose en Scandinavie, au même rythme, avec une approche tout aussi industrielle mais peut-être un peu plus de sensibilité et de complexité dans les projets notamment de moyenne hauteur.

 

 

Jean Piveteau et les premiers spécimens sortis d’usine de la nouvelle ligne de CLT annoncée lors du Carrefour International du Bois en 2016.

 

Les débuts d’une architecture CLT

 

L’approche anglaise était représentée par Andrew Waugh, dont l’agence a signé le premier R+8 il y a à peine dix ans à Londres. A l’époque, un tel ouvrage paraissait un peu exotique au sein de la filière bois. Et que dire d’une approche qui se glorifiait de recourir partout à la même épaisseur de panneau, aux mêmes équerres et aux mêmes vis.

 

Même chez Waugh & Thistleton, le choix délibéré de ne construire plus qu’en bois n’intervient que des années plus tard. Il se justifie par des arguments environnementaux, certes, mais il se place aussi dans une logique d’entreprise. L’agence a intérêt à conserver sa petite longueur d’avance.

 

Cette année, elle a achevé à Londres un énorme complexe de plus de 100 appartements, culminant à 9 niveaux, Dalton Lane. Andrew Waugh explique que l’approche tout CLT influe sur le plan masse qui se doit d’être compact. D’autant que le savoir-faire de l’agence tend à réduire d’un tiers le volume de bois par m2, comparé à l’ouvrage initial.

 

Ce qui apparaît d’abord comme un ouvrage très fruste gagne soudain en effet par une façade surajoutée en brique. La brique donne un sens visuel à la massification. Choisir comme un sacerdoce de construire à 100% en bois, puis accepter d’occulter presque totalement le matériau bois, c’est une gymnastique intellectuelle que l’on ne retrouve guère sur le continent.

 

 

Andrew Waugh, incontestablement un sachant de la moyenne hauteur 100% CLT.

 

La tentation de la construction mixte en France

 

Et maintenant, retour en France. La tour Hypérion a ouvert le bal des projets de tours en bois de grande hauteur, précisément à Bordeaux. Neuf mois plus tard, l’architecte Jean-Paul Viguier a affiné sa copie et l’étape de dossier de permis de construire semble imminente. La tour en CLT initiale, avec ses grands balcons, s’est muée en tour hybride.

 

Un gros noyau en béton englobe non seulement les circulations mais aussi les pièces d’eau. Une charpente en acier encadre l’ouvrage et sert de support à des balcons métalliques associés à des pièces en bois. Des bracons apparaissent sous les balcons les plus profonds.

 

Selon l’architecte, il s’agit d’employer le bois là où il est performant, ce qui n’était peut-être pas tout à fait l’idée d’origine du concours. Et même si le recours à des solutions hybrides ou mixtes est dans l’air et semble de bon aloi, il faudra cependant s’assurer que le mélange des matériaux ne crée pas in fine de nouveaux problèmes à la place de ceux qu’il était censé résoudre.  

 

A noter qu’Eiffage s’est empressé d’utiliser l’Atex relative à la fixation des balcons métalliques des consoles pour concourir au Havre, devenant lauréat avec un beau projet en phare qui a de bonnes chances de s’imposer face au tandem Schweitzer/Sandoz, qui a joué à fond et intelligemment la carte du bois. Il ne faudrait pas non plus que tous ces projets de tours ne finissent par donner à la construction bois la gueule de bois.

 

 

Jean-Paul Viguier, l’un des architectes français les plus connus dans le monde, précise sa conception de la future tour Hypérion de Bordeaux.



Source : batirama.com / Jonas Tophoven

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